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25 ans de Tiananmen : le douloureux anniversaire

La Masacre de la Plaza Tiananmen, 1989.

Photo : Archivos

Radio-Canada

Wang Nan venait d'avoir 19 ans lorsqu'un ami l'a initié aux manifestations pro-démocratie du printemps 1989. Esprit bohème, photographe amateur, le jeune étudiant chinois ne saisissait pas toutes les implications politiques, explique sa mère. Mais peu importe, il adorait l'ambiance et avait l'impression que son pays se transformait.

Un texte d'Yvan CôtéTwitterCourriel

Dans la nuit du 3 au 4 juin, comme presque toutes les autres nuits, Wang sauta sur sa bicyclette pour aller capter des clichés des rues de Pékin. Il se dirigea vers la place Tiananmen lorsqu'il aperçut un attroupement inhabituel. Pour la première fois depuis le début des révoltes, l'armée barrait la route aux milliers de jeunes.

Dans les minutes qui suivirent, des cris retentirent et les soldats ouvrirent le feu sur la foule. Wang fut touché d'une balle à la tête. Lorsque les ambulanciers arrivèrent en renfort, on leur interdit de secourir les blessés. Wang mourut au bout de son sang alors que le jour se levait sur la ville.

Un drame qui scandalise toujours autant sa mère. D'autant plus qu'il lui fallut 10 jours avant d'apprendre que son fils avait été abattu. Dans le but d'effacer toute trace du massacre, le corps de Wang avait été enseveli dans une fosse commune, comme ce fut le cas pour des centaines d'autres jeunes à l'époque.

« Le gouvernement a voulu détruire toutes traces de son crime, explique Zhang Xianling. Les soldats l'ont enterré près d'une école. On l'a retrouvé parce que des enseignants se plaignaient de l'odeur. C'est affreux! »

La censure s'accentue

Zhang Xianling avec son filsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Zhang Xianling avec son fils

Photo : AP/Andy Wong

Depuis, Zhang Xianling mène une croisade contre le gouvernement chinois pour obtenir des explications. Avec une amie qui a aussi perdu son fils, elle a formé l'Association des mères des victimes de Tiananmen. Chaque année, elles écrivent aux dirigeants et tentent de retrouver d'autres parents qui ont perdu un enfant.

Un travail qui n'a jamais été très populaire auprès du régime communiste, mais cette année la situation est encore plus difficile. Zhang nous explique au téléphone qu'elle ne peut nous rencontrer en personne puisque le gouvernement tente de la museler. Des policiers en civil sont stationnés en permanence devant sa maison, indique-t-elle, et ils empêchent toute personne d'entrer chez elle.

« Les policiers demandent aux gens de s'identifier et les prient de quitter les lieux. Lorsque je sors, ils me suivent et lorsque je leur explique ce qu'a fait le gouvernement à mon fils, ils me répondent qu'ils ne font que leur travail », dit-elle.

Une oppression qui s'est accentuée avec l'approche du 25e anniversaire du massacre de Tiananmen. Au cours des derniers jours, une dizaine d'autres activistes ont été emprisonnés dans le pays pour des gestes aussi anodins que la publication d'une photo avec le geste V de la victoire à la place Tiananmen. D'ailleurs, selon l'organisation Amnistie internationale, au moins 50 personnes ont été incarcérées, questionnées, ou sont en résidence surveillée à la veille de ce 4 juin.

« La liberté d'expression n'a jamais été aussi brimée, s'insurge Zhang. Avant 1989, nous pouvions discuter, critiquer. Maintenant tout le monde a peur de parler publiquement. Tout ce que le régime nous permet de faire en Chine, c'est de l'argent ».

Une forme d'amnésie

En fait, la méfiance du régime est tellement grande qu'on a augmenté la sécurité dans la ville pour éviter tout coup d'éclat qui pourrait faire la manchette et rappeler aux Chinois ce qui s'est passé il y a un quart de siècle.

La censure entourant les événements est aussi omniprésente sur le web. Toutes références au mot Tiananmen, 4 juin, les chiffres 6 et 4 (pour le 4 juin) et le nom Zhao Ziyang (un dirigeant sympathique aux étudiants) sont immédiatement effacées dans les médias sociaux.

À cela, il faut aussi ajouter une forme d'amnésie qui est en train de s'opérer chez la jeune génération. Le massacre de Tiananmen n'a jamais été enseigné dans les écoles. Certains adolescents qui occupent les bancs d'école des victimes de 1989 défendent maintenant le régime et croient que le mouvement était insensé.

Un autre coup dur pour Zhang Xianling, qui, cette année encore, écrira une lettre aux dirigeants du Parti communiste, pour leur rappeler que malgré les 25 ans qui se sont écoulés, ils lui doivent toujours des explications.

Tiananmen en chiffres :

  • Environ 100 millions de personnes ont pris d'assaut les rues;
  • les manifestations ont duré près de deux mois dans une vingtaine de villes et campus étudiants;
  • des centaines de milliers de travailleurs et leur syndicat sont aussi présents dans les rues;
  • le gouvernement a toujours refusé de divulguer le nombre de victimes;
  • les évaluations vont de quelques centaines à plusieurs milliers de morts;
  • on évalue qu'environ 10 000 personnes ont été arrêtées pendant et à la suite des manifestations;
  • plusieurs dizaines de personnes ont été exécutées pour avoir participé à la révolte;
  • l'homme qui s'est interposé devant la colonne de tanks (photo en haut) n'a jamais été retrouvé.

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