•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nicolas Sarkozy inculpé de trafic d'influence et de corruption

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy

Photo : Pascal Rossignol/Reuters

Reuters

Nicolas Sarkozy a été inculpé dans la nuit de mardi à mercredi de trafic d'influence actif, de corruption active et de recel de violation de secret professionnel à l'issue d'une garde à vue sans précédent pour un président de la Ve République, a-t-on appris de source judiciaire.

Dans la soirée, son avocat, Me Thierry Herzog, et Gilbert Azibert, avocat général à la Cour de cassation, avaient été inculpés pour les mêmes chefs d'accusation que l'ancien président. S'y ajoute pour Me Herzog celui de violation de secret professionnel, a-t-on précisé de même source.

Nicolas Sarkozy, qui dit en être au stade de la « réflexion » quant à un éventuel retour en politique pour la présidentielle de 2017, s'est vu notifier son inculpation au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris par les juges d'instruction Patricia Simon et Claire Thépaut.

Il avait été placé en garde à vue mardi à 8 h, heure locale, dans les locaux de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, à Nanterre, dans le cadre d'une information judiciaire pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction présumés.

Arrivé à 23 h 40 au pôle financier dans un véhicule banalisé, il en est ressorti vers 2 h.

« Il a été mis en examen sans contrôle judiciaire », a-t-on dit de source judiciaire.

Il s'agit de la seconde mise en examen pour l'ancien président UMP, qui a perdu l'immunité présidentielle dont il jouissait un mois après sa défaite de mai 2012.

Nicolas Sarkozy avait été mis en examen en mars 2013 pour abus de faiblesse aux dépens de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt avant de bénéficier d'un non-lieu en octobre de la même année.

Écoutes « contestables »

L'information judiciaire qui lui vaut cette deuxième inculpation a été ouverte le 26 février sur la base d'écoutes téléphoniques qui l'ont visé, lui et son entourage.

Thierry Herzog et Gilbert Azibert avaient été placés en garde à vue lundi, de même que Patrick Sassoust, avocat général à la Cour de cassation. Ce dernier n'a pas été présenté aux juges.

« Thierry Herzog a été mis en examen pour des faits que nous contestons. Il est libre et il reste avocat de Nicolas Sarkozy », a déclaré à la presse son avocat, Me Paul-Albert Iweins.

« Ces faits ne reposent que sur des écoutes [...] dont la légalité sera fortement combattue », a-t-il dit, faisant état de la découverte « stupéfiante » dans le dossier d'une écoute entre Me Thierry Herzog et son bâtonnier « sur les explications de ce qui avait pu passer ».

« Je crois que c'est la première fois, en France certainement, et peut-être au monde, qu'on utilise, qu'on essaye d'utiliser, une écoute entre un avocat et son confesseur naturel qu'est le bâtonnier », a-t-il déploré.

« C'est vous dire qu'il n'y a pas grand'chose dans ce dossier, puisqu'aucun des éléments matériels de ce que j'ai vu et de ce qui a pu nous être opposé ne vient à l'appui des accusations », a conclu l'avocat.

Les enquêteurs soupçonnent un réseau d'informateurs au sein de la justice et de la police d'avoir renseigné Nicolas Sarkozy sur les procédures judiciaires le visant.

Les soupçons sont apparus en marge d'une enquête sur des accusations de financement libyen de sa campagne électorale en 2007, poussant la justice à placer deux téléphones utilisés par l'ex-chef de l'État sur écoute les 3 et 19 septembre 2013.

« Jusqu'au bout »

Ces interceptions auraient révélé que Nicolas Sarkozy et son avocat étaient bien renseignés sur la procédure alors en cours à la Cour de cassation sur l'affaire des soupçons d'abus de faiblesse aux dépens de la milliardaire Liliane Bettencourt.

Les juges cherchent à établir si Nicolas Sarkozy a tenté de faciliter une promotion à Monaco de Gilbert Azibert en échange de renseignements sur l'avancée du dossier.

Le porte-parole du gouvernement, Stéphane le Foll, a assuré que la justice devait « aller jusqu'au bout », car Nicolas Sarkozy, « est désormais un justiciable comme les autres ».

Les réactions ont été mesurées au sein de la droite. Seul parmi les responsables de l'UMP Jean-Pierre Raffarin, membre de la direction provisoire du parti avec Alain Juppé et François Fillon, a appelé publiquement à la modération.

Quelques proches de l'ancien chef de l'État ont dénoncé une instrumentalisation politique de l'affaire.

« Jamais on n'aura affublé un ancien président d'un tel traitement, d'un tel déferlement de haine », a ainsi déclaré le maire UMP de Nice, Christian Estrosi.

Dans une virulente tribune publiée le 20 mars dernier dans Le Figaro, Nicolas Sarkozy dénonçait des écoutes dignes de la Stasi, la police politique de l'ex-Allemagne de l'Est.

« Des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds avec une violence inédite et une absence de scrupule sans précédent », écrivait-il.

International