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Meurtre d’une jeune Autochtone : l’enquête nationale redemandée est rejetée

Corps dans la rivière : l'enquête sur les femmes autochtones redemandée
Ralph-Bonet Sanon

Le meurtre de la jeune Tina Fontaine, à Winnipeg, a tôt fait de raviver les demandes, dont celle de la Commission canadienne des droits de la personne, pour une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées. Ottawa a tout aussi rapidement refusé cette idée à nouveau.

Un texte de Ralph-Bonet Sanon TwitterCourriel

Le corps de Tina Fontaine a été trouvé dans un sac, dans la rivière Rouge à Winnipeg, dimanche. L'adolescente de 15 ans était sous la garde des services sociaux manitobains, mais elle était portée disparue depuis le 9 août dernier. Elle a été victime d'un homicide, selon la police.

Un autel improvisé a été erigé sur le quai Alexander à Winnipeg le 19 août 2014, à la mémoire de Tina Fontaine, 15 ans, retrouvée morte dans la rivière Rouge.Un autel improvisé a été érigé sur le quai Alexander à Winnipeg le 19 août 2014, à la mémoire de Tina Fontaine Photo : Radio-Canada/Caroline Barghout

La nouvelle a terrassé sa grand-tante Thelma Favel, qui relate avoir pris soin de l'adolescente et de sa sœur durant les 11 dernières années. Thelma Favel dit que sa petite-nièce digérait mal le meurtre de son père il y a trois ans, ce qui l'aurait amené à demander l'aide des Services à l'enfant et à la famille une première fois.

La dame ajoute que Tina Fontaine a ensuite été amenée à consommer de la drogue après avoir rencontré sa mère biologique. Quand elle a fugué, Mme Favel s'est à nouveau tournée vers les services sociaux, dit-elle. « Ils l'ont mis en foyer d'accueil et ça leur a pris trois semaines à me dire qu'elle manquait à l'appel », a affirmé Mme Favel mardi.

Il n'y a pas de mots pour décrire ce que j'ai ressenti quand j'ai su qu'elle avait été retrouvée morte. Ça m'a arraché le cœur. Je ne voulais plus vivre.

Thelma Favel, grand-tante de Tina Fontaine

En plus de l'enquête policière pour homicide, le gouvernement manitobain et le bureau du Protecteur des enfants ont chacun ouvert leurs propres enquêtes sur la mort de Tina Fontaine.

Le bureau du protecteur tentera de déterminer si les services reçus par l'adolescente correspondaient à ses besoins. Son enquête n'interférera pas avec le travail des policiers, a souligné sa porte-parole Ainsley Krone.

Une mort « violente », « brutale », « insensée »

Le ministre des Affaires autochtones du Manitoba, Eric Robinson, a déclaré qu'il était frustrant de constater une autre tragédie et de voir une autre famille en quête de réponses. Une enquête nationale est, selon lui, la seule façon d'apporter ces réponses, mais le gouvernement fédéral ne voit pas cela comme une priorité, croit le ministre.

Le président intérimaire de la Commission canadienne des droits de la personne, David Langtry, a réitéré, mardi, la demande d'une enquête nationale. Il a qualifié la mort de Tina Fontaine de « brutale et insensée ».

La situation des Autochtones est une des questions de droits de la personne les plus pressantes, sinon la plus pressante, au Canada. Et quand on regarde les chiffres, cela est particulièrement vrai pour les femmes et les filles autochtones.

David Langtry, président intérimaire, Commission canadienne des droits de la personne

Nahanni Fontaine, conseillère spéciale du gouvernement pour les questions relatives aux femmes autochtones, voit dans la mort de l'adolescente un « exemple parfait de la nécessité d'une enquête nationale, pour que nous ne soyons pas, dans quelques années, en train de faire les mêmes entrevues ».

« Évidemment qu'on est en colère quand une adolescente de 15 ans n'est pas en sécurité », a affirmé Nahanni Fontaine, qui n'a pas de lien de parenté avec Tina Fontaine. Je crois que c'est une réaction normale à une violence aussi sauvage et insensée contre les femmes et les filles autochtones.

Pour sa part, la directrice générale de l'Association des femmes autochtones du Canada, Claudette Dumont-Smith, trouve le meurtre de Tina Fontaine révoltant. Il démontre que la vulnérabilité des femmes autochtones n'est pas prise au sérieux, estime-t-elle.

Le Manitoba est l'une des provinces où le ministère des Affaires autochtones et la commission des droits de la personne réclament la tenue d'une commission d'enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées. La GRC a recensé 1181 disparitions ou homicides de femmes autochtones entre 1980 et 2012.

La ministre du Patrimoine canadien et députée de Saint-Boniface Shelly Glover annonce l'octroi de 330 000 $ sur trois ans au programme fédéral Jeunes citoyens, le 19 août 2014.La ministre du Patrimoine canadien et députée de Saint-Boniface Shelly Glover annonce l'octroi de 330 000 $ sur trois ans au programme fédéral Jeunes citoyens, le 19 août 2014. Photo : Radio-Canada/Pierre Verrière

« Une commission d'enquête ne résout pas le crime »

La ministre fédérale et députée manitobaine Shelly Glover a de nouveau écarté l'idée, mardi, d'instituer une commission d'enquête nationale. « Une commission d'enquête ne résout pas le crime », a-t-elle rétorqué lors d'une annonce de subvention au programme fédéral Jeunes citoyens.

« La seule façon de changer la situation est de fournir à nos filles et à nos garçons les outils pour se protéger contre les situations à risque », a aussi fait valoir la politicienne métisse et ex-policière au sein de la GRC.

Cela est tragique et horrible et nous voulons trouver les responsables. J'ai rencontré de nombreuses familles de victimes et elles ne croient pas toutes qu'il faille injecter de l'argent dans une autre étude, quand il y en a déjà eu 40.

Shelly Glover, ministre du Patrimoine canadien

Par ailleurs, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Peter MacKay, fait valoir qu'Ottawa a investi 25 millions de dollars pour réduire le crime et la victimisation au sein des communautés autochtones.

Veillée commémorative

Le corps de Tina Fontaine a été découvert le même jour et dans la même rivière que celui de Faron Hall, un itinérant connu notamment pour ses actes de bravoure.

Les leaders de la communauté autochtone ont invité les Winnipégois à rendre hommage aux deux disparus en participant à une veillée à la bougie, mardi soir, du quai Alexander au cercle Oodena, à La Fourche.

Le corps du sans-abri héroïque Faron Hall a été repêché des eaux de la rivière Rouge, dimanche, à Winnipeg.Le corps du sans-abri héroïque Faron Hall a été repêché des eaux de la rivière Rouge, dimanche, à Winnipeg. Photo : Radio-Canada

D'après le professeur en études autochtones Niigaan Sinclair, de l'Université du Manitoba, il faut résoudre les problèmes qui ont mené à la mort de Tina Fontaine et de Faron Hall en considérant les personnes « comme nos filles et nos frères à tous ».

« C'est aussi simple que de former des relations avec nos voisins. C'est si simple », a répété Niigaan Sinclair. « Il ne s'agit que de former des liens avec des endroits dont on vous a appris à avoir peur. Il s'agit de former des liens avec des idées, des valeurs et des cultures. »

Avec les informations de La Presse canadienne

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