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Mario Beaulieu est le nouveau chef du Bloc québécois

Le reportage de Daniel Thibault
Radio-Canada

L'ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Mario Beaulieu, reprend le flambeau de la direction du Bloc québécois en vue des élections fédérales de 2015. Un choix qui ne fait cependant pas l'unanimité au sein du parti.

Avec 53,5 % des voix, presque autant de militants ont voté pour le nouveau chef que contre lui. Les membres du caucus avaient plutôt donné leur appui au député bloquiste de Richmond-Arthabaska, André Bellavance, candidat de la continuité.

Mario Beaulieu a promis durant la campagne de remettre la souveraineté au centre du discours du Bloc. Il en a donné un exemple lors de son allocution de victoire. « Le Bloc québécois sera le moteur de la relance du mouvement indépendantiste! » a-t-il lancé aux militants réunis au Monument-National, à Montréal. Il est allé jusqu'à expérer une majorité de sièges au Québec lors des prochaines élections.

Nous attendons cela depuis 20 ans. Le temps de l'attente et du défaitisme est terminé. Le temps de rêver à la liberté et de croire en l'avenir est revenu.

Mario Beaulieu

« Cette fois-ci, c'est parti pour de bon pour l'indépendance, nous sommes partis pour gagner! » a-t-il poursuivi, appuyé par des « nous vaincrons » de la foule.

Sa victoire est largement attribuée au vote des jeunes, qui semblent avoir préféré son audace à la modération d'André Bellavance.

« Je suis vraiment soulagée et heureuse », a dit la militante bloquiste Catherine Fournier. « Je pense qu'aujourd'hui, c'est un grand jour pour le mouvement. »

Déjà une démission

Quelques heures à peine après l'élection de Mario Beaulieu, le président de l'association bloquiste d'Hochelaga, à Montréal, a annoncé quitter les rangs de la formation souverainiste. Jerry Beaudoin affirme qu'il ne peut se rallier aux positions défendues par le nouveau chef. Il dit croire que d'autres démissions pourraient survenir dans les prochaines semaines.

Le statu quo grand perdant

Le candidat défait était visiblement déçu du résultat, tout comme ses collègues députés qui l'avaient tous appuyé.

André BellavanceAndré Bellavance

« On avait un message différent, effectivement », a déclaré André Bellavance. « Moi je dis que ce n'était pas vrai qu'on a été immobiles et attentistes pendant ces années-là, sauf que les membres ont fait un choix. Leur vote a été de choisir M. Beaulieu et ça, je le respecte. »

Les trois autres députés bloquistes aux Communes ont semblé ébranlé par le vote. Ils ont félicité leur nouveau chef tout en soulignant le travail d'équipe qui devra être accompli.

« Il a soumis plein d'idées pendant la course à la chefferie », a expliqué Jean-François Fortin, député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia. « Je suis d'accord avec certaines, et je ne suis pas d'accord avec d'autres. Mais bref, on a élu un chef, on va être capable de se parler. M. Beaulieu doit être rassembleur tant pour les gens qui ont voté pour lui que pour les gens qui n'ont pas voté pour lui. Alors la balle est également dans son camp. »

Au micro, le chef démissionnaire Daniel Paillé a quant à lui demandé aux militants qui ont gagné leur vote « d'ouvrir les bras et d'être humble dans ce gain, parce que le Bloc aura besoin de tout le monde » et à ceux qui ont perdu « de prendre un peu de temps ».

Un discours « irresponsable », selon Gilles Duceppe

Gilles Duceppe, qui a dirigé le Bloc pendant près de 15 ans, a été prompt à condamner les propos du nouveau chef. « Je n'ai pas apprécié quand il parle de 20 ans d'attentisme et de défaitisme. C'est mensonger, c'est de la démagogie. »

On laisse la chance au coureur, mais de dire que Lucien Bouchard, Michel Gauthier, moi, Daniel Paillé, on n'a rien foutu pendant 20 ans...

Gilles Duceppe

Il en veut également à M. Beaulieu d'avoir murmuré les mots « nous vaincrons », alors que des militants les scandaient dans la salle. Il s'agit d'une référence au slogan du Front de libération du Québec utilisé pendant la crise d'octobre 1970. « Je ne peux pas m'identifier à des gens qui crient "nous vaincrons". On sait ce que ça veut dire. C'est complètement irresponsable, inconscient », déplore M. Duceppe.

Plus tard en soirée, le chef du Parti québécois Stéphane Bédard a félicité Mario Beaulieu par communiqué. « Lorsqu'il sera question de la défense des intérêts du Québec à Ottawa, il sait qu'il pourra compter sur notre soutien », s'est exprimé le député de Chicoutimi.

Montagne à remonter

En plus de devoir rallier les troupes, Mario Beaulieu aura fort à faire pour trouver 78 candidats qui représenteront chacune des circonscriptions du Québec, à moins d'un an et demi du scrutin.

En ce moment, le Bloc n'a que quatre députés à la Chambre des communes, alors qu'il en comptait 49 à l'élection de 2008.

« Nous allons faire du porte-à-porte, des assemblées de cuisine, des tournées des cégeps et des universités et agir constamment en dehors de nos réseaux habituels pour recruter le plus de membres possible », a indiqué M. Beaulieu, ajoutant vouloir accueillir au parti les indépendantistes de tous les horizons.

La course à la direction a été rendue nécessaire par la démission, en décembre dernier, de Daniel Paillé, qui occupait le poste depuis le mois de décembre 2011. M. Paillé avait quant à lui remplacé Gilles Duceppe.

Les 19 000 membres du Bloc québécois ont pu voter par téléphone de mercredi à vendredi. Le taux de participation a été de 58,5 %.

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