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5 questions pour comprendre les violences en Libye

Un milicien libyen se tient devant l'entrée d'un camp d'entraînement le 17 mai, au lendemain d'affrontements mortels avec les autorités

Un milicien libyen se tient devant l'entrée d'un camp d'entraînement le 17 mai, au lendemain d'affrontements mortels avec les autorités

Photo : ? Esam Al-Fetori / Reuters

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'escalade de violence en Libye a remis le pays sous le feu des projecteurs. Décryptage de la situation avec Marie-Joëlle Zahar, directrice scientifique du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM, à l'Université de Montréal.

Un texte de Ximena Sampson Courriel

1. Pourquoi maintenant?

On aurait dû s'y attendre depuis longtemps. D'abord, parce que la question des milices en Libye n'a pas été réglée depuis la chute de Khadafi. Malgré le fait qu'il y ait un début d'armée nationale, il y a en parallèle des milices qui gèrent la sécurité, ou plutôt l'insécurité, à travers le pays.

Ces milices estiment qu'elles ont joué un rôle très important pendant la révolution, et certaines d'entre elles refusent de rendre les armes parce qu'elles croient que c'est un moyen d'avoir plus d'espace politique ou bien d'obtenir de meilleures conditions. C'est un problème qui pourrit depuis plusieurs années, ce n'est pas nouveau.

Deuxièmement, les institutions naissantes de la nouvelle Libye sont en crise. Ces institutions de transition sont très critiquées par certaines parties de la population pour n'avoir pas pu résoudre des problèmes de base et n'avoir pas rendu les services qu'elles attendaient.

Le pays va très mal. La question n'était pas s'il y aurait une flambée de violence, c'était plutôt quand elle commencerait.

Des dizaines de milices s'affrontent en Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011. Les derniers combats ont commencé en juillet, lorsque des combattants islamistes de la ville de Misrata ont tenté de prendre le contrôle de l'aéroport international de Tripoli, détenu par des miliciens de Zintan (de mouvance plutôt libérale) depuis 2011. Les accrochages, qui ont fait 200 morts en deux semaines, ont entraîné l'évacuation du personnel diplomatique et des ressortissants étrangers de la capitale.

2. Que veulent les milices?

Ce n'est pas très clair. Certaines disent qu'elles souhaitent une intégration dans l'armée, d'autres désirent imposer leur vision de ce à quoi devrait ressembler le pays. Certaines milices, particulièrement celles de Benghazi, qui voudraient que la Libye devienne un État islamique, se heurtent aux politiciens libéraux.

Il y a des milices qui contrôlent des points névralgiques, comme les raffineries de pétrole, et qui utilisent cela comme un moyen de se faire entendre. Certaines font essentiellement du racket, d'autres fonctionnent plutôt comme des groupes d'autodéfense communautaires dans des endroits où l'État n'arrive pas à répondre aux besoins.

Il y en a une grande variété, mais elles n'ont pas toutes les mêmes objectifs. Certaines ont des objectifs qui sont à la limite criminels, d'autres politiques et idéologiques. D'autres, enfin, ont des objectifs sécuritaires : elles veulent contrôler certaines régions et ne font pas confiance aux autorités pour leur remettre leurs armes.


3. Pourquoi cette crise revient-elle sur notre écran radar?

Parce que les derniers combats ont eu lieu dans la zone de l'aéroport, qui est proche du quartier général des forces de l'ONU - qui ont dû se retirer -, et aussi parce que la férocité des affrontements a mené plusieurs missions diplomatiques à rapatrier leurs citoyens. Mais il y avait des bombardements tout aussi graves à l'intérieur du pays, notamment près de Benghazi, il y a quelques mois, qui n'ont pas soulevé la même attention de la communauté internationale.

Indéniablement, la situation se détériore. Il y a eu, en août 2013, un interlude pendant lequel on aurait dit que les forces de sécurité avaient repris le dessus et que les milices avaient été écartées, du moins de la capitale. Aujourd'hui, les milices sont de retour à Tripoli et elles se battent pour le contrôle de points stratégiques dans la ville.

La détérioration est aussi liée aussi aux élections législatives qui semblent avoir été gagnées par les libéraux. Cela rendrait certaines milices (qui ne sont pas d'accord avec une vision libérale de la reconstruction de la Libye) d'autant plus susceptibles de se mobiliser maintenant pour faire dérailler tout plan de contrôle du pays, par ceux que certains en Libye estiment être le reflet de la diaspora et non pas de la volonté du peuple libyen.

Des Libyennes protestent contre le prolongement du mandat du Conseil général national (CGN), le 14 février 2014, à Benghazi.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des Libyennes protestent contre le prolongement du mandat du Conseil général national (CGN), le 14 février 2014, à Benghazi.

Photo : Getty Images / ABDULLAH DOMA/AFP

4. Que font les politiciens face à la situation?

Le pays a des institutions transitoires qui sont en crise depuis leur création. Initialement, le Conseil général national (CGN) a été formé par des personnes élues beaucoup plus pour leurs liens familiaux et tribaux que pour leur allégeance politique. Les partis politiques avaient alors une très petite place. Ça a créé une fragmentation de la scène politique, avec un parlement de transition incapable de fonctionner et de vraiment répondre aux besoins les plus urgents des Libyens.

Ce Parlement a d'abord été prolongé, maintenant il devrait être remplacé suite aux élections législatives. Mas je doute que les élections aient donné lieu à beaucoup plus de cohérence sur le champ politique. Tant qu'il n'y pas de cohérence, s'il n'y a pas de majorité qui se dégage, il y a des hommes en armes qui vont essayer de profiter des circonstances pour se tailler le plus d'espace possible.

La chute de Kadhafi a créé un vide qu'on peine à remplir et créé une situation dans laquelle les seuls groupes organisés sont des groupes organisés militairement.

Une citation de :Marie-Joëlle Zahar

5. À quoi peut-on s'attendre?

Certains évoquent le risque d'une partition, mais il est trop tôt pour parler de cela. Un des grands désaccords entre les différentes régions, c'est la façon dont le pays devrait être géré. Certaines voudraient un système fédéral, d'autres un État centralisé. Ce sont des questions qui vont se poser.

Le danger immédiat, ce n'est pas la partition du pays, mais plutôt une guerre civile. Si on n'arrive pas à l'éviter, la Libye pourrait devenir un État failli, ce que tout le monde cherche à éviter.

Pour voir la chronologie de la crise en Libye sur un appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

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