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Claude Castonguay réclame la démission d'Yves Bolduc

Le reportage de Julien Lafille
Radio-Canada

L'ancien ministre de la Santé du Québec et père de l'assurance maladie Claude Castonguay estime qu'Yves Bolduc a profité du système et qu'il n'est donc plus digne d'occuper ses fonctions de ministre de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur. 

Dans une lettre envoyée au premier ministre Philippe Couillard, il dénonce la prime de 215 000 $ que M. Bolduc a reçue à titre de médecin, alors qu'il siégeait dans l'opposition, pour prendre en charge des patients qu'il a ensuite laissés tomber une fois redevenu ministre.

Il [Yves Bolduc] s'est évidemment servi de sa connaissance du système de rémunération des médecins consenti alors qu'il était ministre de la Santé. C'est ainsi qu'il est allé chercher le maximum en donnant le minimum, aussi bien comme député qu'en tant que médecin.

Claude Castonguay

« Il a donné le pire des exemples en se servant à deux mains dans notre pauvre assiette à beurre », écrit-il encore. Claude Castonguay, qui a été ministre libéral, affirme ne pas le faire de gaîté de coeur, mais demande la démission d'Yves Bolduc.

Entrevue avec l'ex-ministre Claude Castonguay

En 19 mois, Yves Bolduc a inscrit 1500 personnes sur sa liste de patients en attente d'un médecin de famille. Il a ainsi pu toucher 215 000 $ en forfait - à raison de 100 $ ou 200 $ par individu - en plus de son salaire de médecin et de son salaire de député. Tout cela, en vertu d'une entente qu'il a lui-même conclue en 2011.

Bolduc demande à la RAMQ d'examiner rapidement son dossier

Le ministre Yves Bolduc a réagi en fin d'après-midi en annonçant avoir demandé à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) de procéder rapidement aux vérifications de sa pratique médicale.

« J'ai la ferme volonté de procéder en toute transparence dans ce dossier. C'est pour cette raison que je demande à la RAMQ de procéder aux vérifications habituelles concernant ma pratique médicale et ma rémunération, et ce, de manière exceptionnellement rapide », écrit M. Bolduc dans un communiqué.

Il ajoute avoir « toujours agi de bonne foi et en conformité avec les règles en vigueur » et s'engage à « rendre publics les résultats de ces vérifications et à procéder, le cas échéant, aux ajustements qui pourraient être requis ».

« C'est clair que ce n'était pas possible »

Le ministre de l'Éducation Yves Bolduc, à l'Assemblée nationale.Le ministre de l'Éducation Yves Bolduc, à l'Assemblée nationale. Photo : PC / Jacques Boissinot

Philippe Couillard a défendu son ministre et affirmé qu'il avait agi dans les règles, parlant d'« une bien grosse tempête dans un tout petit verre d'eau ». 

En entrevue à Radio-Canada, Claude Castonguay a souligné que ce n'est pas parce qu'une pratique est légale qu'elle est pour autant acceptable. « Les gens en ont eu assez de toutes sortes de combines pour aller chercher le maximum dans le système. Ce n'est pas l'aspect légal, c'est le fait que le Dr Bolduc est allé chercher le maximum du système et donner en retour le minimum de services. »

Yves Bolduc prétendait assumer deux fonctions qui demandent un maximum d'efforts en même temps. C'est clair que ce n'était pas possible.

Claude Castonguay en entrevue à ICI Radio-Canada Première

Il rappelle que la fonction de député en est une fonction à temps complet et bien rémunérée, et que les médecins « sont les enfants gâtés de la société » sur le plan salarial. « De servir 1500 patients, il y a très très peu de médecins qui réussissent à faire ça, parce que c'est très exigeant », ajoute-t-il. 

Yves Bolduc n'a pas réagi. Son attaché de presse répète que le ministre n'a rien à se reprocher, puisqu'il a reçu le même traitement que les autres médecins. 

Autorisation du commissaire à l'éthique

Comme tout député qui occupe un second emploi, Yves Bolduc a dû soumettre son cas au commissaire à l'éthique et à la déontologie de l'Assemblée nationale avant de recommencer à pratiquer la médecine.

Selon le Code de déontologie de l'Assemblée nationale, un élu ne peut pas travailler pour un organisme public auquel il donne un service. Par exemple, il ne peut être député et employé d'un ministère.

Or, en tant que médecin, Yves Bolduc était payé par la RAMQ, mais offrait ses services à des patients, et non à l'organisme. Le commissaire a donc jugé qu'il ne contrevenait pas au Code de déontologie des élus et lui a envoyé une lettre d'autorisation de pratiquer la médecine le 18 juin 2013.

Le commissaire ne se prononçait toutefois pas sur la rémunération du Dr Bolduc, laissant le soin à la RAMQ de s'occuper de cette question.

La RAMQ analyse actuellement le dossier de 20 omnipraticiens qui auraient reçu la prime d'incitation à prendre en charge plus de patients et qui pourraient devoir rendre ces sommes. Le programme exigeait que ces médecins prennent en change les patients pour une durée minimale de 12 mois.

Yves Bolduc a suivi ses patients pendant 18 mois avant la réélection du Parti libéral, en avril dernier.

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