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Les écoles de la DSFM : fruits d'une longue lutte

Le reportage de Kim Roy-Grenier
Radio-Canada

Si la Division scolaire franco-manitobaine a vu le jour il y a 20 ans, la lutte pour la gestion des écoles françaises par les francophones a commencé bien avant la naissance de ceux qui ont été les premiers élèves de la DSFM à la rentrée 1994-1995.

Dans les années 1970, des parents tentaient d'obtenir de nouvelles écoles françaises auprès des divisions scolaires existantes. La lutte a entre autres été menée par Henri Marcoux, le premier président de la Fédération provinciale des comités de parents de 1976 à 1977.

Henri Marcoux s'est entouré de parents pour faire campagne dans les communautés pour la gestion scolaire francophone au Manitoba.Henri Marcoux s'est entouré de parents pour faire campagne dans les communautés en faveur de la gestion scolaire francophone au Manitoba. Photo : Radio-Canada

À cette époque, il n'était pas facile d'obtenir le feu vert pour une nouvelle école comme celle voulue pour le quartier Saint-Norbert dans le sud de Winnipeg. « La Division scolaire Seine avait dit "oui" vous pouvez avoir une école, la population a dit "non" à l'école française », rappelle-t-il.

« C'était des anglophones, mais la majorité d'entre eux étaient des francophones assimilés qui voulaient maintenir des écoles 50-50 (NDLR : 50 % des matières en français et 50 % en anglais) et non pas une école française. Ils ont fait une présentation à la Division scolaire Rivière Seine qui a changé d'idée : pas d'école française. Là, on a commencé et on a dit : "wow, attends une minute là" », raconte M. Marcoux.

Henri Marcoux s'est alors entouré d'autres parents et ils ont fait campagne dans leur communauté.

Une rencontre houleuse s'est tenue à Notre-Dame-de-Lourdes en septembre 1993 pour informer les anglophones et les francophones de la communauté sur la gestion scolaire francophone au Manitoba.Une rencontre houleuse s'est tenue à Notre-Dame-de-Lourdes en septembre 1993 pour informer les anglophones et les francophones de la communauté sur la gestion scolaire francophone au Manitoba. Photo : Radio-Canada

« On a fait au moins 300 réunions. On a rencontré les comités de parents de chaque paroisse, chaque endroit, chaque école ».

Après trois ans de lutte, l'école Noël-Ritchot a vu le jour en 1977 à Saint-Norbert. Cette victoire a encouragé les parents à poursuivre leur combat. « On a formé une fédération de comités de parents, j'étais le premier président », explique Henri Marcoux.

Le but primordial, c'était une division scolaire de langue française

Henri Marcoux, premier président de la Fédération provinciale des comités de parents

Un droit inclus dans la Charte

L'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982 a permis d'alimenter la lutte des parents francophones.

Raymond Poirier a été président de la Fédération provinciale des comités de parents de 1983 à 1984.Raymond Poirier a été président de la Fédération provinciale des comités de parents de 1983 à 1984. Photo : Radio-Canada

« L'article 23 disait que les parents ont le droit de gérer leurs écoles », rappelle Raymond Poirier, qui a été président de la Fédération provinciale des comités de parents de 1983 à 1984. « Nous autres, à la FPCP [...], on avait décidé d'en faire un cas de cour ».

En vertu de sa croisade, la Fédération provinciale des comités de parents est devenue un chef de file au pays.

Je suis allé au moins cinq fois dans toutes les provinces pour aller prêcher que ça prenait un mouvement de parents

Raymond Poirier, ancien président, Fédération provinciale des comités de parents

Victoire en demi-teinte

La première victoire significative pour la gestion scolaire est survenue en Alberta, en 1990, avec la cause Mahé. La Cour suprême du Canada a alors reconnu aux francophones minoritaires le droit de participer à la gestion de leurs écoles.

Malgré tout, le bras de fer s'est poursuivi. « Quand les cours ont commencé à nous donner le droit, les provinces se sont opposées quand même », affirme Raymond Poirier.

La Fédération provinciale des comités de parents a mené la lutte jusqu'en Cour suprême du Canada où elle a finalement obtenu gain de cause le 4 mars 1993.

Toutefois, la ministre de l'Éducation manitobaine de l'époque, Rosemary Vodrey, a tenté de limiter la portée du jugement. Le gouvernement conservateur de Gary Filmon a mandaté le comité Monnin d'aller dans les communautés de la province et de faire voter la population.

« C'était certainement une démarche déplaisante. Une fois qu'on a obtenu gain de cause à la Cour suprême du Canada, il fallait encore aller voter pour savoir si oui ou non on voulait l'école française », explique Gérard Lécuyer, qui était alors directeur général de la Fédération provinciale des comités de parents.

Une démarche délicate

Certaines consultations entreprises dans les communautés ont été houleuses. Les premières à se prononcer, La Broquerie, Saint-Georges et Sainte-Anne, ont voté massivement pour la nouvelle division scolaire, ce qui a créé un effet d'entraînement.

« Cela a permis aux autres communautés où c'était moins clair, où l'école était plus partagée entre les francophones et les anglophones, d'adhérer parce qu'elles savaient qu'elles feraient partie d'un système assez fort pour répondre aux besoins des francophones dans l'ensemble de la province », précise Gérard Lécuyer.

Gérard L'Écuyer affirme sans hésiter que la survie de la communauté franco-manitobaine dépendait de la gestion scolaire.Gérard L'Écuyer affirme sans hésiter que la survie de la communauté franco-manitobaine dépendait de la gestion scolaire. Photo : Radio-Canada

Moins d'un an plus tard, en septembre 1994, des élèves franco-manitobains fréquentaient pour la première fois l'une des vingt écoles de leur nouvelle division scolaire.

Selon Gérard Lécuyer, la survie de la communauté franco-manitobaine dépendait de la gestion scolaire.

« Si on n'a pas le milieu où on éduque la jeune population dans sa langue et qui se développe dans sa culture, ça ne mène nulle part. Ça mène à l'effritement, c'est tout. Avec la gestion en place, le gain est fait. Il s'agit maintenant de le conserver. Parce que quand on a obtenu tout ce qu'on cherchait, il est toujours dangereux de le perdre », fait-il valoir.

La Division scolaire franco-manitobaine (DSFM) s'apprête à célébrer ses 20 ans d'existence. Pour souligner cet anniversaire, Radio-Canada présente une série de reportages pour revisiter le passé, mais aussi pour comprendre où est rendu l'organisme aujourd'hui et ce qui l'attend demain.

D'après le reportage de Kim Roy-Grenier

Manitoba

Éducation