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Autochtones et non-Autochtones : l'écart persiste

Une maison délabrée dans la Première Nation Wasagamack, dans le Nord manitobain.

Photo : Karen Pauls

Ralph-Bonet Sanon

Après avoir visité le Canada durant l'automne, le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des peuples autochtones est peu impressionné par les initiatives canadiennes.

Un texte de Ralph-Bonet Sanon TwitterCourriel

Dans un rapport présenté lundi, James Anaya reconnaît les efforts déployés par le gouvernement canadien, mais affirme que l'écart entre le bien-être des Autochtones et des non-Autochtones au Canada n'a pas rétréci depuis la dernière visite d'un rapporteur, en 2004.

Il remarque que les problèmes relatifs aux revendications des Premières Nations demeurent « non résolus de façon persistante », que les femmes autochtones demeurent sujettes aux sévices et qu'il semble y avoir, au sein des peuples autochtones, de hauts niveaux de méfiance envers les gouvernements fédéral et provinciaux.

Le ministre des Affaires autochtones et du Développement du Nord canadien (AADNC), Bernard Valcourt, déclare que son ministère va « étudier ce rapport avec la plus grande attention afin de déterminer quelle est la meilleure façon de suivre les recommandations ».

Au bas de l'échelle

Selon James Anaya, « la manifestation la plus évidente des problèmes de droits de la personne au Canada, ce sont les conditions socio-économiques désolantes des peuples autochtones dans un pays hautement développé ».

Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, James Anaya

Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, James Anaya

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Utilisant les chiffres d'AADNC, l'Onusien note que « les statistiques sont frappantes : sur les 100 collectivités canadiennes qui se trouvent au bas de l'échelle de l'Indice de bien-être, 96 sont des Premières Nations, et seule une Première Nation se trouve dans le top 100 ».

Selon M. Anaya, il ne semble pas que le Canada ait consacré plus de ressources aux services sociaux pour les peuples autochtones. Il cite un rapport du vérificateur général du Canada, qui, en 2011, avertissait le fédéral que son manque d'investissement adéquat empêchait l'amélioration des conditions de vie dans les réserves.

Les observations du rapporteur sont partagées par le spécialiste en droits autochtones de l'Université d'Ottawa, Sébastien Grammond. « C'est sûr que si vous sous-financez là, vous risquez de produire une génération d'enfants qui vont avoir des problèmes sociaux », fait valoir M. Grammond.

Le rapporteur prend note de l'accord de financement de 1,9 milliard de dollars additionnels pour l'éducation. Il remarque toutefois qu'il n'est pas clair à quel point les Premières Nations ont été suffisamment consultées, un point de litige qui a donné lieu à de l'opposition au pays depuis février dernier.

Ottawa a d'ailleurs annoncé qu'elle mettait sa réforme de l'éducation des Premières Nations en veilleuse la semaine dernière.

Financement, consultation et enquête nationale

M. Anaya recommande au Canada de mieux financer les services aux Autochtones à l'intérieur des réserves et hors de celles-ci, qu'il s'agisse de la santé, de l'éducation, du bien-être des enfants ou du logement.

Il recommande aussi la tenue d'une enquête globale et nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, une avenue qu'Ottawa refuse d'emprunter. Le grand chef de l'Assemblée des chefs du Manitoba accueille favorablement cette recommandation de James Anaya. « Nous estimons que le traitement des femmes en ce moment constitue un génocide, et nous avons besoin de toute la pression internationale que nous pouvons amasser sur cette question », a déclaré Derek Nepinak.

Le chef de l'opposition néo-démocrate a interpellé le premier ministre conservateur Stephen Harper à ce sujet, lundi. « Les Nations Unies utilisent le terme "crise" pour décrire la situation des Premières Nations au Canada », a noté Thomas Mulcair. « Commencez, M. Harper, par écouter la demande de tenir une enquête sur les femmes autochtones disparues et tuées au Canada. »

Selon le rapporteur, Ottawa devrait aussi accroître la capacité des Autochtones à s'autogouverner, les consulter davantage et s'activer pour régler ses litiges territoriaux avec les Métis en un seul bloc, plutôt qu'en causes judiciaires séparées.

Entrevue avec le directeur du Programme d'études autochtones à l'Université du Manitoba, Robert-Falcon Ouellette

D'après M. Anaya, le gouvernement devrait encourager la consultation des Premières Nations au début de grands projet énergétiques, et non en plein milieu. « Souvent les consultations, c'est plutôt pour des apparences publiques, mais la décision est déjà prise à l'avance », soulève d'ailleurs le directeur des programmes autochtones à l'Université du Manitoba, Robert Falcon-Ouellette.

« Ce rapport indique clairement qu'il existe présentement une crise grave et persistante en ce qui concerne les conséquences qui touchent les peuples autochtones dans ce pays et que les démarches entreprises par les conservateurs n'ont pas réussi à s'attaquer au problème, mais ont engendré un niveau élevé de méfiance envers le gouvernement fédéral », déclare pour sa part la porte-parole libérale en matière d'affaires autochtones, la Dre Carolyn Bennett.

« Notre gouvernement est fier des mesures progressives et efficaces mises de l'avant en partenariat avec les collectivités autochtones. Nous sommes résolus à poursuivre notre travail avec nos partenaires afin d'améliorer de façon marquée la qualité de vie des Autochtones au Canada », avait affirmé le ministre Bernard Valcourt dans un communiqué lundi matin.

Alberta

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