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Innu Nikamu : sur les traces d'un pionnier

L'auteur-compositeur-interprète Philippe McKenzie
L'auteur-compositeur-interprète Philippe McKenzie Photo: Charles Alexandre Tisseyre
Radio-Canada

À l'occasion du 30e anniversaire du festival Innu Nikamu, à Maliotenam, sur la Côte-Nord, Radio-Canada présente une série d'articles qui abordent l'importance de la musique au sein de la nation innue. Tissant un lien avec la tradition tout en se portant vers l'avenir, la chanson innue est en perpétuelle mutation.

Un texte de Charles Alexandre TisseyreTwitterCourriel

L'auteur-compositeur-interprète Philippe McKenzie tirera sa révérence au 30e festival Innu Nikamu, à Maliotenam, près de Sept-Îles, quelque trois décennies après avoir donné naissance à la chanson innue moderne.

Pour lui, le trentenaire de ce rassemblement célébrant la musique autochtone est une histoire de retrouvailles plutôt que d'au revoir. « C'est une occasion de se réunir et de côtoyer d'anciens amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps », dit-il.

Cet anniversaire est aussi l'opportunité de « faire un retour en arrière », estime pour sa part Réginald Vollant, directeur général du festival et de la radio communautaire CKAU.

Un « pionnier »

Philippe McKenzie est considéré comme le père de la chanson innue moderne. Il a marqué l'histoire musicale au début des années 80 en devenant le premier artiste à enregistrer un disque en langue innue.

« À l'époque, Radio-Canada avait un programme pour les Autochtones pour les diffuser dans le reste du Canada. J'ai enregistré 2 ou 3 disques 33 tours. C'était le fun! », se rappelle-t-il.

Selon Réginald Vollant, l'apport de Philippe McKenzie à la musique autochtone contemporaine est inestimable. « C'est un pionnier », résume-t-il.

Perpétuer les traditions et la langue

Mêlant le folk au rock, l'artiste de Maliotenam explore le lien avec le territoire ancestral qui, selon lui, se perd. « Le territoire, ce n'est plus comme avant. C'est dommage d'avoir perdu ça, mais il faut suivre la vie qu'on a aujourd'hui », croit-il.

Philippe McKenzie perçoit ainsi la chanson comme un véhicule de transmission culturelle. « La musique porte à réflexion. Tu ne changes pas le monde avec la chanson, mais ça fait travailler la conscience », soutient l'artiste.

D'après lui, la transmission des valeurs innues passe nécessairement par la préservation de la langue à travers la chanson. « À un moment donné, j'étais dans la politique, mais je trouve que ton message passe mieux quand tu fais de la musique. Tu rejoins beaucoup plus de monde », dit-il.

On est des résistants de notre langue.

Philippe McKenzie

Cette démarche identitaire a « éveillé beaucoup d'artistes sur le plan de la création », selon Florent Vollant, membre du duo Kashtin.

Grâce à l'œuvre de Philippe McKenzie, « les gens ont pris leur guitare et ont commencé à chanter en langue innue », mentionne pour sa part Réginald Vollant.

Le festival Innu NikamuLe festival Innu Nikamu

Un sentiment d'appartenance

Cette transition linguistique s'est par la suite manifestée au festival au fil des ans.

Lors des premières représentations d'Innu Nikamu, au milieu des années 80, le rassemblement accueillait des artistes qui ne se produisaient pas en langue autochtone.

« On avait 95 % d'Autochtones qui chantaient en anglais ou en français », indique Sylvain Vollant, qui s'est impliqué au sein du festival de 1984 à 2009, notamment à titre de coordonnateur pendant une vingtaine d'années.« Plus les années avançaient, plus ils chantaient dans leur langue », ajoute-t-il.

Ainsi, le festival Innu Nikamu est devenu un lieu privilégié qui a « généré un sentiment d'appartenance à une différence », selon Florent Vollant. « Ça a réveillé le phénomène de la musique autochtone, qu'elle soit traditionnelle, country ou rock », poursuit le musicien.

Le rassemblement estival représente également un « élément important » dans la préservation de la langue innue qui, selon Florent Vollant, est « en perte de reconnaissance et de vitesse ».

Voici la chanson Innue qui, selon Philippe McKenzie, définit le mieux l'ensemble de son oeuvre:

Pour écouter cette chanson sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

« L'essor d'une fierté »

Selon Réginald Vollant, les chansons de Philippe McKenzie ont « beaucoup contribué à l'essor de fierté et d'affirmation des Innus. Il a montré qu'on est un peuple capable de chanter, d'aller plus loin, et de prendre notre place dans la modernité ».

Sa musique a permis de tisser un lien avec l'héritage ancestral dans un contexte où le mode de vie des Autochtones s'est transformé. « La vie autochtone a beaucoup changé en 50 ans. La musique a contribué à trouver un équilibre entre les traditions et la vie d'aujourd'hui », affirme M. Vollant.

Quant à Philippe McKenzie, les temps ont beau changer, l'esprit de son œuvre demeure le même. « Je parle toujours d'espoir », conclut-il.

Que ferait une nation sans musique?

Philippe McKenzie

Le festival Innu Nikamu se déroule du 31 juillet au 3 août à Maliotenam, près de Sept-Îles.

À lire aussi: La deuxième partie de ce dossier, La tornade de Kashtin.

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