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Jean Garon, l'homme qui a réalisé la révolution verte

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Jean Garon lors de la présentation du premier Cabinet Lévesque

Jean Garon lors de la présentation du premier Cabinet Lévesque

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Jean Garon, le politicien qui défendait ses idées avec acharnement, est décédé, mardi, à la suite d'un arrêt cardiaque. Dans l'histoire du Québec, cet homme au franc-parler et au physique imposant est arrivé au bon moment pour laisser sa marque, indélébile, sur cette terre en laquelle il croyait tant.

Le rôle de ministre de l'Agriculture que René Lévesque lui a confié aux premiers jours de son règne, en 1976, lui allait comme un gant. Et il l'a fait sien d'une main sûre car, dès le 9 novembre 1978, « sa loi » sur le zonage agricole est adoptée par le gouvernement du Québec.

En avril 2013, lors d'une entrevue diffusée dans le cadre de l'émission Le monde aujourd'hui, Jean Garon parlait en ces termes de l'importance de préserver ces précieuses terres arables :

Pourquoi vouloir bâtir absolument sur les terres agricoles? Si on avait une mine d'or, personne ne penserait à bâtir sur une mine d'or. Une terre agricole, c'est une terre qui va produire indéfiniment si on la cultive. Alors, je pense qu'on doit réserver les terres agricoles pour l'agriculture.

Jean Garon

« Jean Garon laisse un legs très important pour le développement du Québec. Il nous laisse le pain et le beurre, le garde-manger, la protection du territoire agricole. C'est probablement le ministre de l'Agriculture qui a le plus marqué l'agriculture québécoise », a commenté la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais.

Pour Jean-Marc Fournier, député de Saint-Laurent, ministre et leader parlementaire du gouvernement libéral, Jean Garon était... « Un personnage! Pour nous, évidemment, qui n'étions pas de la même formation politique, mais aussi pour les gens de sa propre formation, il avait ses idées, elles étaient campées, il les exprimait, il n'avait pas peur de dire ce qu'il pensait. »

Jean Garon à l'Assemblée nationale du QubecAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Garon à l'Assemblée nationale du Qubec

L'objectif de Loi sur la protection des terres agricoles? Assurer la pérennité d'une base territoriale pour la pratique de l'agriculture et favoriser, dans une perspective de développement durable, la protection et le développement des activités et des entreprises agricoles dans les zones établies.

« La loi sur le zonage agricole, c'était doter le Québec d'un outil pour conserver nos terres agricoles, c'est important pour un peuple qui parle d'autosuffisance alimentaire, de souveraineté politique [...] Une loi qui marquera le Québec et qui le marquera toujours », a analysé Guy Chevrette, ex-député péquiste dans Joliette.

Il est à noter cependant que Jean Garon précisait que, dans le contexte politique dans lequel le Québec était plongé, il était impossible, voire trompeur, de parler de souveraineté alimentaire. 

Cette citation, provenant d'une entrevue diffusée le 10 avril 2013 dans le cadre de l'émission Bien dans son assiette, illustre bien sa pensée à cet égard :

On n'est pas souverains, alors parler de politique de souveraineté alimentaire, c'est tromper le monde. Ce n'est pas vrai. On n'est pas souverains. La moitié des politiques dans le domaine agricole relèvent du fédéral. [...] J'ai visité de nombreux pays et tous parlaient d'autosuffisance alimentaire. Ils n'avaient pas besoin d'essayer de prouver qu'ils étaient souverains sans l'être, ce que nous autres on essaye de faire en employant des mots, mais c'est du verbiage.

Jean Garon

Jean Garon occupera la fonction de ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation jusqu'au 12 décembre 1985.

Né à Saint-Michel-de-Bellechasse, le 6 mai 1938, Jean Garon était avocat de formation, détenteur d'un baccalauréat et d'une maîtrise en sciences sociales avec spécialisation en économie. Il est élu député de Lévis en 1976, trois ans après avoir été battu dans Charlevoix.

Mais, il est important de noter que ses débuts en politique remontent à plus loin qu'à la naissance du Parti québécois qu'il a contribué à fonder, en 1968. Ses premières armes en politique, Jean Garon les a faites au sein du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). En 1962, il devient vice-président de cette formation politique pour la région de Québec. En 1963, il accède au poste de président de la région de l'Est du Québec, puis il devient membre du comité exécutif national de ce parti en 1964.

Un long et fructueux parcours

Après sa victoire en 1976 dans les troupes péquistes, M. Garon est réélu en 1981, en 1985, en 1989 et en 1994.

En septembre 1985, il tente sa chance dans la course à la succession de René Lévesque à titre de chef de parti, mais termine troisième derrière Pierre-Marc Johnson et Pauline Marois.

Lorsqu'il était dans l'opposition, Jean Garon a été :

  • vice-président de la Commission du budget et de l'administration, de février 1986 à juillet 1989;
  • président de la Commission de l'économie et du travail, en 1989;
  • président de la Commission de l'aménagement et des équipements de novembre 1989 à juillet 1994.

Après presque neuf ans dans l'opposition, le Parti québécois, alors mené par Jacques Parizeau, reprend le pouvoir le 12 septembre 1994 et le nouveau premier ministre nomme Jean Garon au poste de ministre de l'Éducation. Il se voit aussi confier par Lucien Bouchard la présidence de la Commission de la culture, fonction qu'il occupera de mars 1996 à octobre 1998.

Monsieur le maire de Lévis

M. Garon ne s'est pas représenté au scrutin provincial du 30 novembre 1998, briguant plutôt les suffrages à la mairie de Lévis, où il est élu le 1er novembre 1998 et, de nouveau, trois ans plus tard. Il sera battu lors des élections municipales de 2005.

« Je le connais très bien. Je l'ai côtoyé quand il était maire de Lévis et, ensuite, comme militant de la souveraineté. Il était très protecteur de sa ville », se remémore, en souriant, Agnès Maltais.

À voirLa première révolution verte: le zonage agricole, dans le cadre de l'émission Tout le monde en parlait

Un homme aux idéaux inébranlables

La vie politique de Jean Garon au sein du Parti québécois n'a pas été exempte de déceptions. Ainsi, dans son autobiographie, intitulée Pour tout vous dire et publiée en 2013, l'ex-ministre exprimait sa désapprobation vis-à-vis de certains changements survenus à la tête du parti qu'il avait co-fondé.

L'histoire du leadership au PQ telle que je l'ai vécue [...] est plutôt désolante. Elle peut se résumer à la démission de trois chefs qui n'auraient pas dû partir – René Lévesque, Jacques Parizeau et Bernard Landry- et à leur remplacement par trois autres qui n'auraient pas dû être choisis : Pierre-Marc Johnson, Lucien Bouchard et André Boisclair.

Jean Garon

Jean Garon était de ces gens qui croient à un idéal et qui n'en démordent pas, explique la nièce du défunt ministre, Pénélope Garon, qui se rappelle avec quelle conviction son oncle embrassait l'idée de l'indépendance du Québec.

Pénélope Garon, nièce de l'ex-ministre péquiste Jean GaronAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Pénélope Garon, fille de l'ex-ministre péquiste, Jean Garon

Il ne se laissait pas démonter par un ou deux référendums perdus ou, encore, par les résultats défavorables de sondages, dit Pénélope Garon : « Il y a cru jusqu'à la dernière seconde : le Québec devait pour lui devenir un pays. Ça a été l'essence même de son engagement en politique, jusqu'à la fin ».

Avec les informations de La Presse canadienne

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