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Loco Locass et Annakin Slayd unis grâce au CH

Le reportage de Justine Boutet
Radio-Canada

Nous avons décidé de réunir pour la première fois deux artistes hip-hop québécois : Loco Locass et Annakin Slayd.

Un texte de Justine BoutetTwitter Courriel

L'un exprime son art dans la langue de Molière, l'autre dans celle de Shakespeare.

Ils ont un respect mutuel pour le travail de l'autre.

Notre concept? Une rencontre entre les deux solitudes, qui partagent deux passions : la musique et le Canadien.

Nous avons choisi l'ancien Forum de Montréal comme lieu de rencontre.

« Salut man, comment ça va? Belle journée, belle victoire du Canadien mardi contre Boston? On est content », lance Biz, de Loco Locass, à Annakin Slayd.

« Est-ce que tu parles français? », demande Chafiik, aussi de Loco Locass, à Annakin Slayd.

« Oui, oui, mais un peu mal... comme P.J. Stock », rétorque-t-il.

C'est dans un éclat de rire et sur un ton léger que s'amorce la discussion.

Le but

Loco Locass, un groupe de rap bien connu sur la scène musicale québécoise depuis plusieurs années, a écrit la populaire chanson Le but en 2010.

« On croyait qu'on avait atteint notre sommet avec cette chanson-là, dit Biz. On pensait que les gens allaient se tanner puis passer à autre chose. Mais ça revient, pis ça va peut-être rester tant que les Canadiens vont être là. »

« Dès que le Canadien va bien, les gens cherchent des chansons [à son sujet] », ajoute Chafiik.

« Cette année, l'hiver a été long et difficile, rappelle Biz. Politiquement, on est divisés, on est tannés, le printemps arrive pas. Donc là, il y a quelque chose qui nous rassemble, c'est les Canadiens. On a le goût de célébrer. »

Rock the sweater

Annakin Slayd aussi a le goût de célébrer son équipe de hockey préférée. Sa plus récente oeuvre, Rock the sweater, est devenue un vif succès sur le web auprès des amateurs du Canadien... les anglophones comme les francophones.

Plusieurs personnalités apparaissent dans le vidéoclip. On y voit entre autres Jay Baruchel, Viggo Mortensen, Justin Trudeau, George Stroumboulopoulos, Sugar Sammy, Chris Nilan, Jean Pascal et les soeurs Dufour-Lapointe, tous en train d'embrasser le logo du Tricolore.

« Quand Alex Galchenyuk a marqué le but [NDLR : le 10 novembre 2013 contre les Islanders de New York] et a fait un gros bec à son chandail, le lien s'est fait naturellement pour moi, explique Annakin Slayd. J'ai vu ça, j'ai pris le concept et j'ai fait la chanson autour du chandail du Canadien. Le chandail, le logo, ce sont des choses sacrées. »

Dans ses chansons, il s'inspire de sujets qui le touchent personnellement, des sujets qui ont une grande valeur à ses yeux. La dernière conquête de la Coupe Stanley par le Canadien, les Expos et Gary Carter sont des exemples de thèmes qui font surface dans son répertoire.

« Ta dernière chanson, je l'écoute en boucle depuis 4-5 jours, dit Biz à Annakin au sujet de Rock the sweater. Je l'ai dans la tête tout le temps. Elle est vraiment bonne. Dans Rock the sweater, moi j'ai vraiment compris de quoi. J'ai compris qu'on pouvait être un Anglo-Québécois, mais vraiment totalement Québécois, parce que (Annakin Slayd) part d'un conte de Roch Carrier qui parle de l'histoire de Maurice Richard. Vous [la communauté anglophone], vous n'avez peut-être pas la même perception que nous [de Maurice Richard]. Vous le considérez comme un grand joueur de hockey, mais pour les francophones, c'est carrément l'étincelle de la Révolution tranquille. Ça va au-delà du hockey. J'ai vraiment trippé sur la chanson Rock the sweater. Et puis l'échantillonnage de violon, c'est un peu de la gigue québécoise-irlandaise. »

« C'est un beau flash », ajoute Chaffik à l'intention d'Annakin Slayd.

Le Québec est hockey

Ce dernier est né à Saint-Léonard et a grandi dans la grande région de Montréal. « Je suis moitié Grec, moitié anglophone canadien, dit-il. Pour moi, comme pour tous les Québécois, j'ai écouté le Canadien à la maison, j'ai joué au hockey et beaucoup au baseball. »

Les deux membres du groupe Loco Locass l'écoutent attentivement et y vont eux aussi de leur propre anecdote.

« J'ai habité deux ans à LaSalle, lance Biz. Les seules fois que je parlais à mes voisins anglais, c'est quand on rencontrait Boston. J'avais mon coat des Canadiens, puis c'était "aille, ce soir, on va gagner"! »

« Pour le meilleur et pour le pire, les Canadiens, c'est le point de convergence de tous les Québécois, peu importe leur âge, leur provenance, leur sexe, leur religion. »

Biz, de Loco Locass

« Peu importe leurs revenus, pauvres, riches, immigrants de souche, anglais, français, TOUT le monde est autour du hockey. À part les hipsters (rires) », ajoute Chafiik.

« C'est sûr que les idées politiques, on a peut-être des différences entre nos idéologies, indique Annakin Slayd. Mais on peut être d'accord sur le Canadien. Le plus grand homme dans l'histoire du Québec, c'est Maurice Richard. »

Biz et Chafiik acquiescent de la tête.

Autre point sur lequel ils sont tous d'accord : la musique et le sport sont tout à fait compatibles.

« Une équipe de sport, c'est un peu comme une armée, explique Biz. Puis dans les armées, il y avait des clairons, il y avait des tambours. La pulsation originelle de la musique, elle encourage les guerriers. Quand en plus les supporteurs la chantent, moi je suis convaincu que quand on dit que la foule peut faire une différence (dans un match), moi j'y crois profondément. Nous, quand on fait des chansons, on n'encourage pas directement l'équipe. On encourage les partisans à mieux encourager l'équipe. »

À la demande du Canadien, Loco Locass a produit ce printemps une version spéciale de sa chanson Le but. Elle résonne dans le Centre Bell après chaque but marqué par le Tricolore dans les séries.

« J'ai vraiment tout fait pour qu'un jour, puis je me donne des décennies parce que ça n'arrive pas de même, j'ai tout fait pour que la foule spontanément, même quand ça va mal, chante l'air de notre chanson Le but », indique Chafiik.

« Allez, allez, allez, allez Montréal!, chantonne-t-il. Il me semble que l'équipe adverse serait un peu intimidée. Dans le temps on avait Halte-là, halte-là, halte-là, les Canadiens sont là. Ça s'est perdu, ça. C'est un petit deuil pour moi. J'en veux plein des mélodies au Centre Bell. »

Partisans du Canadien, le message est lancé.

Quant aux chances du Tricolore de soulever la coupe Stanley cette année pour la première fois depuis 1993?

« Ça sent bon », ont répondu Chafiik et Annakin.

« Annakin, j'ai une idée, dit Chafiik. Je te fais un deal : si jamais le Canadien gagne la Coupe Stanley, que ce soit cette année ou une autre, je t'invite dans notre prochain show pour que tu rock le sweater. »

La réponse d'Annakin Slayd ne se fait pas attendre: « My honor. Deal. Yeah! »

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