•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Budget Leitao : cure minceur pour l’appareil d’État

Radio-Canada

Comme il l'avait annoncé, le ministre des Finances Carlos Leitao impose une importante cure minceur à l'appareil d'État québécois, qui doit permettre au gouvernement d'économiser 2,7 milliards de dollars cette année et 2,4 milliards l'an prochain.

Un texte de Stéphane BordeleauTwitterCourriel

Dans son plan de redressement financier, le contrôle des dépenses publiques constitue la pierre d'assise de sa stratégie de retour à l'équilibre budgétaire d'ici l'an prochain.
Les ministères, sociétés d'État et organismes publics et parapublics assumeront à eux seuls plus de 90 % de l'effort budgétaire demandé par le gouvernement Couillard.

Les efforts à réaliser pour retourner à l'équilibre budgétaire seront essentiellement concentrés sur les dépenses publiques, soit plus de 90 % en 2014-2015.

Carlos Leitao, ministre des Finances du Québec

Dès cette année, le ministre Leitao entend contenir à 1,9 % l'augmentation des dépenses publiques. Toute nouvelle dépense ou programme qui n'est pas prévu au cadre financier devra être autofinancé ou compensé par des économies d'échelles équivalentes dans les ministères concernés.

Je pense que l'ensemble de la population comprend qu'on ne peut pas continuer de fonctionner avec des programmes qui sont financés à crédit.

Martin Coiteux, président du Conseil de Trésor

Gel d'embauche pour deux ans

Pour récupérer les 2,7 milliards de dollars qu'il prévoit économiser cette année dans l'appareil d'État, le gouvernement Couillard confirme l'imposition d'un gel global des effectifs publics, parapublics et péripublics, au moins jusqu'en 2015-2016.

Plus de la moitié des portefeuilles ministériels amputés

Le dépôt des crédits en même temps que le budget du ministre des Finances permet également de constater des réductions substantielles dans les budgets des ministères.
En tout, 13 portefeuilles et ministères subissent des réductions budgétaires cette année.

Parmi les ministères qui subiront les réductions budgétaires les plus importantes, soulignons les Transports, qui recevront 190 millions de dollars de moins cette année. Le Conseil du Trésor et l'Administration gouvernementale recevront quant à eux près de 87 millions de dollars en moins.

Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale est quant à lui privé de 55 millions dollars, tout comme l'Agriculture, Pêcheries et Alimentation, dont le budget sera amputé de près de 42 millions de dollars.

Le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles perd quant à lui 29 millions de dollars en 2014-2015 par rapport à l'année budgétaire précédente alors que le budget dévolu au Développement durable, à l'Environnement et à la Lutte contre les changements climatiques est réduit de 9 ,4 millions de dollars.

Les sociétés d'État, organismes et fonds spéciaux se voient par ailleurs imposer un effort de 438 millions de dollars en 2014-2015 et de 172 millions en 2015-2016.

Les syndicats inquiets

Lucie Martineau, du Syndicat de la fonction publique du Québec, estime que le cadre de négociation est « très mince ». Elle n’y voit pas beaucoup de marge de manœuvre.

« Cela va être une négociation difficile », selon Louise Chabot, présidente de la Centrale syndicale du Québec (CSQ). Elle se dit déterminée à « rappeler l’écart de revenus et les taux de précarité » parmi les employés du secteur public.

« C’est un budget trompeur », lance Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).« On a beau ne pas parler d’austérité, c’est vraiment un budget d’austérité », affirme M. Létourneau. Il est impossible de penser qu’on peut opérer des compressions budgétaires comme celles proposées par le gouvernement libéral « sans affecter les services à la population », ajoute-t-il.

Taxe sur les boissons alcooliques

Santé et Éducation

D'autres ministères, comme la Santé et l'Éducation voient leur budget augmenter cette année, mais en deçà de l'augmentation des coûts prévus.

En Santé, par exemple, l'augmentation de 2,6 à 3 % des dépenses prévues cette année représente 800 à 900 millions de dollars.

Or, selon les crédits totaux attribués cette année dans son budget de dépenses, Québec ne versera que 640 millions de plus à la Santé, ce qui se traduira par un manque à gagner de 160 à 260 millions en fin de compte.

À lumière du plan exposé sur papier par le ministre Leitao, une question demeure, est-ce possible dans le contexte actuel de puiser 2,7 milliards de dollars cette année dans les dépenses publiques québécoises? Plusieurs experts en doutent sans une réforme en profondeur des dépenses publiques.

« Est-ce que c'est possible de le faire? Dans un contexte de statu quo, absolument pas. Par contre, tout est sur la table, on va regarder les programmes un à un avec la création d'une nouvelle agence et en plus il y aura un plan de trois ans pour chaque ministère de façon à ne pas dévier », explique Stéfane Marion, économiste en chef à la Banque Nationale.

« On parle quand même d'une réduction de la croissance des dépenses et non pas de coupures absolues. (...) Depuis 2007, la société québécoise a été frappée par une augmentation de son fardeau fiscal qui en pourcentage de son économie était plus grand que la fameuse falaise fiscale qu'on craignait aux États-Unis. On a déjà demandé un effort considérable aux payeurs de taxes depuis 2007, on ne peut pas aller plus loin à ce niveau-là », prévient M. Marion.

Moi ce que j'applaudis aujourd'hui, c'est qu'on a un gouvernement qui reconnaît l'existence d'un déficit structurel.

Stefane Marion, économiste en chef à la Banque Nationale

Moins de services à la population?

Carole Dubé, de l’Alliance du personnel professionnel et technique en santé, souligne que « pour pouvoir rendre des services à la population, ça prend un taux de croissance plus près de 4 % à 4,5 %. Quand on prévoit un taux de croissance de 3 %, c’est sûr que cela va obliger les établissements à réduire leur budget et à réduire leurs services ».

Régine Laurent de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec abonde dans le même sens et voit dans cet exercice « un budget de coupures pour le réseau de la santé ». « Pour les professionnels en soins, ça diminue beaucoup notre capacité de garantir des soins sécuritaires et de qualité », poursuit Mme Laurent.

Les impacts seront ressentis d’abord sur l’accès aux établissements, explique Michèle Pelletier, de l’Association des établissements de santé. 

Budget



Économie