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Restructuration de Radio-Canada : une catastrophe, selon les syndicats

La tour de la maison de Radio-Canada à Montréal.
La tour de la maison de Radio-Canada à Montréal. Photo: PC/Paul Chiasson
Radio-Canada

« C'est une stratégie qui nous mène tout droit vers la disparition », déplore le président du Syndicat des communications de Radio-Canada (SCRC), Alex Levasseur, dans la foulée de l'annonce du président de la Société Radio-Canada, Hubert T. Lacroix. Ce dernier a annoncé aux employés de la société que leur nombre diminuerait de 25 % d'ici 2020.

S'adressant à un parterre d'employés réunis pour l'occasion devant la tour de Radio-Canada à Montréal, M. Levasseur a dénoncé cette nouvelle série de compressions. Il a déploré que la direction de Radio-Canada se prête au jeu de la rentabilité imposé au secteur privé. Il estime qu'à titre de diffuseur public, la SRC ne devrait pas à avoir à se plier à ce genre de contraintes afin d'offrir un contenu différent au public canadien.

« Je suis atterré, il n'y a pas de mot pour décrire ce démantèlement du diffuseur public », confie M. Levasseur, bouleversé par l'ampleur de l'annonce du président de la société.

Outre la perte de 1000 à 1500 emplois d'ici 2020, le président de la SRC a également annoncé une diminution significative de la production de contenu à l'interne et de l'offre télévisuelle. La SRC compte se concentrer sur le numérique tout en préservant son volet information.

Ce n'est même plus un lent démantèlement de la société, c'est une privatisation et l'abandon du mandat du diffuseur public.

Alex Levasseur, président du SCRC

M. Levasseur reproche à la direction de Radio-Canada de refuser de faire le débat sur la pertinence du maintien d'un diffuseur public. « C'est une stratégie de perdant! », s'exclame-t-il.

Le président du SCRC a invité les employés à se tourner vers les politiciens afin de les sensibiliser au sujet d'un financement accru de leur diffuseur public. « Il faut que le diffuseur public soit financé à sa juste valeur et il faut gagner la confiance des parlementaires », a affirmé M. Levasseur. Il estime qu'il faut réussir à convaincre la population et les politiciens de l'importance d'un diffuseur public afin de redonner à la SRC les moyens de remplir son mandat auprès de tous les Canadiens.

M. Levasseur comprend le virage vers le numérique. « J'en suis », explique-t-il. Mais il déplore qu'on abandonne le reste du mandat de la société. « C'est une chose de prendre le virage numérique, mais une telle réduction de la taille du diffuseur public, c'est l'abandon du mandat du diffuseur public. »

Selon un relevé des compressions compilé par le SCRC, plus de 2000 postes ont déjà été abolis entre mars 2009 et mars 2014

Le SCFP est atterré

Isabelle Doyon, présidente du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), section locale 675, est atterrée de l'annonce faite aujourd'hui par Hubert Lacroix. Elle représente les employés de bureau et les professionnels de Radio-Canada, au Québec et à Moncton.

« Pour nous, on voit bien qu'on est en train de tuer Radio-Canada. La direction, pour ne pas dire Hubert Lacroix, est en train de saboter 75 ans d'histoire et tout ce qui a été bâti pour valoriser la culture canadienne », dit-elle.

Mme Doyon se demande si le fait de réduire constamment les effectifs permettra à Radio-Canada de rester viable, à long terme. De plus, elle s'inquiète du fait qu'on ne fait plus, selon elle, la distinction entre service public et désir de satisfaire le consommateur. « On vient de franchir la ligne », s'alarme-t-elle.

Le SCFP ne peut pas chiffrer, pour le moment, ce que ces nouvelles compressions vont signifier pour ses membres. En avril dernier, une trentaine de postes ont été supprimés. Mais la direction du syndicat est de nouveau en alerte, d'autant plus qu'elle n'est pas satisfaite de la réponse donnée par M. Lacroix concernant un recours éventuel à la sous-traitance. « ''Il nous faut envisager de réduire les coûts d'entreprise'', s'est-on contenté de nous dire », dit Isabelle Doyon.

« On insiste sur la mobilité Internet, mais ce n'est pas une panacée, met en garde Isabelle Doyon. Ce n'est pas tout le monde qui est habile avec Internet et ce n'est pas tout le monde qui a les moyens. La bande passante ce n'est pas gratuit, et le coût sera refilé aux citoyens. »

Avec la fin de la production à l'interne des émissions de télé autres que celles du secteur de l'information, c'est le caractère distinct de Radio-Canada qui s'étiole.

Jean Gagnon, réalisateur et président de l'Association des réalisateurs de Radio-Canada

Le syndicat qui représente les technicien est aussi très inquiet. « M. Lacroix semble vouloir démanteler le diffuseur public à petit feu, et là on lui donne un autre petit coup pour les cinq prochaines années, c'est assez déplorable », affirme Benoît Celestino, président du Syndicat des techniciens et artisans du réseau français (STARF).

« On va perdre une expertise, c'est clair. Dans les conventions collectives, en tout cas dans la nôtre, l'ancienneté prime, et c'est les jeunes qui vont partir en premier, malheureusement, et ce n'est pas nécessairement bon pour nous », ajoute-t-il.

« C'est une catastrophe »

Pour Jean Lacharité, vice-président de la Centrale des syndicats nationaux (CSN), on assiste à la quasi mise à mort du diffuseur public.

Nous faisions déjà face à la suppression de 657 postes, voilà qu'il s'en ajoute 1500 aujourd'hui, sur un total de 8000 postes. Ce sont environ 25 % des effectifs qui sont coupés. C'est un drame humain, tant pour ceux qui partent que pour ceux qui restent, car ces derniers vont être surchargés de travail.

Jean Lacharité, vice-président de la CSN

Pour M. Lacharité, Radio-Canada s'oriente vers la privatisation. Il rappelle que le Canada est déjà le « cancre » du financement en matière de diffusion publique, au sein des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec un financement équivalant à quelque 29 $ par habitant. Or, dit le vice-président de la CSN, sabrer davantage ce service public équivaut à une attaque directe contre la démocratie, puisque Radio-Canada joue un rôle fondamental au plan critique.

Et le vice-président de la CSN soutient que c'est à dessein que le gouvernement Harper, « le pire gouvernement de droite que nous ayons eu », procède à ces compressions. Quant au PDG de Radio-Canada, Hubert Lacroix, Jean Lacharité lui reproche d'avaler ces compressions « comme une couleuvre » et de ne pas se porter à la défense du diffuseur public. « Il prend ça comme du tout cuit, il n'assume pas ses responsabilités », martèle Jean Lacharité.

La Guilde déplore la perte de contenus

Le président du conseil exécutif de la sous-section Radio-Canada/CBC de la Guilde canadienne des médias, Marc-Philippe Laurin, dénonce la réduction du contenu qui sera produit par la Société Radio-Canada/CBC. « Nous voyons ça comme une réduction de services, explique-t-il. C'est bien beau que le diffuseur public souhaite s'ajuster, mais en même temps, l'ajustement résulte d'une perte de financement, un manque de financement pour un diffuseur public canadien. Et le résultat, on le voit maintenant, c'est une réduction de services à travers le pays pour les gens qui sont les vrais propriétaires du diffuseur public. »

Quand on coupe dans les créateurs de contenus, selon nous, c'est une réduction de ce que les Canadiens vont recevoir. Moins de gens veut dire moins de contenus.

Marc-Philippe Laurin, Guilde canadienne des médias

« Les gens sont de plus en plus sur le numérique [...] mais nous pensons que c'est fait [le virage vers le numérique] à la presse en raison des compressions budgétaires auxquelles est confronté le diffuseur public et d'un manque de financement stable sur une longue période », poursuit M. Laurin.

« On a un gouvernement qui ne s'intéresse pas beaucoup au diffuseur public même si les Canadiens sont en faveur, comme le démontrent plusieurs sondages », conclut M. Laurin.

Société