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Une pénurie d'un médicament fait exploser son coût

Une infirmière installe une perfusion à une patiente avant une séance de chimiothérapie. (archives)
Une infirmière installe une perfusion à une patiente avant une séance de chimiothérapie. (archives) Photo: AFP / Philippe Huguen
Radio-Canada

Un groupe d'une dizaine d'établissements de santé de Montréal, dont l'Hôpital général juif et l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, fait face à une explosion du coût d'un médicament en raison d'un problème avec le fournisseur.

Le Paclitaxel est utilisé auprès des patients souffrant de cancers tels que les cancers du poumon, du sein et des ovaires. C'est un médicament donné par injection, lors de traitements de chimiothérapie.

Normalement, une fiole de ce médicament coûte au minimum 42 $. Or, en raison de l'incapacité de Biolyse Pharma Corp., un fournisseur de l'Ontario, à honorer le contrat qui le lie à un groupe d'hôpitaux du Québec, ces hôpitaux doivent s'approvisionner auprès du seul autre fournisseur à fabriquer le médicament au Canada, Hospira. Ce dernier facture jusqu'à 4000 $ la fiole.

On ne peut pas soutenir cette dépense-là sur une année. Mon budget annuel pour le Paclitaxel est de 25 000 $. Je ne peux pas passer à 2,5 millions comme ça.

 Jude Goulet, chef de département de pharmacie à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont

À Maisonneuve-Rosemont, le chef de département de pharmacie, Jude Goulet, affirme que l'établissement dispose de suffisamment de Paclitaxel pour soigner les patients jusqu'à la semaine prochaine. « Après, ça deviendra un peu plus complexe », dit-il.

Les patients n'en paient pas le prix

Le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc, dénonce cette situation : « Évidemment [le fournisseur], il en profite un peu, c'est clair », a déclaré M. Bolduc en entrevue à Radio-Canada.

Bertrand Bolduc se fait néanmoins rassurant : le médicament demeurera disponible pour les patients qui en ont besoin. « C'est le prix qui change », de dire M. Bolduc.

Résultat : la hausse des coûts auxquels les hôpitaux font face s'élève à des millions de dollars par mois.

Une usine fermée temporairement

La situation s'explique ainsi : au début du mois d'avril, des inspecteurs de Santé Canada ont visité l'usine du fournisseur ontarien Biolyse Pharma Corp, à St. Catharines en Ontario, ce qui constitue « un épisode extrêmement rare », de l'avis du président de l'Ordre des pharmaciens du Québec.

En raison d'anomalies dans la chaîne de production, les inspecteurs ont suspendu temporairement les activités de Biolyse Pharma Corp. Un groupe d'hôpitaux québécois se sont alors tournés vers Hospira, qui avait participé à l'appel d'offres initial mais qui ne l'avait pas remporté.

Normalement, dans de telles situations, le fabricant qui occasionne la pénurie comble le manque à gagner pour ses clients qui sont pénalisés, explique en substance Bertrand Bolduc. Mais Biolyse Pharma Corp « est un petit fabricant qui ne sera pas en mesure de payer la différence de prix », affirme le président de l'Ordre des pharmaciens.

Des pistes de solution

Pour remédier à ce genre de situation, l'Ordre des pharmaciens du Québec réclame l'adoption, par Santé Canada, d'une loi qui obligerait les fabricants à révéler à l'avance les problèmes auxquels ils font face, de sorte que les hôpitaux puissent avoir le temps de trouver une solution de rechange.

Autre mesure, cette fois relativement aux appels d'offres : « Faire plusieurs gagnants plutôt qu'un seul, suggère Bertrand Bolduc. Certes, les contrats coûteraient un peu plus cher au départ, mais on aurait l'assurance d'avoir les médicaments ».

Il faut comprendre que les hôpitaux négocient l'achat de leurs médicaments en groupe et qu'il y a, dans tout le Québec, cinq ou six groupes d'approvisionnement. À Montréal, à Laval et en Estrie, ces achats en groupe sont effectués par SigmaSanté, une compagnie à but non lucratif dont François Lemoyne est le directeur général. « On est en négociations avec Hospira pour obtenir un meilleur prix mais ces négociations ne se passent pas très bien », affirme M. Lemoyne.

De son côté, l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, qui refuse d'accorder une entrevue sur le sujet, précise néanmoins qu'il ne s'agit pas, techniquement, d'une pénurie, puisque le médicament est offert aux patients qui en ont besoin. L'Agence soutient avoir obtenu la garantie que le Paclitaxel sera offert de manière continue.

Société