•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Marins turcs abandonnés à Sorel : Transports Canada veut forcer le propriétaire à agir

Le reportage de Normand Grondin
Radio-Canada

Transports Canada a saisi le cargo Phoenix Sun accosté à Sorel, une mesure qui empêche le navire de quitter le port et permet en conséquence au ministère d'avoir plus de pouvoirs pour contraindre le propriétaire à remplir ses obligations.

Un reportage de Thomas GerbetTwitterCourriel

Les douze marins turcs qui s'y trouvent n'ont pas été payés depuis bientôt deux mois et leurs réserves de nourriture et d'eau potable sont épuisés. Ils n'ont pas les moyens de rentrer dans leur pays et le propriétaire du navire ne leur donne aucune nouvelle.

Un inspecteur de Transports Canada est monté à bord du navire aujourd'hui pour constater leur situation et a conclu de prendre cette mesure en vertu de la convention internationale sur le travail maritime.

« À la suite de cette inspection, le navire a été mis en détention jusqu'à ce que la situation soit clarifiée avec le propriétaire du navire et que les marins soient payés et rapatriés » a indiqué par courriel Josianne Martel, porte-parole à Transport Canada.

C'est immoral et très stressant

Le capitaine turque du navire, Semih Ozkan

« Ils étaient affamés », témoigne Vincent Giannopoulos, inspecteur pour la Fédération internationale des ouvriers du transport. Lors de sa plus récente visite sur le Phoenix Sun mercredi, il a apporté des vivres aux marins. Ces derniers sont normalement rémunérés de 500 $ à 800 $ par mois.

« Imagine, tu es pris dans un pays étranger, tu n'as pas de salaire, pas d'argent pour te payer un billet d'avion pour rentrer dans ton pays et la nourriture commence à manquer », déplore l'inspecteur. « J'admire la persévérance dont ils font preuve dans une situation aussi éprouvante ».

Le cargo Phoenix Sun, accosté au port de Sorel.Le cargo Phoenix Sun, accosté au port de Sorel. Photo : Thomas Gerbet

Les marins turcs ont été engagés en avril. Ils sont partis de la Turquie pour venir travailler sur le vraquier de 186 mètres afin de le préparer à repartir pour être démantelé outre-Atlantique. Le navire est accosté au port de Sorel depuis deux ans. Alerté de la situation au mois de juillet, le Syndicat international des marins du Canada a récolté des dons pour leur venir en aide.

Souvent les marins ont peur de faire des plaintes contre les propriétaires. S'ils l'ont fait, ça veut dire qu'ils étaient vraiment désespérés

Vincent Giannopoulos, inspecteur pour la Fédération internationale des ouvriers du transport

Le Phoenix Sun appartient à la compagnie Menpas Shipping, enregistrée à Hamilton en Ontario. Le propriétaire d'origine turque, Mengu Pasinli, a tenu des propos contradictoires par téléphone, lorsque nous l'avons interrogé. Il a d'abord dit avoir payé les marins avant de reconnaître qu'il ne l'a pas fait. Il a par ailleurs affirmé que ces hommes mentent et utilisent une fausse identité. Nous avons cependant pu vérifier leurs certificats professionnels. Par ailleurs, Mengu Pasinli affirme qu'il travaille à permettre le rapatriement de ces marins vers la Turquie.

Le cargo Phoenix Sun bat pavillon panaméen. C'est ce qu'on appelle un pavillon de complaisance. Les propriétaires peuvent ainsi profiter de droits d'enregistrement peu élevés, de taxes et d'impôts moins lourds, et de moins de contrôles, en plus de pouvoir contourner certains droits du travail.

Dans un communiqué, le président du Syndicat international des marins du Canada, James Given, écrit : « Nos frères marins de Turquie sont venus travailler sur le navire sous pavillon de complaisance pour gagner leur vie. Qu'ils soient sans nourriture est cruel et dépasse l'entendement ».

Le cargo Phoenix Sun, accosté au port de Sorel.Le cargo Phoenix Sun, accosté au port de Sorel. Photo : Thomas Gerbet

La Ville de Sorel-Tracy réagit à notre reportage

À la suite de la diffusion de notre reportage, le maire de Sorel-Tracy, Serge Peloquin, a annoncé que la municipalité viendrait en aide aux marins. Des organismes communautaires leur ont offert des repas. La Ville affirme qu'elle ignorait que des marins vivaient à bord du cargo. La municipalité estime que le propriétaire du bateau et ses créanciers australiens lui doivent 60 000 $ pour les frais de stationnement au quai et d'électricité.

Tournage

Une maison de production, Fixer Films, qui a utilisé le cargo comme lieu de tournage en juillet, affirme avoir versé 35 000$ au propriétaire du navire. Celui-ci c'était engagé par contrat à en reverser une partie aux marins, ce qu'il n'a pas fait.

Bureau de la sécurité des transports

Le Phoenix Sun a eu deux accidents, selon le BST. Le 20 novembre 2012, il a subi une avarie majeure du moteur près de Pointe des Ormes. Six jours plus tard, il a subi un problème similaire et a touché le fond sur le lac Saint-Pierre.

Grand Montréal

Société