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Le califat menace le monde entier, selon l'armée irakienne

Les djihadistes proclament leur califat en Irak et en Syrie

La proclamation d'un califat islamique par les insurgés sunnites de l'État islamique dans les territoires sous leur contrôle en Irak et en Syrie montre qu'ils sont devenus une menace pour le monde entier, a déclaré lundi le porte-parole de l'armée irakienne, Kassim Atta.

Contrôlant de larges pans de territoires irakiens et syriens, les djihadistes n'entendent toutefois pas en rester là. Ils prévoient étendre leur hégémonie en appelant les musulmans du monde entier à prêter allégeance à leur calife.

Les ambitions territoriales du « califat » risquent de provoquer des réactions des pays occidentaux, des pays arabes modérés et des communautés chiites, notamment majoritaires en Irak. « Cette proclamation est un message adressé par l'État islamique non seulement à l'Irak ou à la Syrie, mais à toute la région et au monde entier. Un message signifiant que l'État islamique est devenu une menace pour tous les pays », a déclaré M. Atta.

« Je pense que tous les pays, lorsqu'ils auront lu la proclamation, changeront d'attitude, parce qu'elle ordonne à tout un chacun de s'y soumettre », a-t-il poursuivi.

Le califat

Dans le monde musulman, le calife désigne l'« émir des croyants » depuis la mort du prophète Mahomet. Le régime politique islamique a toutefois disparu dans les années 1920 avec le démantèlement de l'Empire ottoman.

Les États-Unis ont indiqué, lundi, que la proclamation d'un califat sur les territoires de la Syrie et de l'Irak « ne signifie rien ».

« Nous avons [déjà] vu ce genre de formule » de la part de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) [qui se fait désormais appeler État islamique, NDLR], a ajouté la porte-parole du département d'État Jen Psaki. « Cette déclaration ne signifie rien pour les populations en Irak et en Syrie », a-t-elle déclaré, ajoutant que l'EIIL essayait seulement « de contrôler les populations par la peur ».

Une ancienne branche d'Al-Qaïda

À l'origine, l'EIIL était une émanation d'Al-Qaïda jusqu'à ce qu'il se mette à contester ouvertement l'autorité du chef d'Al-Qaïda à compter de 2013. Ses militants combattent autant les rebelles que les soldats du régime en Syrie où ils ont établi leur « capitale » à Raqa, dans le Nord. En Irak, ils bénéficient du soutien d'anciens officiers de Saddam Hussein, de groupes salafistes et de certaines tribus.

Les djihadistes se sont implantés, depuis janvier dernier, dans la province d'Al-Anbar et ils ont pris la deuxième ville du pays, Mossoul, il y a trois semaines. Ils contrôlent également une grande partie de la province de Ninive (nord), ainsi que des régions des provinces de Diyala (est), Salaheddine et Kirkouk (ouest).

La minorité sunnite irakienne avait dirigé le pays pendant des décennies sous le règne de Saddam Hussein. Ce dernier a été renversé lors de l'invasion américaine en 2003 avant d'être exécuté trois ans plus tard.

« D'un point de vue géographique, l'État islamique est déjà parfaitement opérationnel en Irak et en Syrie », affirme le chercheur associé à Brookings Doha, Charles Lister. « Il est en outre présent – mais caché – dans le sud de la Turquie, semble avoir établi une présence au Liban, et a des partisans en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï, en Indonésie, en Arabie saoudite, et ailleurs. »

L'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) a annoncé dimanche s'être rebaptisé État islamique et avoir élevé son chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, au rang de calife, soit le successeur du prophète de l'islam dans l'exercice du pouvoir politique.

« Il est l'imam et le calife de tous les musulmans », a souligné le porte-parole du mouvement, Abou Mohamed al Adnani.

« Musulmans [...] rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l'Occident. Revenez à votre religion », a lancé le porte-parole de l'État islamique, Abou Mohammad al-Adnani, dans un enregistrement audio.

L'État irakien se réorganise

Après la débandade initiale, l'armée irakienne s'est regroupée au moment où les islamistes menaçaient Bagdad. Ils ont maintenant reçu l'appui de la Russie, qui lui a livré cinq chasseurs Sukhoi, pendant que les États-Unis envoyaient des experts militaires et des drones pour assurer la défense de Bagdad.

Les troupes de l’armée irakienne patrouillent la ville de Jurf al-Sakhar, au sud de Bagdad.Les troupes de l’armée irakienne patrouillent la ville de Jurf al-Sakhar, au sud de Bagdad. Photo : STRINGER Iraq / Reuters

L'armée irakienne a, depuis, lancé une contre-offensive et elle encercle maintenant la ville de Tikrit, à 160 km de Bagdad. Tikrit est l'ancien fief de Saddam Hussein et un chef-lieu des islamistes dans la province de Salaheddine. Des milliers de soldats irakiens participent à la plus grande contre-offensive, appuyée par des chars et l'aviation, lancée samedi. Les soldats contrôlent des secteurs périphériques et ils soumettent la ville à des raids aériens nocturnes.

Sur la scène politique, le Parlement irakien se réunit mardi pour amorcer la formation d'un gouvernement. Les puissances occidentales militent en faveur d'un cabinet ouvert à toutes les communautés et les confessions religieuses afin de faciliter l'unité nationale. Au pouvoir depuis 2006, le premier ministre Nouri al-Maliki fait toujours office de favori en dépit de la débandade de son armée – qui a mené le pays au bord du chaos – depuis le lancement de l'offensive islamiste le 9 juin dernier.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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