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Prostitution : évangéliques et féministes prônent le modèle suédois

La violence envers les femmes est intrinsèque à la prostitution

Photo : iStock.com/Gremlin

Radio-Canada

En attendant que le gouvernement Harper dépose son projet de loi sur la prostitution, des groupes de pression s'organisent pour faire valoir leur point de vue. Dans ce combat, des groupes féministes qui militent pour l'adoption du modèle suédois se retrouvent avec des alliés surprenants : des chrétiens évangéliques, dont une députée conservatrice.

Avec les informations de Brigitte BureauTwitterCourriel

De nombreux groupes de femmes d'un peu partout au pays se sont prononcés pour le modèle suédois ou nordique, qui criminalise le client, mais épargne les travailleuses du sexe. Il s'agit, disent-elles, d'une question d'égalité entre les hommes et les femmes. Pour elles, les prostituées sont avant tout des victimes.

Ainsi, la Coalition canadienne des femmes pour l'abolition de la prostitution, une alliance de sept organisations, a organisé une campagne comprenant des lettres envoyées aux députés, des rencontres avec eux et l'organisation de conférences.

« La majorité des clients de la prostitution au Canada sont des hommes, alors que la majorité des personnes prostituées sont des femmes et des filles », affirme une des porte-parole, Michèle Audette, de l'Association des femmes autochtones du Canada.

Celles-ci sont victimes, avant même leur entrée dans la prostitution, de différentes inégalités systémiques telles que l'origine autochtone, l'ethnie, la pauvreté, l'âge, les handicaps et le statut d'immigrant.

Michèle Audette, de l'Association des femmes autochtones du Canada et porte-parole de la coalition

Le Conseil du statut de la femme (CSF) est, lui aussi, un défenseur de l'approche visant à pénaliser les clients et les proxénètes, tout en décriminalisant les prostituées. « Il importe que, socialement, tous comprennent que le corps des femmes n'est pas à vendre », écrit le CSF dans un communiqué.

Selon le modèle suédois ou nordique, les clients sont passibles d'une amende et d'une peine d'emprisonnement d'un an, alors que les prostituées bénéficient plutôt de programmes de soutien.

Des évangéliques s'organisent

Joy Smith, députée de Kildonan—Saint-PaulAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Joy Smith, una diputada conservadora de Winnipeg, Manitoba, dice que no está satisfecha con las cantidades actuales de financiación y de educación destinadas a combatir la trata de personas. (CBC)

Photo : CBC

Des groupes religieux ont décidé, eux aussi, de s'impliquer dans le débat en faisant pression sur le gouvernement pour qu'il adopte le modèle suédois, qu'ils voient comme le plus approprié pour protéger les femmes.

La députée conservatrice du Manitoba, Joy Smith, est une véritable figure de proue de la lutte contre la prostitution et la traite des personnes, c'est aussi une évangélique. Elle milite depuis des années pour la protection des prostituées, qui sont les « victimes d'un crime haineux ». Pour elle, c'est aussi un combat pour Dieu et pour la moralité.

Les voix chrétiennes se sont tues trop longtemps [...] Faites la volonté de Dieu, et ça, honnêtement, c'est d'abolir la prostitution, de protéger les victimes et de cibler les prédateurs.

Joy Smith, députée du Parti conservateur dans Kildonan—Saint-Paul

Joy Smith a notamment mis en ligne une pétition demandant au gouvernement canadien d'adopter l'approche nordique. Sa pétition avait été signée par 4797 personnes en date du 29 mai 2014.

Plusieurs regroupements évangéliques lui ont donné leur appui, tels My Canada, la Christian and Missionary Alliance et l'ARPA (Association pour l'action politique réformée), qui demandent à leurs troupes d'envoyer des lettres aux députés réclamant l'adoption du modèle nordique. Dans un document contre la prostitution, l'ARPA écrit que « l'activité sexuelle a été créée par Dieu pour le mariage ».

L'Evangelical Fellowship du Canada milite aussi pour le modèle suédois. Ce groupe a d'ailleurs rencontré la députée Smith à cinq reprises depuis un an, selon le Registre des lobbyistes.

Une décriminalisation totale?

De leur côté, plusieurs associations de défense des droits des prostituées s'opposent au modèle nordique qui, selon elles, va rendre le travail des prostituées encore plus dangereux, puisqu'elles devront se cacher. Certaines se sont regroupées au sein de l'Alliance canadienne de la réforme des lois sur le travail du sexe, dont l'organisme montréalais Stella. Elles réclament plutôt l'adoption du modèle de la Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire la décriminalisation de la prostitution.

« La décriminalisation ne vise pas à encourager l'industrie du sexe, mais à reconnaître que les lois sur la prostitution ont échoué sur toute la ligne, explique l'organisme Stella dans un plaidoyer pour la décriminalisation. Au lieu d'améliorer la sécurité publique, elles lui nuisent et contribuent à la violence que vivent présentement les travailleuses du sexe. »

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