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L'OMS invite les homosexuels à risque à prendre des antirétroviraux

Le reportage de Michel Rochon

Les populations à risque de contracter le virus du sida devraient envisager de prendre des antirétroviraux à titre préventif, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette recommandation s'applique tout particulièrement aux homosexuels, qui ont 19 fois plus de risques d'être exposés au VIH que la population en général. L'OMS « recommande fortement aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes » de combiner l'utilisation de préservatifs avec la prise quotidienne d'une pilule comprenant deux antirétroviraux.

L'OMS a ensuite rectifié le tir, précisant que la recommandation ne s'appliquait pas à tous les homosexuels. « Si vous avez une relation amoureuse stable, ou si les deux partenaires sont séronégatifs et qu'il n'y a pas de risque, vous n'avez absolument aucune raison de prendre » des antirétroviraux, indique Gottfried Hirnschall de l'OMS.

MERS

La prise préventive d'antirétroviraux peut devenir pertinente pour une personne séronégative en couple avec une personne séropositive, surtout que les études ne montrent pas d'effets secondaires importants.

Pour le Dr Réjean Thomas, médecin à la clinique l'Actuel et fondateur de Médecins du monde Canada, la recommandation de l'OMS va dans la bonne direction. « La première prévention, c'est le dépistage et le traitement. Dès qu'on traite une personne, [...] elle ne peut plus transmettre le VIH », a-t-il expliqué sur les ondes de RDI. 

Le Dr Thomas se dit toutefois étonné de cette recommandation, qu'il qualifie d'« avant-gardiste » étant donné son coût élevé. « Dans les pays riches, ce traitement-là coûte 700 $ par mois » et le Québec est la seule province du Canada à en rembourser le coût.

Même s'il est administré de façon préventive, ce traitement doit faire l'objet d'un suivi médical, ce qui ajoute en lourdeur au système, explique Michel Rochon, journaliste spécialisé en sciences. « L'OMS fait une recommandation, mais ce n'est pas un ordre. Chaque gouvernement doit y réfléchir. »

« Explosion de l'épidémie »

Pourquoi cibler la population homosexuelle dans cette nouvelle recommandation? Parce que les autorités sanitaires constatent une hausse alarmante chez ce groupe, explique M. Hirnschall. Cette explosion serait due à un relâchement de la prévention, combiné à une baisse de la peur qu'inspire le sida depuis qu'il est possible de vivre avec la maladie.

C'est une réalité que les homosexuels sont encore très touchés par le sida, alors qu'on voit une baisse importante chez les toxicomanes.

Dr Réjean Thomas

« Depuis cinq ans, le nombre de comportements à risque augmente » chez les homosexuels, confirme le Dr Thomas. Cette communauté a été particulièrement touchée par le VIH, ce qui en fait une population à risque. De plus, « la pratique sexuelle anale a un risque biologique de 15 à 20 fois plus élevé que la pénétration vaginale », rappelle-t-il. 

Chaque année, la moitié des nouvelles infections touchent les populations à risque, c'est-à-dire les homosexuels, les transsexuels, les prisonniers, les consommateurs de drogues et les prostitués.

Une directive semblable avait été émise en mai dernier par les autorités sanitaires américaines. Elle ciblait les homosexuels qui ont des relations sans préservatif et les personnes dont le ou la partenaire est déjà infectée ou utilise des drogues injectées.

Selon l'OMS, les efforts de prévention ont tendance à viser la population en général au détriment des groupes qui sont particulièrement touchés. La thérapie préventive aux antirétroviraux permettrait d'éviter un million de nouvelles infections parmi les homosexuels au cours de la prochaine décennie.

Le bébé guéri de nouveau séropositif

Si l'efficacité préventive des antirétroviraux a été confirmée, on ne peut toujours pas dire qu'ils permettent de guérir le sida ou d'éradiquer le VIH.

Les médecins avaient fondé beaucoup d'espoir sur une fillette née dans le Mississippi d'une mère séropositive. Traitée aux antirétroviraux moins de 30 heures après sa naissance et jusqu'à l'âge de 18 mois, la fillette paraissait guérie puisqu'aucun test sanguin ne parvenait à détecter le VIH dans son système.

Or, un test de routine effectué au début du mois de juillet a permis de relever des niveaux détectables de VIH dans son sang.

Malgré la déception, le traitement « pourrait avoir considérablement limité son développement et permis d'éviter qu'elle prenne des antirétroviraux pendant une longue période », explique Anthony Fauci, directeur de l'Institut national de l'allergie et des maladies infectieuses (NIAID).

Le cas de cet enfant du Mississippi montre que le traitement précoce aux antirétroviraux n'a pas complètement éradiqué le réservoir de cellules touchées par le VIH.

Dr Anthony Fauci, NIAID

Le cas de cette fillette demeure d'ailleurs « sans précédent », croit Deborah Persaud. « Généralement, lorsque le traitement est arrêté, les niveaux de VIH remontent en quelques semaines et non en quelques années. »

Aujourd'hui âgée de 4 ans, la fillette a recommencé à prendre des antirétroviraux et se porte bien, assure le Dr Fauci.

En Californie, une autre fillette a été traitée aux antirétroviraux dès sa naissance. Dans ce cas-là, révélé au début de l'année, les médecins ont l'intention de poursuivre le traitement jusqu'à ce que l'enfant atteigne l'âge de 2 ans.

Le cas de la fillette du Mississippi avait été approfondi dans la revue scientifique New England Journal of Medicine.

Avec les informations de Agence France-Presse

Société