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Santé mentale : après 18 ans, la galère

Vincent Salvail, un jeune de 23 ans atteint d'autisme et de troubles anxieux.

Vincent Salvail, un jeune de 23 ans atteint d'autisme et de troubles anxieux.

Photo : Marie-France Abastado

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Savez-vous ce qui arrive aux jeunes Québécois atteints de troubles mentaux lorsqu'ils atteignent la majorité? Les trois quarts d'entre eux se retrouvent sans suivi psychiatrique, et leurs familles sont complètement débordées.

Un reportage de Marie-France Abastado (Nouvelle fenêtre)

À 18 ans, le système de santé québécois oblige ces jeunes à quitter la pédopsychiatrie pour se tourner vers les services pour adultes. Mais les ressources ne sont pas toujours au rendez-vous.

Le directeur de la santé mentale au ministère de la Santé et des Services sociaux, le Dr André Delorme, le reconnaît lui-même : le Québec fait figure de cancre quand on parle du transfert des dossiers de la pédopsychiatrie vers la psychiatrie pour adultes.

Julie (prénom fictif) va bientôt avoir 18 ans, et elle appréhende d'avoir à changer de psychiatre. Écoutez-la ci-dessous parler de ses craintes.

Je vais être transférée aux adultes. Je trouve ça dommage parce qu'en deux ans, j'ai l'impression que j'ai tissé des liens avec eux autres, et ils me connaissent tellement bien que je trouve ça dommage d'avoir à recommencer ça avec quelqu'un d'autre encore. 

Une citation de :Julie

Pour écouter le témoignage de Julie sur un appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Une famille en détresse

La famille de Vincent Salvail a subi des années de galère à chercher ce que pouvait bien avoir leur garçon. Le diagnostic est finalement tombé alors que Vincent avait déjà 17 ans : autisme et troubles anxieux. Le jeune homme a aujourd'hui 23 ans. Sa mère, Chantal Champagne, se souvient de cette période difficile, où la famille était au bout du rouleau. Écoutez ci-dessous Mme Champagne parler de ses souvenirs.

 Il y avait une atmosphère malsaine dans la maison. On avait vraiment besoin d'aide. La famille était vraiment en détresse à ce moment-là. 

Une citation de :Chantal Champagne

Pour écouter les propos de Chantal Champagne sur un appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Vincent pourra profiter de services de pédopsychiatrie pendant un peu plus d'un an. Mais au bout de cette période, un peu après sa majorité, ses parents doivent recommencer tout le processus et s'inscrire sur une liste d'attente à leur CLSC pour que leur fils bénéficie des services pour adultes.

Vincent Salvail, un jeune de 23 ans atteint d'autisme et de troubles anxieux, avec deux membres de sa famille.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Vincent Salvail, un jeune de 23 ans atteint d'autisme et de troubles anxieux, avec deux membres de sa famille.

Photo : Marie-France Abastado

Le modèle australien

C'est pour remédier à une rupture de services comme celle qu'a vécue la famille Champagne-Salvail qu'on a instauré en Australie une catégorie 12 à 25 ans en santé mentale.

Un modèle dont on devrait s'inspirer, dit James Hughes, président de la Fondation Graham Boeckh, un organisme qui milite pour l'amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de maladies mentales. M. Hughes revient justement d'un séjour en Australie. Écoutez ci-dessous James Hugues dénoncer la situation.

 Cette chute à l'âge de 18 ans est très grave. C'est pourquoi on trouve des jeunes dans la rue, et c'est pourquoi on en trouve qui souffrent d'une augmentation de leurs problèmes psychologiques. 

Une citation de :James Hughes

Pour écouter les explications de James Hughes sur un appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre)

Les problèmes de santé mentale ne devraient pas être traités comme les autres maladies, ajoute James Hughes. Il explique que les trois quarts des diagnostics se font entre 12 et 25 ans.

« La santé mentale, c'est un problème de jeunesse, mais on le traite comme n'importe quel autre problème de santé, déplore-t-il [...] En santé mentale, c'est moins évident à cause de la nature même du défi de santé. On parle des problèmes de perception ou d'humeur qui affectent la capacité de s'autogérer. »

Il ajoute que c'est pourquoi il faut mettre en place un « troisième système » pour les jeunes, qui s'ajouterait aux soins pédiatriques et à ceux pour les adultes.

Ne manquez pas le 11 mai le reportage de Marie-France Abastado à Désautels le dimanche!

Faciliter la transition

Certains hôpitaux, comme l'Hôpital pédopsychiatrique Rivière-des-Prairies, essaient de faciliter la transition vers le secteur adulte. « On réfléchit à des solutions », raconte Pascale Grégoire, chef du Département de pédopsychiatrie.

Déjà, ici aussi au Québec, on essaie de décloisonner les 18 ans et on tend nous aussi à établir des cliniques par exemple 15-25 ans, et là on s'inspire des modèles [...] d'autres pays. 

Une citation de :Pascale Grégoire

Elle explique que de telles mesures sont plus faciles à mettre en place dans un hôpital où on trouve des services psychiatriques tant pour les enfants que pour les adultes.

Pascale Grégoire précise que son établissement, qui n'offre que de la pédopsychiatrie, discute depuis déjà trois ou quatre ans avec l'hôpital voisin, l'Institut en santé mentale (anciennement Louis-Hyppolite-Lafontaine) : « On a déjà établi des critères ensemble pour diminuer la lourdeur de cette coupure à 18 ans. Par exemple, ils ont accepté d'évaluer nos patients à 17 ans et demi, de les inscrire sur leur liste d'attente et à 18 ans, graduellement, ils les prennent. »

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec devrait faire connaître d'ici quelques mois son plan d'action en santé mentale pour les années à venir. On saura à ce moment-là ce qui a été retenu des expériences faites à l'étranger pour améliorer la continuité des services en santé mentale.

Et vous? Vous êtes ministre de la Santé; quelles mesures adoptez-vous pour venir en aide rapidement aux jeunes malades mentaux et à leur famille? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

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