•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Prostitution en Suède : lourdes amendes pour les clients

Radio-Canada

Si les prostituées suédoises n'ont pas à craindre la justice, leurs clients, par contre, peuvent être traqués, appréhendés et pénalisés.

Si les prostituées suédoises n'ont pas à craindre la justice, leurs clients, par contre, peuvent être traqués, appréhendés et pénalisés.

Un reportage de Dorothée GirouxTwitterCourriel à Désautels le dimanche

La Suède a adopté une loi audacieuse il y a 15 ans, qui permet la vente de services sexuels, mais en interdit l'achat.

C'est au nom de l'égalité hommes-femmes que la Suède cherche à éradiquer la prostitution. La loi de 1999 sur l'achat de services sexuels fait partie d'une longue liste de mesures visant l'égalité des sexes. Les législateurs comme la parlementaire Ewa Thalen Finne considèrent la prostitution comme une forme d'exploitation des femmes. Écoutez ses propos ci-dessous.

Je n'ai jamais vu une jeune fille de 15 ans qui dit que son rêve est de devenir une prostituée. Le jour où un père me dira "Oh! J'aimerais que ma fille devienne une travailleuse du sexe", à ce moment-là, j'aurai plus de respect pour ce genre de travail.

Ewa Thalen Finne, parlementaire et membre du comité de la justice

Pour écouter les propos d'Ewa Thalen Finne sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Deux fois moins de prostituées qu'avant?

Dans les rues de Stockholm, on voit très peu de prostituées. Une quinzaine, tout au plus, les soirs de fin de semaine. On les trouve rue Master Samuelsgatan, presque déserte, après 21 h. Elles sont là, deux ou trois, debout, à s'offrir contre rémunération. Dans la rue transversale, pas très loin, d'autres femmes espèrent se faire aborder par un client.

Elles sont beaucoup moins nombreuses qu'avant l'adoption de la loi à solliciter les clients ouvertement, dans la rue.

On estime qu'avant la loi de 1999, il y avait entre 60 et 80 femmes, chaque soir, dans les rues de la capitale suédoise.

Kajsa Wahlberg, surintendante à l'Agence nationale de police de Suède

Kajsa Wahlberg supervise la lutte contre la prostitution à l'Agence nationale de police de Suède. Elle soutient que la loi est efficace. Elle se base sur une enquête nationale demandée par le gouvernement 10 ans après la mise en vigueur de la législation.

Elle affirme que le nombre de personnes vivant de la prostitution a baissé de moitié. Le gouvernement avait évalué à 2500 le nombre de femmes qui se prostituaient en Suède, avant l'adoption de la loi. Aujourd'hui, il y en a environ 1000.

Des amendes allant jusqu'à six mois de salaire

Il peut être difficile pour les policiers suédois de traquer les clients puisque la majorité de la sollicitation passe par Internet plutôt que par la rue. Mais la police est aux aguets et surveille les nombreux sites.

Les agents se font passer pour des clients. Ils ont aussi la collaboration de certains propriétaires ou employés d'hôtel, qui vont même jusqu'à remettre les clés d'une chambre aux policiers, si prostituée et client se trouvent dans leur établissement.

Depuis 1999, plus de 5500 hommes ont été arrêtés pour avoir acheté des services sexuels. La moitié d'entre eux ont plaidé coupables et ont payé une amende pour éviter de se retrouver devant les tribunaux. Les hommes ne veulent surtout pas que leurs voisins, leurs amis, leur employeur et que leur femme découvrent leurs activités.

Kajsa Wahlberg

Kajsa Wahlberg ajoute que les amendes sont sévères et qu'elles sont fixées en fonction du revenu du client et de la gravité de l'infraction. L'amende correspond en général à l'équivalent de deux mois de salaire. Dans les cas plus graves, elle peut aller jusqu'à six mois de revenus.

La loi prévoit des peines d'emprisonnement d'un an, mais jusqu'à maintenant, aucun client n'a fait de prison en Suède pour avoir acheté des services sexuels.

Le modèle suédois, non merci!

La travailleuse du sexe Pye Jakobsson a fondé Rose Alliance, une association nationale qui représente les prostituées. Le « fameux » modèle suédois, non merci pour elle et ses collègues, qui estiment que la loi de 1999 a rendu la pratique de la prostitution plus risquée.

Pye Jakobsson souligne que les prostituées ont plus de difficultés à se protéger, car elles contrôlent moins la situation. Elle explique que les clients ont tellement peur de se faire arrêter qu'ils « font l'impossible pour ne jamais donner leur nom, ne jamais appeler avec leur propre numéro de téléphone et ne jamais donner d'adresse ».

« Ils nous disent de nous rendre à telle place, ajoute-t-elle, et de là, ils nous emmènent à l'endroit de leur choix et ce n'est qu'à la dernière minute qu'on sait où on est et qu'on peut avertir quelqu'un du lieu où on se trouve. » Écoutez le témoignage de Mme Jakobsson ci-dessous.

Les clients ont tellement peur d'être arrêtés par la police que maintenant, on prend plus de temps à protéger leur anonymat qu'à protéger le nôtre. Alors on met davantage la priorité sur la sécurité des clients plutôt que sur la nôtre, dans le but d'avoir des clients.

Pye Jakobsson

Pour écouter les commentaires de Pye Jakobsson sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Une série de mesures sociales ont été mises en place pour aider les femmes qui vivent de la prostitution à en sortir. Peu d'entre elles y ont eu recours et ont quitté le métier, selon Pye Jakobsson.

Il n'y a toujours pas de preuve qu'il y a moins de prostitution en Suède. Si des pays étrangers viennent ici pour examiner ce modèle, ce n'est pas parce qu'on a réussi à éradiquer l'achat de services sexuels, c'est parce que la Suède mène une campagne de relations publiques en ce sens.

Pye Jakobsson

Relations publiques ou pas, la Norvège, l'Islande, la France et même le Canada se sont inspirés de la loi suédoise dans leur lutte contre la prostitution.

Quel modèle devrait choisir le Canada pour assurer la sécurité des prostituées? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

Société