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Pétrolia : André Proulx dit que le gouvernement Marois a voulu son départ

Le reportage de Denis Leduc

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour la première fois depuis qu'il a été écarté de la présidence de la compagnie Pétrolia, André Proulx parle, et il le fait sans détour. Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, le fondateur de l'entreprise pétrolière affirme que le gouvernement de Pauline Marois a souhaité son départ, dans le cadre des négociations qui ont mené à une entente, en février dernier, pour l'exploration pétrolière de l'île d'Anticosti.

Après huit mois de silence, André Proulx révèle avoir refusé de mettre un terme aux travaux exploratoires de Gaspé en échange d'un feu vert pour ceux de l'île d'Anticosti. Selon lui, le gouvernement du Québec n'aurait jamais digéré que Pétrolia ait « fait la barbe à Hydro-Québec » lors de l'achat des permis d'exploration sur Anticosti. Résultat : André Proulx a été écarté de la direction de Pétrolia le 17 septembre dernier.

Profonds désaccords

En septembre, André Proulx a été avisé que le conseil d'administration de l'entreprise qu'il avait lui-même fondée désirait changer de président-directeur général pour « de multiples raisons ». Des discussions se tenaient alors avec le gouvernement du Québec. « Je n'étais pas d'accord avec les orientations qu'on voulait adopter », raconte André Proulx. Le pdg sortant a d'abord remis en doute sa gestion des projets d'exploration de Gaspé ou d'Anticosti, en cédant son poste. Mais neuf mois après son départ, « on s'aperçoit qu'ils sont exactement à la place où moi j'étais, on n'a pas avancé », critique le fondateur de Pétrolia.

Ce qui a brouillé les cartes, selon lui, c'est l'aspect politique qu'a pris le dossier de Pétrolia. « On a commencé à entrer dans une approche politique du dossier, et je ne pense pas que Pétrolia soit une entreprise politique, qui doit servir à des fins politiques », a indiqué André Proulx. Avec dépit, il va jusqu'à dire que le gouvernement Marois voulait utiliser Anticosti pour apaiser les tensions autour des projets de Pétrolia à Gaspé. « On va vous laisser passer à Anticosti, mais mettez le couvercle sur Gaspé. Je ne peux comprendre que l'on puisse faire du développement de cette façon-là », a-t-il déclaré.

« Je n'ai jamais accepté que Pétrolia devienne une société d'État. »

— Une citation de  André Proulx, ex-pdg de Pétrolia

Pour André Proulx, c'est le secteur privé qui doit développer l'industrie du pétrole, pas l'État. L'histoire récente, dit-il, ne montre aucun succès étatique dans le domaine des ressources naturelles. Il affirme que l'entente entre Pétrolia et le gouvernement Marois, négociée après son départ, représente de l'argent dépensé pour rien qui, à terme, se traduira par une perte de contrôle du Québec sur le pétrole. « Ce n'est pas les 100 millions le problème, c'est les 300, pis les 400 millions qu'il va falloir remettre dans trois ans pour pouvoir amorcer cette production-là », fait-il valoir.

En février dernier, le gouvernement de Pauline Marois annonçait une entente avec les compagnies Pétrolia, Corridor Resources, Maurel & Prom ainsi qu'avec Junex, pour lancer des programmes d'exploration afin de confirmer le potentiel pétrolier de l'île d'Anticosti. Québec soutenait alors que ces ententes lui permettraient « de contrôler près de 50 % des permis sur l'île d'Anticosti et d'obtenir plus de 60 % des bénéfices liés à l'exploitation pétrolière ».

L'État ne sera pas capable de suivre, prédit André Proulx. Il sera alors tenté de vendre non pas à Pétrolia, mais à une multinationale étrangère. Son discours n'a pas été entendu. « Dans ma tête à moi, on passait la fracturation à Anticosti, les gens pouvaient voir ce que ça donne et, éventuellement, on pouvait ouvrir la porte au gaz de schiste », a-t-il dit.

« C'est incroyable que l'on se prive de tous ces véhicules de développement. Celui qui contrôle son énergie contrôle son développement. »

— Une citation de  André Proulx, ex-pdg de Pétrolia

C'est cette vision, indique André Proulx, qui a permis à sa petite compagnie de voir le potentiel qu'Hydro-Québec n'avait pas vu à Anticosti. Québec ne l'a toujours pas digéré selon lui, même si les Québécois n'y ont pas perdu au change. « On a fait la barbe à Hydro-Québec. On a fait la barbe à des gens d'une société d'État qui n'ont pas cet entrepreneuriat-là. Parce que, dans l'exploration, il faut que vous ayez cela », lance-t-il.

Lorsqu'il parle de ses successeurs, André Proulx affirme qu'il faut laisser la chance au coureur, mais que l'action de Pétrolia stagne depuis l'annonce de l'entente avec Québec. Il leur reproche par ailleurs d'avoir déménagé le siège social de l'entreprise de Rimouski à Québec.

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