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Empress of Ireland : la malédiction du Storstad

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Le charbonnier norvégien, Storstad

Le charbonnier norvégien, Storstad

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Cent ans après le naufrage de l'Empress of Ireland, l'histoire du Storstad, le charbonnier norvégien qui a entraîné dans son sillage la mort de plus de 1000 personnes, émerge du brouillard à son tour.

Quelques heures seulement après la tragédie, un rescapé, l'avocat Louis Gosselin de Montréal, raconte à un journaliste du Progrès du Golfe ce qu'il qualifie d'inertie de la part l'équipage du Storstad lorsque l'Empress sombre.

À bord du Storstad, on ne paraissait pas vouloir bouger. L'équipage, à un arpent du lieu du sinistre, semblait parfaitement indifférent, et ne cherchait aucunement à porter secours aux naufragés... Je dus insister auprès du capitaine pour qu'on se préoccupa enfin d'aider au sauvetage. On se décida ... Cependant le Storstad ne mit aucune chaloupe à la mer. 

Le Progrès du Golfe, Rimouski, 29 mai 1914

On ne saura probablement jamais ce qui s'est réellement produit, mais on sait que le Storstard recueillit la majorité des 420 survivants. La fille du capitaine, Eva Andersen, a raconté récemment à un journaliste de la chaîne norvégienne NRK que l'équipage de son père avait tout fait pour sauver le plus de naufragés possible.

« Ma mère, qui était à bord avec mon père, disait comment ils ont ramassé les naufragés dans l'eau. Elle a aidé à en sauver plusieurs, comme tout l'équipage du Storstad. Elle disait qu'ils ont déchiré des rideaux, ils ont pris des couvertures, tout ce qu'ils trouvaient sur le bateau pour donner des vêtements secs aux naufragés. Elle a aidé les rescapés, ils étaient environ 300 sur le Storstad », a déclaré Eva Andersen, dans le documentaire Good Ship, Bad Ship, du diffuseur Norwegian Broadcasting Corporation.

Si le brouillard finit toujours par se lever sur le Saint-Laurent, il ne se dissipe pas aussi facilement sur cet épisode tragique de notre histoire. 

L'équipage du Storstad protégé par la police

Les navires Lady-Evelyn et Euréka transbordent depuis le Storstad les survivants qui sont ramenés à Pointe-au-Père et à Rimouski. Le Storstad, dont la proue est endommagée, poursuit néanmoins sa route vers le port de Montréal pour y être réparé.

Évidemment, la nouvelle du terrible naufrage se rend plus rapidement que le charbonnier dans la métropole. L'équipage du Storstad qui met enfin pied-à-terre se fait arranger par la foule.

Il y avait une atmosphère de lynchage en raison de toutes ces personnes qui s'étaient noyées... Oui, je me souviens que ma mère me disait qu'elle devait bénéficier d'une protection de la police... Je comprends ça, évidemment, pensez à toutes ces personnes qui se sont noyées. 

Eva Andersen, fille du capitaine du Storstad

Le Storstad de retour dans le Saint-Laurent

Les affaires sont les affaires. Le Storstad est réparé et fût affecté de nouveau pour le transport de charbon entre la Nouvelle-Écosse et Montréal. L'équipage revoit donc la lueur du phare de Pointe-au-Père à de nombreuses reprises.

En 1917, le navire est réquisitionné pour assurer le ravitaillement de la Belgique, alors occupée par les Allemands. Le 8 mars, plein à craquer de maïs provenant d'Amérique du Sud, le Storstad est torpillé au large des côtes irlandaises...Triste ironie du sort.

Les membres de l'équipage du Storstad, dont le capitaine Andersen, dériveront dans des canots de fortune, dans une mer agitée, pendant 36 longues heures avant d'être repêchés.

Le triste sort du premier officier Toftenes

Une commission royale d'enquête, dont l'impartialité est maintenant mise en doute, blâme sévèrement le premier officier Alfred Toftenes pour ne pas avoir réveillé son capitaine malgré le brouillard. Par contre, il est complètement blanchi par une enquête norvégienne. À tel point qu'Alfred Toftenes devient capitaine.

« Dans la famille, cette histoire était en quelque sorte un conte, quand vous percutez un autre navire de cette manière, d'abord c'est un choc impressionnant... Ensuite, plusieurs personnes se disent spontanément, ''qu'ai-je fait de mal'', n'est-ce pas ? Il s'est senti injustement traité, car il sentait qu'il avait eu le bon comportement dans la situation... C'est quelque chose qui a eu un grand impact sur lui et il se sentait injustement traité en plus de cela... Alors vous pouvez imaginer quel genre de pensées bourdonnaient sans cesse dans sa tête, les jours, les mois et les années après le drame. Ç'a une incidence si grande qu'il devait avoir de la difficulté à vivre », raconte un descendant d'Alfred Toftenes, Terje Toftenes, dans le documentaire Good Ship, Bad Ship.

Mais en 1918, son bâtiment est coulé par les Allemands au large de New-York. L'homme dérivera quatre jours en mer et mourra d'une maladie pulmonaire quelques jours après qu'il ait touché terre.

Une découverte intrigante

Avant de mourir, Thomas Andersen abandonna une boîte remplie de documents concernant le Storstad dans le grenier de sa maison. Ce sont les nouveaux propriétaires qui en ont fait l'étonnante découverte il y a quelques années. Rien pour réécrire l'histoire, mais assez pour lancer deux historiens norvégiens sur la piste d'une histoire à peu près inconnue en Norvège.

« Il semble, en effet, qu'il y ait eu complot, il semble qu'il y ait eu collusion derrière les murs... Ça ne devait pas être très agréable de se retrouver avec un tel héritage, celui d'être blâmé pour la mort de 1012 personnes... Premièrement, ils ont été accusés de quelque chose de complètement improbable si l'on se base sur les documents que nous avons; deuxièmement, c'est un combat de David contre Goliath », écrivent les historiens, Harald Breievne et Atle Johnsen.

QUELQUES INFORMATIONS SUR LE STORSTAD

Type : Vraquier (charbonnier, minéralier)
Lancement : 1910
Statut : torpillé et coulé en 1917

Caractéristiques techniques :
Longueur : 135 mètres
Maître-bau : 17,5 m
Construction : Chantier naval Armstrong Whitworth, Newcastle-upon-Tyne, Angleterre
Armateur : A. F. Klaveness & Co.
Pavillon : Norvège

Un texte de Michel-Félix Tremblay

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