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Les femmes trop liées à leurs enfants pour devenir juges, selon MacKay

Le reportage d'Emmanuelle Latraverse
Radio-Canada

Le manque de femmes juges au pays s'explique par le lien trop serré entre les femmes et leurs enfants, croit le ministre fédéral de la Justice.

Les femmes ne postulent pas pour ces emplois, car elles craignent que le travail de juge les éloigne trop de leurs enfants, a expliqué Peter MacKay le 13 juin dernier lors d'une réunion organisée par le Barreau ontarien à Toronto. Il a ajouté que les enfants ont davantage besoin de leur mère que de leur père. C'est pour cette raison que son gouvernement ne nomme pas plus de juges femmes.

Dans les couloirs du parlement, le ministre a été invité à expliquer ses remarques, citées par le quotidien Toronto Star dans son édition de jeudi.

Au lieu de reculer, il en a remis : « Eh bien, elles en ont un », a-t-il insisté en référence au lien plus fort entre les femmes et leurs enfants. « Dans la petite enfance, il est indéniable que les femmes ont un lien plus grand avec leurs enfants », a-t-il précisé du même souffle.

Le ministre n'a rien dit lorsqu'on lui a fait remarquer qu'on arrive rarement au poste de juge tôt dans une carrière, alors qu'on serait jeune parent.

Il avait eu le temps cependant, avant de partir, de répéter une de ses déclarations du 13 juin. « Pour ce qui est des femmes qui postulent pour devenir juges, nous avons besoin de plus de femmes qui postulent pour devenir juges. C'est aussi simple que ça », a lâché le ministre avant de tourner les talons, répétant ainsi que les femmes elles-mêmes sont responsables du manque de femmes juges dans les cours fédérales.

30 % de femmes

Aux Communes, le ministre a dit qu'on interprétait mal ses propos. Depuis 2006, le gouvernement conservateur a nommé 183 femmes juges sur un total de 602 nominations, soit de 30 %, a souligné son bureau. Cela est proportionnel au nombre de candidatures féminines, précise-t-on.

Selon le bâtonnier du Barreau du Québec, Bernard Synnott, ce ne sont pas les candidatures de femmes aux postes de juge qui manquent. « 30 % de candidatures, c'est peut-être une information confidentielle, mais ce que je sais, c'est qu'il y a des dizaines d'avocates qui ont passé tout le processus et qui ont été recommandées par le comité consultatif à la magistrature fédérale », a-t-il affirmé jeudi lors d'un entretien à Radio-Canada.

Il souligne par ailleurs que le Barreau du Québec est composé de 51 % de femmes. « Le Barreau du Québec a récemment fait adopter par les grands cabinets une politique sur la conciliation travail-famille. C'est ça les valeurs qu'[on­] véhicule », a-t-il fait valoir.

Digne des années 50

En après-midi, l'opposition libérale a réclamé des excuses au ministre qui a fait preuve de « chauvinisme flagrant », d'après la députée Chrystia Freeland, et qui a livré un discours « des années 50 », selon la députée Carolyn Bennett.

« Rétrograde » est l'adjectif qu'a choisi la néo-démocrate Rosane Doré Lefebvre, à l'extérieur de la Chambre. La députée a cité en exemple sa tante, Louise Arbour, une mère de trois enfants, qui a siégé comme juge à la Cour suprême.

Les collègues du ministre MacKay ne se pressaient pas pour le défendre jeudi. La plupart des élus conservateurs ont fui les journalistes.

Restait un Maxime Bernier, plutôt réticent. « Moi aussi, j'ai un lien spécial avec mes filles », a dit le ministre Bernier. Visiblement mal à l'aise, il a eu quelques rires gênés, puis a dit que comme tout le monde, il aimait sa mère.

Peter MacKay n'en est pas à sa première sortie qualifiée de sexiste. Durant la campagne électorale de 2006, il avait invité la néo-démocrate Alexa McDonough à « se contenter de tricoter ». Il s'était excusé par la suite.

Avec les informations de La Presse canadienne

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