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« Vapoter », un moindre mal pour les fumeurs invétérés?

Radio-Canada

Pour des dizaines de fumeurs, « vapoter » est devenu une façon de cesser de fumer. La cigarette électronique est un moindre mal pour les fumeurs invétérés qui n'arrivent pas à écraser pour de bon, disent plusieurs médecins. Pourvu que la vente et la qualité des produits soient bien encadrées.

Un photoreportage de Anne-Louise DespatieTwitterCourriel

Les points de vente de cigarettes électroniques avec nicotine se multiplient au Québec, même si elles ne sont pas approuvées par Santé Canada. C'est dans ce contexte qu'une douzaine de médecins et de chercheurs demandent à Ottawa d'adopter au plus vite un cadre réglementaire pour la cigarette électronique.


Quand ses patients ont tout essayé pour cesser de fumer, l'infirmière Heidi Claveau, de l'Institut de cardiologie de Montréal, leur propose la cigarette électronique. Ces patients qui sont accros à la nicotine peuvent ainsi aspirer de la vapeur de propylène glycol (une glycérine végétale). Ils retrouvent le geste de fumer, de même que la nicotine ajoutée selon différentes concentrations.


En l'absence d'études scientifiques concluantes, Santé Canada interdit la vente de cigarettes électroniques avec nicotine. Mais plusieurs considèrent qu'elle évite aux « gros fumeurs » d'absorber le cocktail de produits toxiques libérés par la combustion du tabac. L'Institut de cardiologie de Montréal présente cette option comme un moyen efficace de cesser de fumer à ces patients récalcitrants.


« Je dirais que, globalement, c'est 80 % de mes patients irréductibles qui ont arrêté de fumer avec la cigarette électronique. Ce que je n'ai jamais vu avec les traitements habituels », constate le cardiologue Martin Juneau, de l'Institut de cardiologie de Montréal.

Depuis neuf mois, il estime que la cigarette électronique a permis à plusieurs de ses patients d'abandonner le tabac. « On fume pour la nicotine, mais c'est le tabac qui nous tue, explique-t-il. Et plusieurs fumeurs sont incapables de se passer de nicotine. » Malgré les risques potentiels du « vapotage », le médecin juge que les risques liés à la cigarette ordinaire, eux, sont bien réels, puisque le tabac finit par tuer la moitié des utilisateurs.


Les spécialistes de la santé publique craignent que les efforts faits pour enrayer le tabagisme soient menacés par un produit aussi attrayant que la cigarette électronique. L'Institut national de santé publique du Québec a passé en revue les études sur la cigarette électronique.

La chercheuse Annie Montreuil soutient quant à elle qu'il n'y a pas assez d'études. « Il n'y a pas de normes de fabrication. On ne connaît pas les effets à long terme sur la santé. On ne sait pas si c'est efficace pour cesser de fumer, et surtout, on craint que ça n'incite les jeunes à se tourner éventuellement vers le tabac », dit-elle.

« Actuellement, on n'a pas assez d'informations sur les tendances d'utilisation pour être rassuré sur l'usage que les jeunes peuvent faire de la cigarette électronique », explique-t-elle.

Par ailleurs, les autorités de la santé publique se préoccupent aussi des interdictions de fumer dans les lieux publics : les « vapoteurs » devraient y être soumis eux aussi.


Après deux ans, La Vape Shop compte cinq points de vente, et en ouvrira trois autres d'ici la fin de l'été. Les propriétaires estiment que leur commerce de cigarettes électroniques n'est pas visé par l'avis de Santé Canada. Leur porte-parole, Jean-Philippe Boutin, affirme que « c'est tout à fait légal parce que ce n'est pas un médicament et [que] ce n'est pas un produit du tabac, vu la faible concentration de nicotine par dose ».


Depuis trois mois, Guillaume Proulx ne fume plus la cigarette ordinaire. Pourtant, il en consommait un paquet par jour. « Depuis que je suis passé à la cigarette électronique, mon envie de nicotine est comblée. Même que l'odeur de cigarette me lève le coeur maintenant. » D'autres clients parlent de la toux matinale qui a disparu et de l'odorat retrouvé.


Un sondage qui vient d'être mené en Europe auprès de 19 000 vapoteurs montre qu'ils étaient presque tous d'anciens fumeurs avant d'adopter la cigarette électronique. Le Dr Martin Juneau observe avec beaucoup d'intérêt ce qui se passe ailleurs.

« Comme en Europe, les boutiques se sont mises à proliférer, et heureusement, aux dépens des ventes de cigarettes traditionnelles. D'ailleurs, les compagnies de tabac sont assez inquiètes. Au point de commencer à acheter les fabricants de cigarettes électroniques. »


Les prix des cigarettes électroniques varient d'une vingtaine à quelques centaines de dollars, mais les modèles les plus populaires tournent autour de 80 $. Il faut ensuite ajouter le liquide à mettre dans le réservoir, qui contient différentes concentrations de nicotine, selon les besoins.

Regardez le reportage télévisé d'Anne-Louise Despatie :

Le reportage d'Anne-Louise Despatie

Société