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Lac-Mégantic : après le train, la vie

Radio-Canada

Si les Méganticois se souviennent très bien de la tragédie du 6 juillet 2013, ils rêvent aujourd'hui d'un retour à la vie normale.

Un photoreportage d’Akli Aït AbdallahTwitterCourriel

Claudette Lapointe est Méganticoise de souche, on peut dire ça comme ça. De la fenêtre de sa chambre, Claudette a une vue imprenable sur la voie ferrée qui traverse le village. En face, à portée de regard, la maison familiale où elle a grandi et où habite encore sa mère.

Dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013, lorsque 72 wagons fous gorgés de pétrole ont dévalé la pente qui mène au centre-ville avant de prendre feu et d'exploser, Claudette a ressenti la chaleur des flammes jusque dans sa chambre.

La suite, on la connaît. Un immense incendie ravage le centre-ville, forçant l'évacuation de près de 2000 personnes et la disparition de nombreuses bâtisses résidentielles ou commerciales. On dénombrera 47 morts. Pour une ville de 6000 habitants, où tout le monde connaît tout le monde, le bilan est insupportable.

Dans les semaines qui suivent la pire catastrophe ferroviaire de l'histoire canadienne, Lac-Mégantic est envahie de touristes, des curieux, mais aussi et surtout des hommes et des femmes venus compatir avec la population.

Claudette Lapointe crée alors Tours Mégantic, une petite entreprise qui va proposer des tours de ville aux caravanes de visiteurs des alentours ou de plus loin.
« Ils voulaient tous voir le Musi-Café », se souvient Claudette.

Le reportage d'Akli Aït Abdallah est diffusé le 15 juin sur ICI Radio-Canada Première à Désautels le dimanche 

Bondé cette nuit-là, le Musi-Café est vite devenu l'un des symboles de la tragédie. Aujourd'hui, l'établissement fait peau neuve, du côté de la rue Papineau.
On a posé le toit, mais l'ouverture des portes ne se fera pas avant l'automne. Question d'argent et de subventions qui arrivent moins vite que le train.

En attendant, on va juste en face, chez Pierre.

Pierre, c'est le cousin de Claudette, et l'héritier de père en fils de la Berge glacée, un bar laitier plus que cinquantenaire. Avant le drame, la Berge glacée recevait à l'embouchure du lac et de la rivière Chaudière. Mais les déversements de pétrole et la contamination des sols ont forcé l'abandon « du meilleur spot en ville », dit Pierre.

L'homme est un battant. Déménagé, Pierre a rouvert ses portes et ses frigos. Sur la terrasse de la Berge, des tables jaunes reçues en cadeau. Oui, en cadeau. Une entreprise de Richmond qui a voulu aider.

C'est ça, le Québec. Le Québec, c'est la solidarité. Un an plus tard, il continue de nous soutenir. 

Pierre

Malgré le bruit des engins qui passent et repassent, malgré la poussière, les tables jaunes servent déjà. À l'une d'elles, il y a Nancy et Bruno, contents de retrouver peu à peu leurs repères. « Oui, il faudra bien un jour tourner la page », disent-ils.

Malgré les glaces et l'été qui s'installe à Lac-Mégantic, il reste encore beaucoup d'inquiétudes. Au cœur du drame, la zone rouge reste toujours inaccessible, mais les grilles qui l'interdisent aux flâneurs ne dissimulent rien de l'immense blessure que la ville a subie. Immense et profonde.

Un train passe. Celui-ci ne transporte que du bois, celui de la compagnie Tafisa, le plus gros employeur de la région. Pour l'instant, pas de matières dangereuses en transit.

Mais d'ici un an, deux peut-être, le pétrole repassera par là. Claudette en est persuadée : « Sans elles, les compagnies de train ne peuvent espérer faire des profits. Et s'il n'y a pas de profits, c'est sûr qu'elles s'en iront ».

Les plus optimistes espèrent une voie de contournement et la fin des wagons noirs et angoissants sillonnant la ville. Mais ce n'est pas gagné. Encore l'argent. Le nerf de la guerre du rail.

D'autres sont prêts à leur ouvrir leur espace de nouveau. Parmi les résidents, on évoque des si. « Si la règlementation est respectée, si les compagnies investissent dans la sécurité, si le gouvernement fédéral rehausse les règlements et les lois... » Mais la question est loin d'être tranchée.

En contrebas de l'église Sainte-Agnès, dont le parvis domine la zone rouge, il y a la maison de jeunes. Cassiopée, Snookie, Claudia, Doolie et Dave viennent d'arriver.

On veut retrouver notre Subway et notre Dollarama. C'est là qu'on allait chiller ensemble. Et puis il y a notre piste de skate qui a aussi été emportée. Mais ici, personne ne nous a consultés pour nous demander ce que nous voulons. Pourtant, c'est nous l'avenir!

Cassiopée et ses amis

L'avenir. À Lac-Mégantic, on pense d'abord à la saison estivale qui vient. Aux touristes qui seront bientôt là. À l'économie qui va repartir. À la vie normale que tout le monde ici rêve de retrouver. Ensuite, il faudra penser à long terme. C'est même déjà commencé.

Dans une grande consultation populaire, la mairie de Lac-Mégantic a demandé à ses administrés de faire des propositions pour recréer et faire revivre ce qui est parti en fumée toxique. Dévoilement de la récolte le 17 juin. Si Lac-Mégantic se souvient très bien de la nuit du 6 juillet 2013, les Méganticois sont pressés d'en sortir.

https://www.radio-canada.ca/sujet/lac-megantic Consultez notre section spéciale

A-t-on appris quelque chose de la tragédie de Lac-Mégantic? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

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