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Décriminaliser le travail des prostituées, est-ce une solution?

Reportage : un dilemme moral

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Alors que le gouvernement de Stephen Harper s'apprête à déposer un nouveau projet de loi sur la prostitution, les travailleuses du sexe s'inquiètent.

Un texte de Cathy SenayTwitterCourriel

Le gouvernement conservateur doit bientôt déposer un nouveau projet de loi en réponse à un jugement de la Cour suprême qui, en décembre 2013, a invalidé les dispositions du Code criminel encadrant la prostitution. Les juges ont déclaré que trois articles du Code criminel (l'interdiction du proxénétisme, de la sollicitation et l'exploitation d'une maison de débauche) sont inconstitutionnels, car elles portent atteinte à la vie et à la sécurité des prostituées.

Le gouvernement Harper va-t-il continuer à criminaliser l'achat de services sexuels par les clients et le proxénétisme? Va-t-il décriminaliser le travail des prostituées?

La prostitution, c'est le plus vieux métier du monde. Il faut arrêter de se mettre la tête dans le sable. Des clients, il va toujours y en avoir.

Une citation de : Nancy Murray, ex-travailleuse du sexe

Amélie Bédard est coordonnatrice du projet LUNE (Libres, unies, nuancées, ensemble), pour les consommatrices de substances psychoactives et les travailleuses du sexe. Elle a côtoyé bien des prostituées et entendu toutes sortes d'histoires. Elle estime que la loi doit être souple pour pouvoir s'adapter aux différentes situations qu'elles vivent.

Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), croit, pour sa part, que le système suédois peut être un bon modèle, dans la mesure où il permet aux femmes de vivre dans la dignité.

On n'arrivera jamais à abolir la prostitution, c'est exact. Mais nous, on cherche à réduire l'exploitation des femmes.

Une citation de : Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil du statut de la femme

Selon le modèle suédois, les clients sont passibles d'une amende et d'une peine d'emprisonnement d'un an, alors que les prostituées bénéficient plutôt de programmes de soutien. Le gouvernement Harper a manifesté de l'intérêt pour cette approche, mais, d'après Mme Miville-Dechêne, il « hésite [...] à décriminaliser les femmes et les hommes prostitués ».

« La façon dont le système fonctionne, c'est qu'il est beaucoup plus facile d'arrêter les [...] prostituées que les clients parce qu'elles restent souvent au coin des rues », ajoute la présidente du CSF.

La prostitution dans certains pays

Pour agrandir ou voir la carte sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Marie-Ève (nom d'emprunt) a un casier judiciaire pour avoir offert des services sexuels dans un lieu public. Elle est satisfaite de la décision de la Cour suprême, qui pourrait lui permettre, le cas échéant, de porter plainte contre un client.

Par contre, elle s'inquiète à l'idée que l'achat d'actes sexuels demeure une infraction relevant du Code criminel, ce qui pénalise les clients.

Il faudrait se cacher davantage pour trouver le client. Il faudrait se mettre dans des situations qui sont beaucoup plus dangereuses, où l'on aurait moins de protection de la police.

Une citation de : Marie-Ève, prostituée

Nancy Murray, ex-travailleuse du sexe, croit, elle aussi, que cette avenue pourrait avoir des effets pernicieux. Elle s'inquiète pour la sécurité des prostituées si les clients sont ainsi montrés du doigt.

Julie Miville-Dechêne, pour sa part, rappelle que les campagnes de sensibilisation sont une composante importante du modèle suédois. « Il y a eu des campagnes de sensibilisation très très importantes pour dire aux hommes suédois que d'aller voir une prostituée, c'est de l'exploitation et à la limite de la violence », souligne-t-elle.

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.

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