•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bolduc s'explique, mais ne convainc pas l'opposition

Le ministre Bolduc est sur la sellette avec l'affaire des primes qu'il a reçues à titre de médecin.

Photo : La Presse canadienne / Clement Allard

Radio-Canada

Le ministre de l'Éducation Yves Bolduc affirme avoir agi dans les règles et se défend d'avoir voulu profiter du système en acceptant une prime de 215 000 $ à titre de médecin, pendant qu'il était député. L'opposition continue de réclamer sa démission. 

En point de presse, M. Bolduc a regretté toutes les critiques dont il fait l'objet, alors que, a-t-il dit, sa seule motivation était d'aider des patients sans médecin de famille.

Comme médecin, tout le monde va vous le dire, j'ai un grand coeur. Partout où je suis allé, je faisais des 16 h ou des 18 h par jour. J'ai toujours été quelqu'un qui travaillait 7 jours par semaine.

 Yves Bolduc

Lorsqu'il s'est retrouvé dans l'opposition, après avoir été ministre, il a estimé avoir aussi du temps à consacrer à « sa passion », la médecine.

Certains ont mis en doute ces derniers jours la possibilité d'accomplir une tâche aussi prenante que celle d'un député tout en suivant 1500 nouveaux patients, comme l'a fait M. Bolduc. Le ministre affirme néanmoins que son travail comme médecin n'a jamais nui à son « assiduité et à sa présence aux travaux de l'Assemblée nationale ». « Je savais que j'avais l'énergie et le temps pour m'occuper de ces deux fonctions », a-t-il indiqué.

Il a souligné qu'il travaillait environ 80 heures par semaine. Il se rendait à la clinique les soirs et les fins de semaine. En semaine, il se levait à 5 h du matin, ne prenait que 15 minutes de lunch et terminait son travail de médecin vers 21 h.

Je ne suis pas un des plus gourmands, je suis un des plus travaillants.

Yves Bolduc

Yves Bolduc s'est évertué à expliquer qu'il a bel et bien mérité l'argent qu'il a reçu, notamment pour une raison d'équité avec ses autres collègues. Il n'a donc pas l'intention de rembourser la prime obtenue.

À ceux qui lui ont reproché d'avoir accepté de prendre en charge 1500 nouveaux patients tout en sachant qu'il devrait les abandonner, il répond l'avoir fait « dans une perspective de long terme ». « Je ne pouvais pas prévoir qu'il y aurait des élections à si court terme. L'avoir su peut-être que je n'aurais pas pris les mêmes décisions. [...] Les élections sont arrivées de façon abrupte », affirme-t-il. L'histoire québécoise nous apprend toutefois qu'un gouvernement minoritaire ne dure jamais plus de deux ans.

Par ailleurs, le ministre Bolduc a rappelé qu'il avait demandé à la Régie d'assurance maladie du Québec (RAMQ) d'évaluer rapidement son dossier, ce qu'a accepté la RAMQ. Il sait déjà qu'il devra rembourser entre 40 000 $ et 60 000 $ en prime pour des patients qu'il a suivis comme médecin durant moins d'un an. Il s'agit d'une condition fixée par la RAMQ pour accorder les incitatifs (100 $ à 200 $ par patient).

L'actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a indiqué qu'il avait l'intention de revoir les critères du programme de primes pour les médecins de famille. 

La CAQ réclame la démission de Bolduc

La Coalition avenir Québec (CAQ) rejette les explications fournies par le ministre Bolduc et réclame sa démission. « Moi je vous dit, j'ai été ministre de la Santé,  j'ai été député, c'est impossible, impossible d'avoir 1600 patients qu'on prend en charge et en même temps faire un bon travail de député, c'est impossible. Monsieur Bolduc doit arrêter de prendre les Québécois pour des valises. Il a donné ses explications, maintenant c'est à son chef Philippe Couillard de dire ce qu'il compte faire de monsieur Bolduc », martèle le chef de la formation, François Legault. 

Le porte-parole de la CAQ en matière de Santé, Éric Caire déplore les propos « insultants » à l'égard des députés de l'Assemblée nationale.  « Ce sont des insultes aux députés [lorsqu'il] dit que nous autres les fins de semaine, les soirs et les lundis on n'a rien à faire quand on ne siège pas et qu'on pourrait aller faire du ski. C'est insultant. C'est méprisant pour le travail pour lequel il a été élu. »

M. Caire souligne par ailleurs que les visites aux activités des organismes de sa circonscription - « il y en a plus d'une centaine » – se font les soirs et les week-ends. « J'ai aussi 54 000 électeurs dans ma circonscription et il y en a plusieurs qui éprouvent différents problèmes nécessitant mon attention, poursuit M. Caire. Ces gens-là, je les rencontre les lundis et vendredis à mon bureau de circonscription quand on siège. »

Une tâche impossible, selon Réjean Hébert

Le médecin et ancien ministre de la Santé Réjean Hébert s'est dit lui aussi peu convaincu par les explications de M. Bolduc et ses collègues du gouvernement.

Yves Boludc peut bien faire un peu de travail à temps partiel, mais il a vu plus de patients qu'un médecin à temps complet peut voir en une année. En général, les médecins de famille inscrivent entre 100 et 150 nouveaux patients. Là, on parle de 1500. 

Réjean Hébert

M. Hébert rappelle aussi que le travail de député est « un travail exigeant, non seulement à l'Assemblée, mais également au bureau de comté ».

Il ajoute sa voix à celle de l'ancien ministre de la Santé et père du régime d'assurance maladie du Québec, Claude Castonguay, qui a réclamé la démission d'Yves Bolduc dans une lettre envoyée au premier ministre Philippe Couillard. Selon lui Yves Bolduc est « allé chercher le maximum en donnant le minimum, aussi bien comme député qu'en tant que médecin », ce qui n'est pas digne de ses fonctions.

Manque de jugement, selon Amir Khadir

Québec solidaire estime par ailleurs que M. Bolduc a « grandement manqué de jugement en prenant en charge ces 1500 nouveaux patients en plus de ses fonctions de député ». Le parti croit qu'il devrait rembourser au moins une partie des primes perçues pour de nouveaux patients qu'il a dû abandonner peu de temps après les avoir pris en charge.

Le député-médecin Khadir convient qu'il continue de pratiquer la médecine depuis son élection à l'Assemblée nationale en 2008, et ce, afin de conserver son droit de pratique comme médecin spécialiste en microbiologie médicale et maladies infectieuses. Mais il souligne que son cas peut difficilement être comparé à celui de M. Bolduc.

M. Khadir voit des patients en consultation externe à raison de deux demi-journées par mois. Pendant la saison estivale, il assure aussi trois semaines de garde à l'hôpital Le Gardeur et quelques journées de formation continue par année. Le reste du temps, il dit se consacrer à son travail de député, à l'Assemblée nationale ou dans sa circonscription.

Politique