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Guerre à Gaza : au-delà de la propagande israélienne

Offensive de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le dimanche 20 juillet 2014.

Offensive de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le dimanche 20 juillet 2014.

Photo : Baz Ratner / Reuters

Radio-Canada

La présente guerre puise ses racines dans une escalade qui a commencé bien avant les tirs de roquettes.

Une analyse de Luc Chartrand TwitterCourriel

Le monde, perplexe, assiste à une guerre aussi asymétrique que contradictoire : les « terroristes » du Hamas visent la population civile et tuent des soldats, tandis que l’armée israélienne vise des « terroristes » et tue des civils.

Pour la propagande israélienne, c’est l’intention qui compte, et celle d’Israël est défensive. L’État juif répond aux tirs de roquettes du Hamas en provenance de la bande de Gaza, aucun État ne pouvant tolérer de telles attaques contre sa population.

On ne peut guère contester le droit de se défendre ni le fait que le Hamas n’a cure du droit de la guerre. Mais le Hamas est-il « le seul responsable » de ce gâchis, comme le dit l’énoncé si souvent repris, de Jérusalem à Ottawa?

Croire que cette guerre a commencé par des tirs de roquettes du Hamas, c’est ignorer une escalade qui a commencé bien avant. Et dans laquelle l’activisme du Hamas semble avoir été surtout réactif à celui du gouvernement israélien.

La réconciliation entre le Fatah et le Hamas mal vue par Israël

Après l’échec en avril dernier de la énième tentative de négocier la paix et de créer un État palestinien, le Hamas et le Fatah du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ont concrétisé ce que les Palestiniens, dans leur grande majorité, espéraient depuis des années : une réconciliation nationale. Les deux mouvements ont convenu, début juin, de la formation d’un gouvernement provisoire d’unité nationale. C’est cela qui a mis le feu aux poudres.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a pourfendu cette décision. Pour son gouvernement, la preuve était faite : Mahmoud Abbas, en s’unissant aux « terroristes », venait de démontrer qu’il n’était pas un partenaire avec qui on pouvait faire la paix.

Plusieurs y ont vu (Nouvelle fenêtre) une excuse bien commode pour détourner l’attention de l’incapacité de son propre camp de faire cette paix. Et ce, alors que les États-Unis semblaient prêts (Nouvelle fenêtre) à lui faire porter la responsabilité du dernier échec.

Le président Shimon Peres en a rajouté (Nouvelle fenêtre) contre Nétanyahou, questionnant sa volonté d’en arriver à un accord. M. Peres, contrairement au premier ministre, a toujours soutenu qu’Abbas était un véritable partenaire pour la paix. Dans un pied de nez symbolique, il s’est même rendu prier au Vatican avec le chef palestinien.

Les raisons de la réconciliation

Si la formation d’un gouvernement d’unité nationale était souhaitée par les Palestiniens, c’est entre autres parce qu’il est impossible de tenir des élections sans enterrer au préalable la hache de guerre, et mettre fin à la séparation politique et militaire des deux territoires de Cisjordanie et de Gaza.

L’acceptation par le Hamas des conditions de formation de ce gouvernement était en soi un signe de modération. Le Hamas, exsangue financièrement, incapable de payer ses fonctionnaires à Gaza, coupé presque entièrement de tout soutien international depuis la chute de ses alliés, les Frères musulmans en Égypte, a accepté pratiquement toutes les conditions du Fatah.

Même les États-Unis y ont vu un signal positif, une situation inacceptable pour la droite israélienne. Le premier ministre israélien y a plutôt vu, lui, un « renforcement de la terreur » et il a tenté, sans succès, de convaincre les pays occidentaux de rompre avec le gouvernement palestinien.

C’est sur cette trame de fond que sont survenus l’enlèvement le 12 juin dernier, puis le meurtre, de trois jeunes Israéliens des colonies. 

Les grandes dates du conflit israélo-palestinien

Le Hamas au banc des accusés

Benyamin Nétanyahou n’aurait certes pas souhaité pareille tragédie, mais il s’en est aussitôt emparé (avant que les meurtres ne soient confirmés) pour déclencher une guerre ouverte contre le Hamas en Cisjordanie. Bien qu’il y soit réprimé, le parti islamiste y conserve des adhérents et sympathisants. Le premier ministre israélien a accusé le Hamas d’être coupable des enlèvements et le gouvernement palestinien d’unité nationale d’en partager la responsabilité. Il n’a apporté jusqu’ici aucune preuve de cette accusation.

Le Hamas a nié toute responsabilité. À ce jour, l’hypothèse la plus vraisemblable veut que ces enlèvements aient été le fait d’une faction dissidente de celui-ci (Nouvelle fenêtre).

L’« enquête » de l’armée israélienne pour retrouver les trois jeunes s’est transformée de facto en rafle de grande envergure : plusieurs centaines de Palestiniens arrêtés, le Hamas de Cisjordanie décapité et, parmi les arrestations, celles d’une soixantaine de membres du Hamas qui avaient préalablement été libérés deux ans auparavant lors de l’échange contre le soldat israélien Gilad Shalit.

Lorsque les corps des trois adolescents ont été retrouvés, M. Nétanyahou a déclaré : « Le Hamas va payer. » Autrement dit, le Hamas n’avait encore rien vu.

Les roquettes de Hamas en provenance de Gaza se sont mises à pleuvoir peu après, rompant un cessez-le-feu qui tenait depuis 2012.

En réalité, cette guerre avait déjà commencé.

Israël-Palestiniens, les racines d'un conflit. Consultez notre dossier.

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