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Ferguson met les États-Unis devant la question raciale

Un homme portant un drapeau américain discute avec des policiers près d'une station-service de Ferguson.

Un homme portant un drapeau américain discute avec des policiers près d'une station-service de Ferguson.

Photo : La Presse canadienne / PC/AP/Jeff Roberson

Radio-Canada

DÉCRYPTAGE - La mort du jeune Michael Brown et les manifestations qui s'en sont suivies à Ferguson, au Missouri, jettent la lumière sur les relations tendues entre les forces policières et les Noirs aux États-Unis, ainsi que la situation socio-économique encore difficile de plusieurs Afro-Américains.

Un texte de Johanne LapierreTwitterCourriel

Le visage de Ferguson a radicalement changé en 40 ans : la population noire est devenue majoritaire, mais la proportion des gens occupant des postes d'autorité n'a pas suivi.

C'est aussi une ville plus pauvre de près de 30 % que la moyenne américaine.

La situation des Noirs s'améliore-t-elle?

En 1964, les États-Unis adoptaient le Civil Rights Act qui interdisait la discrimination fondée sur la race et la ségrégation dans les écoles ainsi que dans les lieux publics.

Dans une série de statistiques publiées par le Bureau du recensement américain pour les 50 ans de cette loi, on note une hausse du nombre d'Afro-Américains qui terminent leur secondaire et poursuivent des études postsecondaires. Si, au niveau du salaire médian, ils ont pratiquement rejoint la moyenne américaine, ils sont toutefois davantage touchés par la pauvreté : 27 % des Noirs américains, contre 11 % de la population blanche.

Malgré certains gains, des observateurs comme Donald Cuccioletta, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, estiment que la situation des Afro-Américains a somme toute peu évolué. « Ils sont pauvres. Les aspects de pouvoir réussir dans la société américaine sont de plus en plus limités », a-t-il estimé en entrevue à ICI RDI.

C'est sûr qu'on voit les Oprah Winfrey, on voit les joueurs de baseball, les joueurs de football, Barack Obama. Mais dans le quotidien, les gens n'ont pas nécessairement la même éducation et les mêmes accès.

Donald Cuccioletta

L'expert ajoute que « depuis quelques années, on a été vers la voie beaucoup plus juridique pour régler les différends. Mais les différends entre les Noirs et les Blancs et entre les forces de l'ordre et les communautés noires ont toujours existé aux États-Unis.

Quand je regarde les images de Ferguson, cela me fait penser aux images de Salma, en Alabama, dans les années soixante.

Donald Cuccioletta

Selon M. Cuccioletta, de jeunes Afro-Américains retrouvent même écho dans les discours des leaders du passé. « Il y a un aspect sociologique qu'on mentionne peu dans les nouvelles, c'est que depuis au moins une vingtaine d'années, il y a une nouvelle génération d'Africains-Américains, une jeunesse de 30 ans et moins, qui eux, maintenant, n'écoutent plus les vieux leaders comme Al Sharpton et Jesse Jackson. Ils sont retournés à lire les livres de Malcolm X », explique-t-il. « Oui, la jeunesse retourne à tout ça, parce que la situation, je crois, n'a pas véritablement changé », précise le chercheur.

Les relations avec les policiers

Malgré l'évolution démographique rapide de Ferguson, la police reste à majorité blanche. À l'inverse, les arrestations concernent principalement des résidents noirs, comme le montrent les données ci-dessus.

En outre, selon des données du service de police de Ferguson, des 521 arrestations effectuées après avoir intercepté des véhicules sur la route en 2013, 483 des personnes arrêtées étaient noires, contre 36 Blancs, 1 Hispanique et 1 Amérindien.

Dans le Missouri en entier, composé à plus de 80 % de Blancs, trois fois plus de Noirs que de Blancs ont fait l'objet d'arrestations.

De quoi susciter des interrogations quant aux relations entre les policiers et les Afro-Américains. À l'émission L'heure du monde, la journaliste Dorothée Giroux a recueilli le témoignage de Jean-Germain Gros, professeur de science politique et d'administration publique à l'Université du Missouri St. Louis.

« Il est indéniable qu'aux États-Unis il y a eu beaucoup de progrès dans les cinquante dernières années, mais nous avons également un long chemin à parcourir. Les institutions, surtout les institutions locales aux États-Unis, sont encore problématiques, surtout les institutions policières », expose-t-il. M. Gros dit notamment éviter d'emprunter certaines routes pour éviter d'être confronté aux forces policières dans la région.

Un discours national?

Le président américain Barack ObamaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président américain Barack Obama

Photo : Charles Dharapak (AP)

Pour Donald Cuccioletta, les États-Unis doivent faire face aux différents problèmes touchant la communauté Afro-Américaine comme la pauvreté, l'éducation et le racisme.

Il estime toutefois que le discours national n'a pas encore été amorcé.

Sur ça, le président Obama est un peu fautif. Il aurait pu prendre la parole davantage et plus souvent.

Donald Cuccioletta

« Le discours du président est important dans le cas ici. Ce n'est pas simplement de dire : il faut garder la tranquillité, suivre la loi. Oui, c'est vrai. Mais il faut qu'il commence à dire que c'est une question de racisme. Il ne faut pas avoir peur de dire ces choses-là », croit M. Cuccioletta.

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