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Retraite et confessions pour Karine Sergerie

Karine Sergerie (rouge) et Farida Azizova

Karine Sergerie (rouge) et Farida Azizova

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Karine Sergerie, meilleure Canadienne de tous les temps en taekwondo, prend sa retraite. Elle met un terme à une carrière en apparence brillante, mais durant laquelle elle a traversé des mois de noirceur, au point d'envisager le suicide.

Un texte de Marc DurandTwitterCourriel

Médaillée d'argent aux Jeux olympiques de Pékin et championne du monde, Sergerie n'a pas enfilé son costume de combat depuis les Jeux de Londres en 2012. Opérée à la hanche une nouvelle fois en janvier 2013 et souffrant de maux de dos chroniques, elle estime que reprendre l'entraînement ne serait pas sain.

« J'ai eu le temps de l'accepter, même si je ne suis pas encore complètement à l'aise avec ma décision, émotionnellement parlant », laisse tomber Sergerie.

La dépression : son combat caché

Dans un entretien exclusif avec Radio-Canada Sports, l'athlète originaire de Sainte-Catherine dévoile les dessous d'une carrière marquée par sa relation avec son père et entraîneur, Réjean Sergerie, et la dépression sévère qui la tenaille depuis l'automne 2010.

Ironiquement, elle connaissait les meilleurs moments de sa carrière quand la maladie l'a frappée. Elle était sereine et invincible et avait remporté tous les tournois de l'année. « Tu ne fais pas une dépression du jour au lendemain. Il y a des choses dans ma vie privée qui ont fait en sorte qu'à un moment donné, tout a lâché. »

Elle trouve des pistes de réponse dans sa relation difficile avec son père, son entraîneur depuis l'âge de 5 ans.

« J'avais peur de lui un peu », admet-elle du bout des lèvres, ajoutant qu'il s'agit d'un aveu difficile à faire. Juste avant les Jeux de Pékin, elle avait choisi de confier sa carrière à Alain Bernier, l'entraîneur vedette du club de Sainte-Foy.

Réjean Sergerie ne l'aurait pas accepté, au point de lui prédire qu'elle « allait se planter » aux Jeux. Les larmes de déception sur le podium, qui avaient tant fait réagir à cette époque, sont ainsi expliquées. « Il y a une petite voix qui lui disait : "Tu aurais pu faire mieux" », raconte Alain Bernier. Elle avait perdu le combat de la médaille d'or par le pointage de 2-1.

Elle était en pleine crise quand elle a amorcé sa préparation pour les Jeux de Londres. La médication et les interventions des professionnels de la santé ne sont pas parvenues à vaincre ce redoutable adversaire.

Alain Bernier a tenté de limiter les dégâts. « Elle n'a plus jamais été la même. Tu le voyais dans ses yeux, dans ses sourires, dit-il, visiblement ému. Elle n'avait que Londres en tête, on ne pouvait pas l'arrêter. »

« Mes deux dernières années, je ne voyais que du noir, dit Sergerie. Ils m'ont laissé continuer, je voulais aller aux Olympiques. »

Le fond du baril

La presse et les amateurs ignorent sa réalité quand ils assistent à sa performance, anémique. Elle est éliminée rapidement en quarts de finale. « Une performance honteuse. »

Elle a cru à un retour après une nouvelle opération à la hanche en janvier 2013 et après un mois d'hospitalisation en soins psychiatriques, mais son état de santé psychologique ne le lui a pas permis. Elle a songé au suicide à plusieurs reprises et est venue près de passer à l'acte, selon ses dires. « Mes chats m'ont sauvé la vie », mentionne-t-elle.

Sa situation s'améliore beaucoup depuis quelques mois, depuis qu'elle a définitivement renoncé à sa vie d'athlète. « J'ai croisé M. Bernier au gym et je lui ai annoncé que je ne reviendrais pas. Il le savait, qu'il m'a dit. Il le souhaitait. »

Même si elle regrette encore de ne pas pouvoir donner un dernier de coup de pied, Karine est maintenant capable de tenir et de regarder sa médaille d'argent olympique sans pleurer.

« Elle a connu une grande carrière, elle en connaîtra une autre. » Alain Bernier est certain de la force et de la volonté de son ex-protégée. « Les gens qui vivent une dépression ont l'impression d'être faibles. C'est tout le contraire. Ce sont des gens sensibles. Et quand l'être humain est sensible, je trouve ça pas pire, moi. »

Karine Sergerie est depuis peu intervenante dans un centre hospitalier en soins de longue durée (CHSLD). « Je veux voir si j'aime ça, aider des gens, parce que je veux être médecin. Je tripe fort, j'aime ça ». En rattrapage scolaire, elle pourrait déposer sa demande d'admission d'ici deux ans.

« Là, enfin, je vois la lumière. J'le dis, pis j'me crois! »

Ce week-end, Taekwondo Canada lui rendra un hommage bien mérité, en compagnie de ses partenaires et coéquipiers de Londres François Coulombe-Fortier et Sébastien Michaud, aux Championnats canadiens à Toronto.

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