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4 questions pour comprendre l'État islamique

Un combattant de l'EIIL dans les rues de Mossoul.

Un combattant de l'EIIL dans les rues de Mossoul.

Photo : STRINGER Iraq / Reuters

Radio-Canada

Les combattants du groupe armé État islamique (anciennenment État islamique en Irak et au Levant) contrôlent de vastes pans de territoires en Irak et en Syrie. Les États-Unis mènent depuis le début d'août une campagne de bombardements aériens dans le nord de l'Irak pour tenter de stopper leur progression. Comment expliquer l'ascension fulgurante de ce groupe terroriste? Décryptage.

Un texte de Laurence NiosiTwitterCourriel

1. Qui est le groupe armé État islamique (EI)?

Le groupe radical sunnite EI a été créé il y a une dizaine d'années en Irak au début de l'intervention américaine. D'abord connu comme l'Al-Qaïda d'Irak, le mouvement a pris le nom d'État islamique en Irak et au Levant avec le début du soulèvement en Syrie.

Rejetée par Al-Qaïda en février 2014, l'organisation extrémiste a gagné de plus en plus de terrain, avant de proclamer la création d'un califat et de changer son nom en « État islamique ». Elle contrôle un territoire au nord de la Syrie et de l'Irak, dont les frontières fluctuent au gré des combats.

L'EI compte de 10 000 à à 50 000 combattants, un écart qui s'explique par la difficulté à obtenir des informations précises, comme le relate Le Monde (Nouvelle fenêtre). Il s'agit de volontaires syriens et irakiens, de prisonniers libérés, de recrues, mais aussi d'Occidentaux. À sa tête se trouve Abou Bakr Al-Baghdadi, mystérieux chef de guerre irakien dont on n'a que deux photos peu récentes.

L'EI veut appliquer une version très sévère de la loi islamique sur le territoire qu'il contrôle . Mais ses méthodes extrêmement violentes – tortures, décapitations, enlèvements – provoquent le ressentiment des populations qui vivent sous son contrôle.

La direction de l'information de Radio-Canada a décidé d'utiliser l'appellation « groupe armé État islamique » pour désigner le groupe radical sunnite qui sévit en Irak et en Syrie.

Reprendre simplement l'appellation « État islamique » pourrait laisser entendre que nous reconnaissons une légitimité à ce groupe qui prétend être un État.

Or, il ne s'agit pas d'un véritable État, avec des frontières et une reconnaissance internationale, mais plutôt d'une fédération informelle de groupes de combattants armés avec un objectif commun.

2. Pourquoi le groupe a-t-il pris une telle ampleur?

L'EI a profité de la politique sectaire de l'ancien premier ministre irakien chiite Nouri Al-Maliki, qui marginalisait les communautés sunnites et kurdes. Soutenus par les tribus sunnites, les insurgés ont en quelques jours pris le contrôle de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, et de sa province, puis de Tikrit, ville située à 160 km de Bagdad. Le groupe lance aussi régulièrement des attentats anti-chiites.

« Le côté sunnite est monopolisé par les radicaux. À Mossoul ou à Fallouja, la population doit choisir entre le pouvoir de Bagdad qui la méprise, et ces gens qui arrivent avec un discours de libération sunnite », expliquait en juin dernier François Brousseau, chroniqueur en information internationale à ICI Radio-Canada.

Depuis, Nouri Al-Maliki a été poussé hors de son siège, pour être remplacé par Haïdar Al-Abadi. Ce nouveau premier ministre irakien désigné tente désormais de constituer un gouvernement rassemblant non seulement les partis de la majorité chiite, mais aussi ceux de la minorité sunnite et les Kurdes, afin de présenter un front uni contre l'État islamique.

3. Quelle est son implication dans les pays avoisinants?

Depuis que la guerre ravage la Syrie, le mouvement s'est étendu au pays voisin, l'Irak, recréant une continuité territoriale entre les deux zones. Avec d'autres groupes islamistes, l'EI profite du vide politique créé par le régime du président syrien Bachar Al-Assad.

Le groupe se bat sur deux fronts : contre le régime, mais aussi contre les différentes factions de la rébellion, dont le Front Al-Nosra, groupe lié à Al-Qaïda, à qui l'EI reproche notamment le laxisme dans l'application de la charia.

Pendant ce temps, le président syrien a tout à gagner des divisions au sein du camp djihadiste. L'EI lui sert ainsi d'épouvantail qu'il peut agiter devant les Occidentaux.

Allié du président syrien Bachar Al-Assad, l'Iran chiite s'inquiète quant à lui de l'avancée des insurgés sunnites de l'EI, à un point qu'il n'exclut pas la possibilité de coopérer avec les États-Unis. 

4. Quel est le rôle des États-Unis?

La nouvelle crise survient trois ans après le retrait de l'armée américaine d'Irak. Selon le New York Times, l'ex-premier ministre irakien Nouri Al-Maliki aurait déjà au printemps demandé aux États-Unis d'intervenir, mais le président américain semblait alors récalcitrant à ouvrir un nouveau chapitre irakien.

Les États-Unis se retrouvaient devant un dilemme énorme. « Leur invasion de 2003 s'est avérée une catastrophe, mais en même temps, ils ne peuvent pas rester les bras croisés si jamais Badgad était menacé », souligne le journaliste François Brousseau.

Au début d'août, le président Obama a finalement autorisé des frappes aériennes ciblées sur des positions de l'EI. Il a toutefois répété qu'il n'enverrait pas de troupes américaines au sol.

La guerre de 2003 en chiffres

  • 134 000 civils irakiens ont perdu la vie;
  • 17 000 milliards de dollars alloués par le Pentagone;
  • à cette somme s'ajoutent 490 milliards en prestations aux anciens combattants.

Source : Watson Institute for International Studies à l'Université Brown

Avec Johanne Lapierre

International