•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Chevrette nie l'ensemble des allégations portées contre lui par Gilles Cloutier

Gilles Cloutier et Guy Chevrette

Radio-Canada

Guy Chevrette a rejeté avec vigueur les allégations de Gilles Cloutier, qui l'a accusé devant la commission Charbonneau, en mai 2013, d'avoir bénéficié d'un pot-de-vin en échange de son appui présumé à la firme Roche dans le dossier du chemin du Nordet en 2000.

Un texte de Bernard LeducCourriel

Relire notre blogue en direct (Nouvelle fenêtre)

« Je n'ai jamais demandé de l'argent à qui que ce soit ni allé chercher de l'argent. Je n'ai jamais touché de l'argent de qui que ce soit et Roche ne m'a jamais offert quoi que ce soit », a affirmé l'ex-ministre des Transports.

Il soutient n'avoir en outre jamais rencontré l'ex-vice-président au développement des affaires de Roche ni lui avoir parlé en lien avec ce contrat pour la construction d'un lien routier entre St-Donat et Lac Supérieur.

Par conséquent, a-t-il ajouté, jamais son ami Gilles Beaulieu n'a servi d'intermédiaire dans une transaction occulte alléguée de 100 000 $, comme l'a aussi soutenu M. Cloutier : « et Gilles Beaulieu ne m'a jamais dit : ''donne ce contrat-là à Roche'' ».

Et jamais, encore, n'a t-il laissé entendre à M. Cloutier qu'il souhaitait, dans le cadre de cette magouille alléguée par Gilles Cloutier, que le contrat pour faire la route du Nordet soit attribué à Asphalte Desjardins, entreprise où oeuvrait son ami Jacques Desjardins.

Je n'ai jamais rencontré M. Cloutier sur le projet St-Donat. Je ne lui ai pas parlé.

Guy Chevrette, 9 mai 2014, commission Charbonneau

M. Chevrette admet au plus avoir croisé Gilles Cloutier en avril 2001 lors de la grande fête de Roche au Stade olympique. « Je le connaissais à peine, Madame », a soutenu l'ex-ministre qui, voilant mal sa colère et son mépris, l'a comparé à un « genre de mouche pas africaine ». Il a aussi dit l'avoir déjà croisé à des parties de golf.

L'ex-ministre des Transports a ajouté pouvoir produire deux déclarations d'employés de sa circonscription de Joliette disant que Gilles Cloutier n'est jamais venu à son bureau, comme ce dernier l'a affirmé en mai 2013.

L'ancien ministre des Transports péquiste a toujours nié les allégations de magouilles faites devant la commission par Gilles Cloutier, qu'il avait déjà qualifiées de « totalement fausses et diffamatoires ».

Gilles Beaulieu avait aussi répliqué par le passé aux allégations de M. Cloutier : « Je trouve cela complètement ridicule, c'est aberrant ».

Des allégations de pot-de-vin démenties par Chevrette

Gilles Cloutier avait soutenu que le ministre Guy Chevrette lui avait dit qu'il « aimerait ça » que le contrat de construction pour le projet du chemin du Nordet soit accordé à Asphalte Desjardins. Roche avait donc manœuvré de manière à ce qu'une filiale d'Asphalte Desjardins, JL Campeau, obtienne le contrat pour cette route de 30 kilomètres.

L'affaire aurait été réglée lors d'une rencontre le 12 septembre 2001 entre Yves Lortie de la firme Roche - qui avait obtenu le contrat des plans et devis pour la route - et Guy Desjardins, directeur général de J.L.Campeau.

Une fois le contrat signé, Gilles Cloutier dit avoir remis une somme de 25 000 $ à un « grand ami » de Guy Chevrette, Gilles Beaulieu. Selon lui, il avait été convenu qu'une somme de 100 000 $ serait versée à M. Beaulieu, mais il n'a pu dire si ce fut le cas, et convenu qu'il n'avait jamais parlé d'argent avec l'ex-ministre péquiste.

M. Chevrette a reconnu que lui et M. Beaulieu, accompagnés de leurs conjointes, avaient entrepris un voyage autour du monde en mai 2002 pour un coût de 100 000 $, mais insisté sur le fait que chacun avait payé sa part. Lui-même avait notamment souligné avoir payé la sienne avec la somme de 25 000 $ que le PQ lui avait remis pour souligner le 25e anniversaire de sa première élection à l'Assemblée nationale.

« Moi, j'ai cru à la bonne foi de tout le monde » - Guy Chevrette

Gilles Cloutier s'était par ailleurs vanté d'avoir convaincu Guy Chevrette de confier le projet à la MRC de la Matawinie, plutôt qu'à St-Donat qui en était à l'origine, et suggéré du même souffle que l'appel d'offres pour les plans et devis soit évalué alors par un comité de sélection composé des maires de municipalités de la MRC.

Ce comité, dont M. Cloutier s'est vanté devant la commission d'avoir eu la plupart des membres dans sa poche, a accordé le contrat à Roche.

M. Chevrette soutient de son côté qu'il n'avait jamais rencontré Gilles Cloutier, ni quiconque de la firme Roche, avant de décider de confier le projet à la MRC, début décembre 2000, en raison de ses doutes sur la capacité de St-Donat à le mener à bien en raison de divisions au conseil municipal.

Il nie donc avoir parlé avec ce dernier pour lui annoncer que le dossier y était transféré.

La commissaire Charbonneau a souligné que les dates données par M. Cloutier dans ce dossier, notamment celle de l'octroi du contrat à la MRC, correspondaient à celles évoquées M. Chevrette. Ce dernier a laissé tombé que l'ex-vice-président de Roche pouvait avoir obtenu l'information de la MRC.

M. Chevrette soutient qu'il ne s'est sinon aucunement mêlé de la sélection des membres du comité ou encore de ses débats. Il soutient que si, comme le soutient M. Cloutier, Roche a été privilégiée en raison des liens qu'il avait tissés avec les maires y siégeant, il n'en savait rien : « Moi, j'ai cru à la bonne foi de tout le monde ».

Devant la commission, l'ex-directeur territorial du MTQ pour la région Laurentides-Lanaudière, Mario Turcotte, avait défendu le travail du comité sur lequel il avait siégé et soutenu que le choix de Roche était avisé. Mario Turcotte a d'ailleurs vanté l'intégrité de M. Chevrette.

M. Chevrette nie par ailleurs avoir eu en 2000 des rencontres avec une série de personnes liées à Génivar avant cette période qui souhaitaient que la firme, proche de St-Donat, obtienne le contrat. Mais il reconnaît qu'il y avait des rumeurs de magouilles à St-Donat.

En contre-interrogatoire, M. Chevrette est aussi revenu sur le fait qu'il a séjourné dans une maison de Charlevoix que Gilles Cloutier louait. Il a soutenu que c'était Gilles Beaulieu qui avait trouvé l'endroit, et qu'il n'a jamais su que l'ex-vice président de Roche y était lié d'une quelconque façon.

Route traversant une région montagneuse entre Saint-Donat et TremblantAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Route traversant une région montagneuse entre Sain-Donat et Tremblant

Un projet pertinent sur le plan économique, soutient Chevrette

Guy Chevrette a défendu avec vigueur sa décision de lancer le chantier de la route du Nordet. Il soutient que la route était justifiée puisqu'il s'agissait de favoriser le développement touristique de la région.

M. Chevrette soutient d'ailleurs que la décision a été prise après avoir consulté, en 2000, les différents acteurs de la région dans le cadre de l'élaboration du plan de Transports du MTQ. La municipalité de St-Donat, mobilisée derrière le projet, devait à l'origine le gérer.

Je réitère : c’était un outil de développement économique, le tourisme est indispensable dans la région.

Guy Chevrette

L'ex-ministre est surpris que Mario Turcotte ait dit devant la commission qu'il n'était pas en faveur de ce projet, puisqu'il a approuvé le rapport issu des consultations qu'il a lui-même d'ailleurs menées.

M. Chevrette a souligné que le financement ne s'est pas fait en catimini, mais par un décret du Conseil des ministres pour une subvention de 15, 5 millions $ du ministère des Finances pour le projet.

Et cette subvention, a-t-il insisté, a été gérée de façon « clean » par le MTQ : « Tout a été fait dans les normes ».

Une atmosphère à couper au couteau

Par François Messier

Le témoignage de Guy Chevrette s'est déroulé dans un climat tendu. Visiblement en colère depuis le témoignage de Gilles Cloutier, l'ex-ministre péquiste a émaillé son témoignage de remarques acerbes à l'endroit de la commission. Il a notamment parlé de « votre ami Cloutier », a lâché que toute cette histoire ne se serait pas produite « s'il y avait eu une enquête sérieuse », etc.

La goutte qui a fait déborder le vase est lorsque M. Chevrette a soutenu que la commission avait eu des mois de discussions avec M. Cloutier, mais lui avait par contre accordé peu de temps.

La commission a alors décidé de remettre les pendules à l'heure : « Vous dites que M. Cloutier a été rencontré des mois de temps? Vous avez eu la même offre, M. Chevrette. Vous le savez. Vous avez eu l'occasion de venir rencontrer les enquêteurs de la commission, vous avez été invité à le faire à plusieurs reprises en 2013. Vous avez été informé de ça? », a lancé dire le Crépeau.

« Non Monsieur. Moi j'ai eu un téléphone de Mme Estelle Tremblay me disant qu'elle avait sollicité une rencontre pour moi. [.. ] C'est pour ça que je remerciais Mme Tremblay de m'avoir obtenu une rencontre parce que c'est la première fois que j'en entendais parler. »

France Charbonneau est alors intervenue. « Mais dès le 14 mai 2013, j'invitais personnellement votre avocat à vous dire que nous vous invitions à rencontrer les enquêteurs de la commission. [...] Vous faites un gros débat pour dire qu'on vous a rencontré récemment, qu'on ne vous a pas rencontré longtemps. Je veux juste dire que ça fait longtemps qu'on vous a offert de nous rencontrer et à chaque fois, cette offre était déclinée. »

M. Chevrette a alors dit qu'il voulait plutôt souligner qu'il n'avait pas été invité à être entendu avant le témoignage de Gilles Cloutier, mais le procureur Crépeau a néanmoins renchéri : « Mais après le témoignage de Cloutier, vous avez été invité à plusieurs reprises, personnellement, via votre avocat, Me Vallières, trois, quatre, cinq lettres [...] où on vous informe qu'on sera prêt à vous rencontrer dès que vous serez disponible. »

M. Chevrette a alors répondu que cela s'expliquait par sa décision de contester un jugement de la commission à son endroit devant la Cour supérieure. Il a précisé qu'il a finalement rencontré le procureur Simon Tremblay pendant deux heures, et le procureur Paul Crépeau pendant trois heures, avant d'entreprendre son témoignage.

Enseignant de formation, syndicaliste de conviction, Guy Chevrette a eu une longue carrière politique. Élu député de Joliette en 1976, il en sera le député jusqu'à son départ de la vie politique en janvier 2002. Il occupera différents ministères sous René Lévesque puis sous Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry, dont celui de ministre des Transports de décembre 1998 à janvier 2002.

À son départ de la politique, il forme un groupe-conseil avec son ex-chef de cabinet. Puis, de 2005 à 2010, il sera PDG du Conseil de l'industrie forestière.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Société