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L'histoire de Chez Morasse, de Mohamed Ali à Gregory Charles

Radio-Canada

Des anecdotes comme celle-là, Conrad Morasse, fondateur du restaurant Morasse Poutine, pourrait en raconter des centaines.

Ça a commencé quand j'ai ouvert ça en 1969. Dans ce temps-là, le Centre récréatif, tous les artistes venaient là. Les meilleurs lutteurs au monde, les meilleurs boxeurs... le top! Ma cabane était située juste en face du centre. Ils venaient se chercher une patate. Je pense que je connais tous les boxeurs qui sont venus à Rouyn, à commencer par Mohamed Ali, Mad Dog Vachon, les Frères Rougeau... Et plus que ça : je leur faisais faire les patates frites! Mad Dog Vachon, je lui ai donné l'idée! Il s'est parti une cabane à patate frite! Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais ça n'a pas marché son affaire!

Conrad Morasse

Des anecdotes comme celle-là, Conrad Morasse, fondateur du restaurant Morasse Poutine, pourrait en raconter des centaines.

Le restaurant Chez Morasse, mieux connu sous le nom « Morasse Poutine », est une institution rouynorandienne.

Particulièrement durant la période du Festival de musique émergente, le restaurant devient un lieu central où l'action est au menu. Et, bien qu'aujourd'hui le restaurant se targue de servir « la meilleure poutine au monde », le plat n'a pas toujours été la spécialité du Morasse.

En près de 50 ans, l'endroit a vu des milliers de visages connus ou quotidiens défiler à son comptoir, des mineurs de la Noranda jusqu'à Johnny Cash.

Les débuts

Issu d'une famille originaire de Beauce, Conrad Morasse s'était d'abord installé dans le Nord-Est ontarien avant de saisir une opportunité d'affaires à Noranda.

En 1969, Conrad Morasse achète une roulotte de restauration en panne, un food truck sédentaire, laissé à l'abandon au bord de la rue Murdoch.

Elle mesurait 8 pieds par 12 pieds. Tu servais un hot-dog, tu n'avais pas besoin de marcher, tu faisais juste te virer de bord! On faisait juste swinger dedans! C'était vraiment petit. Il n'y avait pas d'électricité. Il y avait une petite fan électrique, mais il n'y avait pas de toilettes, pas d'eau, on n'avait rien! Une vraie cabane comme en plein bois!

Conrad Morasse

Un rendez-vous pour les vedettes

Le propriétaire s'investit corps et âme dans son entreprise.

Cette petite cabane-là, c'était le rendez-vous de tout le monde. J'aimais ça. C'était un plaisir. Pour moi, ce n'était pas un travail. J'ai eu du plaisir pendant 22 ans. [...] Je commençais tout le temps à 8 h, et je finissais tout le temps à 1 h, après minuit. Les sept premières années, je faisais 16 heures par jour, même les dimanches, jamais de vacances. Mais, tu sais, quand tu aimes quelque chose? Ce n'était pas de l'ouvrage pour moi.

Conrad Morasse

De par son emplacement, juste en face du Centre récréatif de Noranda (aujourd'hui devenu l'aréna Iamgold), et non loin de la mine Noranda, Conrad Morasse développe une clientèle fidèle, nombreuse et variée.

Qu'ils aient été mineurs ou lutteurs, M. Morasse se souvient de tous ses clients.

Il garde d'ailleurs un vif souvenir de ses rencontres avec le Grand Antonio, le Géant Ferré et Mohamed Ali!

J'ai fait ça dans cette cabane-là pendant 7 ans, puis la ville nous ont fermés. Je ne pleurais pas... mais bien proche!

Conrad Morasse

La poutine

Vers 1976, forcé d'améliorer son restaurant, M. Morasse achète une nouvelle roulotte, plus spacieuse, et l'installe au même endroit, rue Murdoch, toujours devant le Centre récréatif de Noranda.

En 1979, Chez Morasse voit son avenir se dessiner. Exilée à Nicolet, en Mauricie, pour y étudier au Conservatoire de musique, Hélène Morasse, fille de Conrad, fait une découverte.

À la patate Chez Ti-Boss, les gens font la file pour quotidiennement pour goûter à un nouveau plat : la poutine. Hélène Morasse pense immédiatement à son père lorsqu'elle entend parler de cette recette.

Curieux de découvrir la poutine, Conrad Morasse s'embarque en périple familial en direction de Nicolet. Une fois Chez Ti-Boss, M. Morasse se souvient y avoir été accueilli dans la cuisine, où la propriétaire lui a révélé le secret de son succès.

Convaincu du potentiel de la poutine, Conrad Morasse achète 300 livres de fromage en grains – un produit qui n'était pas disponible en Abitibi-Témiscamingue à cette époque – et ramène la cargaison dans la voiture familiale.

Après quelques jours, le verdict sur la poutine tombe : c'est un flop. Personne n'est intéressé par le nouveau produit à Rouyn-Noranda. À veille de perdre une quantité astronomique de fromage en grains, M. Morasse opte pour la générosité. Chaque acheteur de frites se voit remettre gratuitement un gobelet de fromage.

Ces échantillons ont fait du chemin. Ça a été suffisant créer une véritable « poutine-manie » à Rouyn-Noranda. Le plat est devenu le plus gros vendeur du restaurant Morasse. L'établissement est devenu, du même coup, le premier à offrir de la poutine dans toute l'Abitibi-Témiscamingue!

Gregory Charles et les années '90

En 1990, Morasse emménage dans le local qu'on lui connaît aujourd'hui, sur la 9e rue, toujours à Noranda. Christian Morasse, fils de Conrad, assure la continuité depuis.
Avec les années, les clients de tous les jours et les vedettes ont continué de défiler Chez Morasse.

Ça a été le cas de Johnny Cash, lors de son passage à Rouyn-Noranda, en 1992.

Gregory Charles fait aussi partie du nombre. Il a non seulement mis les pieds au Morasse, mais il y a carrément travaillé, au cours des années 90, alors qu'il était en pleine ascension!

En voici les circonstances.

Si Gregory Charles venait régulièrement en Abitibi à cette époque, c'est qu'il participait, avec la chorale des Petits Chanteurs de Laval, à des camps musicaux organisés par le Centre musical En sol mineur de Rouyn-Noranda, au cours desquels la famille Morasse s'impliquait année après année. M. Charles insistait, lors de chacune de ses visites, pour passer du temps derrière le comptoir du restaurant familial.

Chez Morasse et le FME

Durant le Festival de musique émergente, le restaurant devient le lieu de rencontre tardif des fêtards, mais aussi le lieu de concerts-surprises très courus. Random Recipe (prestation à voir ici (Nouvelle fenêtre)), Fordamage et Piano Chat y ont notamment donné des concerts impromptus.

Conrad Morasse a aussi participé au volet vidéo de l'album Adventures in your own backyard de Patrick Watson. Une rencontre fort intéressante (Nouvelle fenêtre).

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Abitibi–Témiscamingue

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