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Jean-François Fortin quitte le Bloc québécois

Le reportage de Davide Gentile et l’analyse d’Emmanuelle Latraverse
Radio-Canada

Le député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, Jean-François Fortin, a claqué la porte du Bloc québécois mardi matin. Le chef du parti, Mario Beaulieu, accuse le député nouvellement indépendant d'hypocrisie et de manque de loyauté.

Le Bloc québécois se retrouve maintenant avec trois députés à la Chambre des communes.

Dans un communiqué qu'il a publié pour justifier sa décision, Jean-François Fortin déclare : « Le Bloc québécois auquel j'ai cru, auquel nous avons cru, n'existe plus. L'arrivée du nouveau chef, Mario Beaulieu, qui met de l'avant une approche unidimensionnelle, peu rigoureuse et intransigeante, a mis fin à cette crédibilité établie par Gilles Duceppe et poursuivie par Daniel Paillé ».

Selon M. Fortin, Mario Beaulieu radicalise et folklorise la formation politique.

C'est le détournement de la vocation du Bloc québécois, des principes adoptés par nos membres au congrès du printemps dernier. Donc, une volonté affirmée de Mario Beaulieu d'aller dans une direction qui, je le crois, n'est pas celle que le Bloc québécois aurait dû prendre.

Jean-François Fortin dans une entrevue à ICI RDI

Le député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia soutient que la campagne fédérale qui s'annonce « ne sera pas référendaire » et, selon lui, M. Beaulieu se pose comme le chef du mouvement souverainiste, ce qui n'est pas le rôle du Bloc québécois. « Il est important de comprendre qu'actuellement, les forces souverainistes sont en réorganisation à Québec » et que le rôle traditionnel du Bloc québécois ne doit pas être perverti, soutient M. Fortin.

M. Fortin affirme qu'il a d'abord voulu « donner la chance au coureur » et que ce sont les orientations prises par la suite par M. Beaulieu qui lui ont déplu. Le discours tenu par Mario Beaulieu pour promouvoir son idée est « plutôt divisif », estime-t-il.

Ce n'est pas une décision facile. [...] Je reçois des appels de gens qui m'appuient, de gens qui me félicitent de me tenir debout.

Le député démissionnaire du Bloc québécois, siégeant désormais comme indépendant

Le nouveau chef ne cherche pas à rassembler les troupes souverainistes, souligne-t-il, ajoutant que le parti « ne comprend plus le rôle des régions ». Ce désaccord a même incité M. Fortin à envisager la création d'un nouveau parti.

Le député songeait à créer sa propre formation

Dans un message courriel qu'il a fait parvenir à ses proches, le 21 juillet, Jean-François Fortin jongle avec l'idée de créer une nouvelle formation politique sur la scène fédérale. C'est ce qu'a reconnu le député, mardi, quelques heures après avoir annoncé sa démission. Or, il appert que des membres de l'entourage du chef du Bloc québécois, Mario Beaulieu, ont obtenu copie de ce message courriel.

Le courriel est intitulé « Projet de création d'un nouveau parti fédéral ». Selon le texte du message envoyé par Jean-François Fortin, il se serait agi d'un parti axé sur les besoins des régions. On ne parle pas dans la missive de souveraineté ou d'indépendance. Le courriel soulignait aussi que cette éventuelle formation politique n'aurait pas eu de ligne de parti, c'est-à-dire que les députés n'auraient eu de comptes à rendre qu'à leurs électeurs.

« Effectivement, j'ai échangé avec certains de mes proches à savoir comment le Bloc québécois devrait mener un message porteur pour toutes les régions du Québec. De quelle manière le Bloc québécois, ou une nouvelle formation politique, pourrait avoir cet ancrage nécessaire dans les communautés », dit Jean-François Fortin.

Une trahison, selon Mario Beaulieu

« Je considère que M. Fortin a manqué de loyauté et de transparence », a déclaré le chef du BQ, Mario Beaulieu, lors d'une conférence de presse mardi après-midi.

Au moment où l'on s'apprête à lancer une campagne sur l'indépendance, il torpille le Bloc québécois et la cause indépendantiste.

Mario Beaulieu

M. Beaulieu a admis avoir été mis au courant du projet de nouveau parti de M. Fortin. Jusqu'à une rencontre tenue hier, il dit avoir tenté de trouver une forme de compromis avec le député, qui ne lui a cependant pas avoué ses intentions de démission. « Je lui ai donné la chance de se rallier [...] S'il avait eu le courage de ses convictions comme il le prétend, il m'aurait dit qu'il quittait entre quatre yeux plutôt que d'orchestrer une mise en scène comme il l'a fait aujourd'hui. »

Selon le chef bloquiste, « les députés du Bloc québécois sont les mieux placés pour défendre les intérêts de toutes les régions du Québec ».

Il réplique aux accusations de M. Fortin que sa formation propose « un changement de stratégie qui est en continuité avec la mission du parti ». Selon lui, même l'ex-chef « Gilles Duceppe a pu constater que toutes les sorties médiatiques qu'on a faites sont en droite ligne avec le programme du Bloc. »

M. Fortin, qui était député du Bloc depuis 2011, s'engage à rester député jusqu'à la fin de son mandat. Il ne dévoile pas ses intentions quant aux prochaines élections fédérales, qui sont prévues pour octobre 2015.

Lors de la dernière course à la direction du Bloc québécois, plus tôt cette année, Jean-François Fortin appuyait André Bellavance. C'est finalement Mario Beaulieu qui l'a remporté.

À Ottawa, le Bloc est maintenant représenté par Claude Patry, député de Jonquière-Alma, André Bellavance, député de Richmond-Arthabaska, et Louis Plamondon, député de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour.

Avec les informations de La Presse canadienne

Politique