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Très sollicité, Roméo Dallaire quittera le Sénat

Le reportage de Daniel Thibeault
Radio-Canada

Le général à la retraite Roméo Dallaire quittera le Sénat le 17 juin prochain. Ses engagements à l'étranger et ses projets personnels ne lui permettent plus, selon lui, de remplir pleinement ses fonctions à la Chambre haute.

En conférence de presse, il a expliqué qu'il quittait son siège de sénateur principalement en raison d'une surcharge de travail. Le général Dallaire est très sollicité au Canada et à l'étranger, particulièrement cette année, à cause du 20e anniversaire du génocide rwandais.

De plus, il oeuvre actuellement à l'étranger sur le dossier des enfants soldats. Il siège à un comité de prévention des génocides et il participe à la recherche sur le syndrome de stress post-traumatique.

Outre ces obligations, Roméo Dallaire travaille à la rédaction de deux livres et il compte passer une année à l'Université de la Californie.

Le général prévoit aussi continuer de s'occuper au Canada du dossier des militaires blessés et de leurs familles, une cause qui lui est particulièrement chère.

La retraite! Je ne comprends pas ce terme.

Roméo Dallaire

Tous ces projets ne lui permettent plus, selon lui, d'assumer pleinement ses fonctions au Sénat, où il a siégé pendant neuf ans. Roméo Dallaire précise par ailleurs que ce ne sont pas les séquelles du syndrome post-traumatique dont il souffre qui le poussent à quitter le Sénat.

Roméo Dallaire, qui aura bientôt 68 ans, avait la possibilité de siéger au Sénat jusqu'à l'âge de 75 ans, soit jusqu'en 2021.

Je quitte parce que je considère que j'ai des devoirs en dehors du Sénat qui m'appellent et qui exigent plus de mon temps. Je considère qu'après neuf ans au Sénat je peux maintenant répondre à ces besoins-là et quitter en ayant accompli, j'espère, un travail raisonnable.

Roméo Dallaire

Un Sénat en transition

Questionné sur le climat qui règne au Sénat et sur les scandales des dépenses de certains sénateurs, Roméo Dallaire assure que ce ne sont pas ces événements non plus qui justifient son départ.

« Je crois que le Sénat est dans une période de transition, qu'il cherche à se réformer de l'interne, par les sénateurs eux-mêmes qui ont acquis cette conscience. Je ne voyais pas cela en 2005, quand je suis arrivé », a déclaré le sénateur Dallaire.

Il ne fait aucun doute, selon lui, que le pays a besoin d'une seconde chambre pour équilibrer la Chambre des communes.

Roméo Dallaire explique du même souffle que les sénateurs doivent continuer d'être nommés par le premier ministre et non pas élus.

Quelques réactions

« Oui j'ai de la peine, mais d'un autre côté, Roméo va toujours bien servir le Canada, il est très engagé. »

Céline Hervieux-Payette, sénatrice

« Lorsque quelqu'un de la trempe de Roméo Dallaire est en train de dire que lui-même n'en peut plus de ce qui s'est passé de scandaleux au Sénat, peut-être que les Canadiens vont commencer à dire : “c'est peut-être une institution dont on n'a plus besoin” ».

Thomas Mulcair, chef du NPD

« On a vécu des expériences très douloureuses dans notre vie qui ont fait en sorte qu'on a réinvesti dans la communauté pour améliorer les choses [...] tous les deux, on cherchait la même chose, une meilleure justice pour ce monde. »

Pierre-Hugues Boisvenu, sénateur conservateur

« Je suis triste de le voir quitter la colline Parlementaire, mais je sais qu'il va continuer de faire honneur aux Québec et aux Canadiens dans son travail à l'international, qu'il va se poursuivre avec encore plus d'intensité puisqu'il ne sera pas pris dans cette chicane partisane qui domine à Ottawa ces jours-ci. »

Justin Trudeau, chef du PLC

Parcours du combattant

Militaire de carrière dans les forces armées canadiennes, Roméo Dallaire s'était illustré en 1993 et 1994 sur la scène internationale à la tête de la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) pendant le génocide qui a fait près de 1 million de morts. Une expérience traumatisante qui a profondément marqué le général Dallaire.

Pressentant le génocide qui se préparait, il avait à plusieurs reprises tenté d'alerter la communauté internationale et les Nations unies, mais ses demandes étaient restées lettre morte. Il en avait gardé une grande amertume.

Le syndrome post-traumatique, j'ai rendu ça public en 1997. Cette blessure m'habite toujours. Je suis dans ma 14e année de thérapie, je prends neuf pilules par jour et je vis un jour à la fois.

Roméo Dallaire

De retour au pays, Roméo Dallaire a souffert de graves symptômes de stress post-traumatique qui l'ont conduit à déposer son commandement en 2000.

Après avoir publié en 2003 son roman autobiographique, J'ai serré la main du Diable, et témoigné au procès du colonel rwandais Théoneste Bagossora devant le tribunal pénal international, Roméo Dallaire avait été nommé au Sénat le 24 mars 2005 par le premier ministre Paul Martin.

Politique