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« On n'avait pas ce genre de menace en 1984 vis-à-vis les institutions publiques »

Entrevue : l'opération policière expliquée par l'un des commandants
Radio-Canada

À l'occasion du 30e anniversaire de la fusillade à l'Assemblée nationale du Québec, Jacques Larose, ex-commandant du groupe tactique de la Sûreté du Québec, explique comment son équipe est intervenue pour arrêter le tireur Denis Lortie en mai 1984.

Alertée le matin du 8 mai par un agent de la SQ en poste à l'Assemblée nationale, une équipe de la SQ composée de tireurs d'élite, négociateurs et enquêteurs se rend sur les lieux. C'est au Salon bleu où se trouve le caporal Lortie lourdement armé que l'équipe se met en place, dissimulée au second étage.

« On a pris position au Salon bleu pour relever la police de Québec qui était à l'intérieur et sécuriser les lieux, en mettant en place les tireurs d'élite et tout le reste du groupe tactique », explique-t-il.

Le caporal Lortie n'est alors pas seul. Le sergent d'armes René Jalbert, qui deviendra un héros de l'histoire, est déjà sur place et parlemente avec lui. Le groupe tactique se tient prêt à intervenir si la vie de René Jalbert est menacée.

« M. Lortie à ce moment-là n'était plus dans son état de crise, il était encore excité, mais il n'était plus dans le maximum. [...] À un certain moment donné, il enlève son dentier, enlève sa casquette. Là, il commence à décompresser et avec les interventions de M. Jalbert, on ne voyait pas la nécessité de tirer. S'il avait pointé son arme vers M. Jalbert, le tireur d'élite l'aurait abattu immédiatement, l'ordre était donné si la vie était en danger », affirme M. Larose qui souligne le travail du sergent Jalbert.

« Un peu plus tard, M. Jalbert s'est senti mal à l'aise, il sentait la présence policière. Lortie disait : "vous êtes ici,".  Là, il a demandé à Lortie de l'accompagner à son bureau et ça, ça a fait notre affaire, parce que ça nous a permis de porter secours aux blessés et de voir ce qui s'était passé et de constater qu'il y avait des décès », mentionne M. Larose.

L'équipe s'est assurée de la sécurité de M. Jalbert à son bureau et les négociations se sont amorcées quelque temps après. M. Jalbert qui parlait au nom de Lortie a fait plusieurs demandes, police militaire, un colonel de l'armée, un prêtre, se remémore M. Larose.

Un protocole de reddition a finalement été scellé. « Il voulait se rendre à la police militaire dans un décorum militaire, alors ça, on ne voyait pas ça d'un bon œil. On en a discuté et finalement, on a eu d'autres conditions. On a dit : "vous allez remettre vos armes à M. Jalbert qui va déposer ça dans une poubelle, il va marcher cinq pas en avant de M. Lortie les mains sur la tête, les manches roulées, les pantalons roulés". On l'a arrêté quand il est arrivé pas loin de l'ascenseur, quand M. Jalbert a été en sécurité ».

Jacques Larose souligne que cette intervention constitue un point tournant dans l'histoire du Québec et des interventions policières. La sécurité a été resserrée dans les institutions publiques.

« On n'avait pas ce genre de menace là en 1984 vis-à-vis les institutions publiques. Il y avait une bonne sécurité à l'époque, il y avait des gardes postés un peu partout qui assuraient la sécurité de base. Ça ne devenait pas nécessaire de mettre en place les mécanismes qu'on a aujourd'hui, mais aujourd'hui, on n'a plus le choix avec tout ce qui se passe, on ne sait plus qui représente un danger », constate M. Larose.

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