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Barrette propose une vision plus interventionniste en santé

Le reportage de Pascal Poinlane

Le nouveau ministre de la Santé, Gaétan Barrette, promet d'être intraitable face aux établissements de santé qui n'atteignent pas les objectifs fixés par le gouvernement, et prévient leurs représentants qu'ils s'exposeront à des conséquences s'ils ne respectent pas ses orientations.

Gaétan Barrette prenait la parole vendredi à Québec au congrès de l'Association québécoise d'établissements de santé et de service sociaux (AQESSS). Il s'agissait de sa première allocution d'envergure depuis sa nomination, le mois dernier.

M. Barrette a ainsi exposé sa vision plus interventionniste qu'il entend insuffler au ministère de la Santé. Il a rappelé la hiérarchie qui place le gouvernement dans une position de supervision du réseau.

Gaétan Barrette a notamment déclaré que les groupes de médecine familiale (GMF) devront respecter les contrats qui fixent le nombre de patients qu'ils doivent recevoir. De plus, les équipements dans les hôpitaux, comme les salles d'opération et les appareils d'échographie, ne pourront plus être sous-utilisés dans certains établissements, a-t-il aussi prévenu.

« Les appareils d'échographie, ça fait 25 patients par jour. Un appareil d'échographie qui fait 10 patients par jour, c'est inapproprié. Si moi je le vois, vous allez devoir le voir. Vous allez devoir adopter des approches dans vos milieux pour faire en sorte que la production soit là », a-t-il dit aux responsables d'établissements présents.

Le ministre a aussi annoncé que des établissements devront effectuer des achats regroupés afin de réaliser des économies d'échelle, malgré leurs résistances passées à cet égard.

Par ailleurs, même si le financement du réseau de la santé au Québec se compare à celui dans les autres provinces, davantage de résultats pourraient être obtenus, juge le ministre. Selon lui, les mesures incitatives ne suffisent plus. Il faut davantage de reddition de compte.

Le ministère de la Santé va exercer son pouvoir au sens pur du terme, qui est celui de la gestion et de l'orientation et de la reddition de compte.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette

« Je sais qu'aujourd'hui vous pourriez réagir en disant : ''on va faire de l'obstruction''. Ce n'est pas une bonne idée parce que vous et moi on est là pour la même raison, pour faire en sorte que la population du Québec, qui s'attend à des services, ait ces services-là », a-t-il dit

En point de presse après son discours, M. Barrette n'a pas précisé quelles pourraient être les conséquences pour les établissements de santé qui ne respectent pas ses orientations. « Dans le passé, il y a eu un régime où le ministère n'exerçait pas nécessairement tout le pouvoir qui lui est imparti, a-t-il dit. Il y a eu un régime qui est plutôt un régime de délégation, qui va rester, mais quand on délègue ça ne veut pas dire qu'on abandonne l'analyse qu'on doit faire comme gouvernement en termes de résultat. »

M. Barrette a aussi rappelé que le gouvernement révisera tous les programmes gouvernementaux, incluant ceux du secteur de la santé, où les libéraux veulent mettre de l'avant le financement par activité, basé sur le volume de soins donnés par l'établissement de même que sur la productivité.

« C'est une chose qui va arriver, c'est impossible que ça n'arrive pas », a-t-il dit.

Les responsables d'établissements tiennent à leur autonomie

Le président de l'AQESSS, Michel GervaisLe président de l'AQESSS, Michel Gervais

De son côté, l'AQESSS s'inquiète de l'augmentation de la bureaucratie dans le réseau de la santé. Elle calcule que chaque établissement doit produire en moyenne 237 rapports pour le gouvernement.

« Il faut donner à un établissement des objectifs et à la fin, regarder les résultats. Laissons les gens diriger et vous allez voir qu'on va obtenir des résultats. Si, à tout moment, on doit faire des rapports bureaucratiques, ce n'est pas comme ça qu'on obtient des résultats », affirme le président de l'AQESSS, Michel Gervais.

Cela dit, Pierre Gervais salue la franchise du nouveau ministre de la Santé et lui offre son entière collaboration pour arriver à une gestion efficace du réseau.

Les GMF n'ont pas reçu ce qui était promis, disent les omnipraticiens

Le président de la FMOQ, Louis GodinLe président de la FMOQ, Louis Godin

Les médecins omnipraticiens se disent eux aussi prêts à collaborer avec le gouvernement, mais réclament davantage de Québec, notamment pour appuyer les groupes de médecine familiale (GMF), qui sont en quelque sorte la clef de voûte de l'accès aux services de première ligne.

« Il y a beaucoup de GMF à qui on avait promis du personnel infirmier, des accès aux examens de laboratoire, radiologiques, et aux consultations où ça n'a jamais été au rendez-vous. On est tout à fait d'accord avec ce qui a été dit par le Dr Barrette. Oui, un contrat, ça se respecte, mais ça se respecte de chacun des côtés », affirme le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin.

Le ministre Barrette doit rencontrer la semaine prochaine les fédérations des médecins spécialistes et des omnipraticiens, pour aborder la question de l'étalement de la hausse de la rémunération. La FMOQ a déjà dit qu'elle était ouverte aux discussions, à condition que les demandes du gouvernement soient raisonnables.

Rappelons que le gouvernement Couillard entreprend une vaste opération de réduction des dépenses de l'État. Pour atteindre leurs objectifs, les libéraux misent notamment sur l'étalement de la hausse de la rémunération des 17 000 médecins du Québec, accordée par le gouvernement Charest.

Avec les informations de La Presse canadienne

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