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Financement politique : « Ils exagèrent ces libéraux » - André Côté de Roche 

André Côté

André Côté

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les partis politiques n'ont jamais hésité à solliciter Roche pour du financement, et la firme a toujours su s'organiser en conséquence, grâce aux bons soins de son ancienne vice-présidente France Michaud, en contact direct avec leurs collecteurs de fonds.

Un texte de Bernard LeducCourriel

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Devant la commission Charbonneau, l'ex-vice-président de la firme de génie, André Côté, a expliqué que, malgré le malaise ambiant chez Roche, jamais cette pratique n'a été remise en cause, par crainte de voir l'accès aux décideurs politiques se fermer, surtout alors que Québec multipliait les appels d'offres.

André Côté a ainsi expliqué qu'entre 2006 et 2008 les activités de financement du PLQ ont augmenté en intensité, au moment même où il y avait « beaucoup d'argent investi dans les infrastructures » par Québec.

« À partir du moment où on a plus de demandes, on entend dire qu'il y a une rumeur qui circule à l'effet que chaque ministre doit rapporter 100 000 $ au parti (...) Je pense que les firmes d'ingénierie étaient une bonne source d'approvisionnement. »

— Une citation de  André Côté

Mais selon André Côté, les pratiques de financement de Roche auraient été les mêmes avec un autre gouvernement : « Je pense que c'est une question de parti au pouvoir ».

Jean Charest (archives)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean Charest (archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

« C'est la firme qu'on sollicite à chaque fois » - André Côté

L'ex-vice-président principal, municipalités et bâtiments a notamment été interrogé sur la participation de Roche à des cocktails de financement où se trouvait le premier ministre libéral de l'époque, Jean Charest.

Les demandes venaient alors du responsable de financement du PLQ Denis Linteau, qui passait directement par Mario Martel, le président de Roche.

L'ex-vice-président de Roche se souvient avoir été particulièrement exaspéré en novembre 2007, lorsque le PLQ leur a demandé de participer, à quelques jours d'intervalle, à deux cocktails du premier ministre.

« On avait été sollicité pour prendre dix cartes (...) Puis là je me rends compte qu'on a encore dix cartes à prendre pour un autre cocktail du premier ministre, à Montréal cette fois-ci et vice-versa à Québec. Je trouvais que c'était comme abusif de demander à une firme de participer deux fois à des événements pour 10 000 $ », a-t-il expliqué.

Un extrait courriel du 13 novembre de M. Côté à France Michaud, la responsable du financement chez Roche, illustre assez bien son état d'esprit : « Ils exagèrent, ces libéraux ».

« C'est exaspérant des demandes comme ça, ahurissant d'en recevoir autant. »

— Une citation de  André Côté

La commission a aussi présenté une lettre d'invitation du 16 septembre 2009 de M. Linteau au président de Roche pour un cocktail sous la présidence d'honneur de Jean Charest le 21 octobre, pour la campagne de financement annuelle du parti pour le centre et l'est du Québec.

Il y est notamment écrit : « je joins à la présente cinq cartes au coup de 1000 $ chacun, les chèques doivent obligatoirement être tirés sur le compte personnel des souscripteurs ». Il s'agit ainsi d'être conforme à la loi qui interdit le financement d'entreprise, mais pour M. Côté, il ne fait pas de doute que « c'est la firme qu'on sollicite à chaque fois ».

À la main, M. Linteau a ajouté : « P.-S. : tous les ministres seront présents », un clair incitatif à acheter des cartes, a confirmé M. Côté, qui dit s'être lui-même occupé du dossier et avoir acheté trois cartes.

« J'imagine que cette lettre-là a dû être envoyée à tous les présidents des autres firmes. »

— Une citation de  André Côté

Un budget Roche dédié au financement des partis

André Côté a expliqué à la commission Charbonneau que c'est la vice-présidente France Michaud et le président Mario Martel qui établissaient le budget annuel de leur firme de génie pour le financement des partis politiques.

André Côté a ajouté que c'est Mme Michaud qui discutait avec Violette Trépanier et Ginette Boivin, les représentants pour le financement du PLQ et du PQ, pour évaluer les montants nécessaires, et qui pouvaient être ajustés en cours d'année.

Le tout était discuté une fois par année avec tous les vice-présidents, qui ainsi, sans connaître tous les détails, avaient tous une vue d'ensemble du système.

Les sept vice-présidents avaient déjà établi qu'ils consacreraient 10 000 $ de leur propre rémunération annuelle à des fins de financement. Ainsi, par exemple, après impôts, M. Côté se retrouvait donc avec 5500 $ de disponible à répartir, en liquide et en chèques, comme souhaité par Mme Michaud.

Lui-même était responsable de récolter l'argent de ses collègues, au printemps et à l'automne, et le remettait à France Michaud, gardant cependant le montant nécessaire pour les activités dans l'Est du Québec, région sous sa responsabilité.

« C'était un grand malaise pour tout le monde, de discuter de ça et de composer avec ça. »

— Une citation de  André Côté

M. Côté a aussi convenu que ces sommes ne pouvaient suffire à satisfaire les besoins des partis et que Roche a donc fait de la fausse facturation. Il a expliqué que ce type d'opération était fait à la demande de Mario Martel et de France Michaud, qui établissaient les montants à dégager.

Il a ajouté qu'un consultant pour le développement des affaires dans l'Est, Martin Lapointe, avait été impliqué dans ces activités de fausse facturation, notamment en passant par des filiales de Roche.

Face à la hausse toujours croissante des demandes des partis vers 2008-2009, M. Côté a lui-même approché trois ou quatre actionnaires pour leur offrir des bonis qui serviraient à faire du financement politique.

Une situation connue de tous... sauf du DGEQ

L'ancien vice-président André Côté se dit encore « étonné » que jamais le directeur général des élections du Québec ne se soit penché sur les activités de Roche, le financement politique par les firmes étant pourtant connue de toute la classe politique québécoise.

André Côté a dit n'avoir jamais ignoré qu'il était illégal de faire contribuer les employés de Roche malgré eux aux partis politiques et a vécu un constant inconfort, comme ses autres associés dans Roche.

« Tous les partis politiques sont au courant que c'est pas les employés qui sortent de l'argent de leurs poches. Le DGE va débarquer, c'est certain », se disait M. Côté, convaincu qu'un jour « il arriverait quelque chose ».

Sans certitude, il se permet donc d'imaginer que les partis politiques n'étaient pas tentés de faire pression sur le DGE pour qu'il enquête en raison du bénéfice qu'ils en tiraient

Entre 2001 et 2010, André Côté à donné  15 750 $ au PLQ, 10 350 $ au PQ et 650 $ à l'ADQ.

Selon André Côté, environ 90 % des dons faits par les employés de Roche ont été remboursés, ce qui est illégal puisqu'il s'agit alors de prête-noms.

Le procureur Simon Temblay a pris soin, avant la présentation de ces données ci-bas, de préciser qu'il s'agit là de « montants minimums », puisque elles excluent les consultants liés à Roche où quiconque aurait pu donner au nom de Roche sans avoir néanmoins de lien formel avec la firme de génie.

Contributions politiques des employés de RocheAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Contributions politiques des employés de Roche

Coup de pouce à Sam Hamad? 

M. Côté a aussi avancé que Roche aurait déjà prêté des locaux à Québec à militants libéraux à l'élection de décembre 2008, au profit de Sam Hamad, actuel ministre du Travail, pour faire des appels. Tant l'association du comté de M. Hamad que le PLQ ont nié avoir utilisé ces locaux. Sam Hamad a été vice-président de Roche à Québec de 1998 à 2003.

Des notes manuscrites de M. Côté font par ailleurs état de différents dons à des politiciens, notamment au défunt ministre libéral Claude Béchard et Dominique Vien.

Roche a aussi fait des dons à l'ancienne députée conservatrice Josée Verner, au député conservateur Christian Paradis, à l'ex-libéral fédéral et actuel maire de Montréal Denis Coderre, ou encore à l'actuel ministre de l'Éducation Yves Bolduc.

Roche et son réseau d'influence et de financement politique occulte

L'ex-vice-président principal, municipalités et bâtiments, de la firme de génie-conseil, a confirmé hier des informations en partie distillées dans des mandats de perquisition exécutés par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dans le cadre du projet Joug.

Il a notamment déclaré que l'ex-vice-président au développement des affaires Marc-Yvan Côté avait des entrées dans les officines politiques, et plus particulièrement auprès du cabinet de la ministre des Affaires municipales (MAMROT), Nathalie Normandeau (février 2005 - juin 2009).

Selon André Côté, son collègue pouvait y contacter le chef de cabinet Bruno Lortie, pour obtenir des informations ou des rencontres, qui pouvaient se dérouler en présence M. Lortie lui-même ou, plus souvent, de son subalterne Michel Binette. 

Marc-Yvan Côté, a-t-il expliqué, était un ami de Bruno Lortie, qui avait été son chef de cabinet lorsqu'il était ministre dans le gouvernement de Robert Bourassa.

André Côté a aussi expliqué qu'il pouvait lui-même contacter Bruno Lortie, tout comme un conseiller du président de Roche au développement des affaires, Martin Lapointe, qu'il a assimilé à un« pit-bull » maîtrisant parfaitement les rouages du MAMROT.

Le témoin a aussi clairement établi que l'ex-vice-présidente principale de Roche, France Michaud, était la grande responsable des activités de financement politique de Roche, tant au municipal qu'au provincial et au fédéral.

« On devait prévoir quelles étaient les sommes dont on aurait à disposer pour répondre aux demandes, par exemple lors d'une élection municipale et d'une élection provinciale », a-t-il expliqué, « c'était coordonné avec Mme Michaud ».

L'idée de budgéter du financement politique, tout comme celui de rembourser des contributions, comme l'a confirmé André Côté, contrevient directement aux lois québécoises, qui ne reconnaissent que les dons faits par des individus, à même leurs propres biens.

Par François Messier

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