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Négociations israélo-palestiniennes : autopsie d'un échec

Le secrétaire d'État amérciain John Kerry et le premier miinistre israélien Benyamin Nétanyahou.

Le secrétaire d'État amérciain John Kerry et le premier miinistre israélien Benyamin Nétanyahou.

Photo : La Presse canadienne / Jason Reed

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les négociations de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne, lancées en juillet dernier (Nouvelle fenêtre) sous l'égide du secrétaire d'État américain, John Kerry, ont pris fin officiellement le 29 avril. Explication d'un énième échec en quatre points.

Un texte de Ximena Sampson Courriel 

Le but, après des années sans pourparlers, était d'en arriver à un accord-cadre entre les parties. Cependant, les écueils se sont multipliés et les discussions sont au point mort depuis plusieurs semaines.

1. Le rôle des États-Unis

L'échec était prévisible, selon Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand. Les négociations étaient avant tout une initiative de John Kerry, « qui n'avait pas un appui efficace de la part du président Obama », croit le chercheur.

« M. Kerry a repris les mêmes façons de faire de la diplomatie américaine, par exemple en laissant les Européens à l'écart. »

— Une citation de  Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand

« De plus, le secrétaire d'État américain ne disposait pas d'outils de pression sur les Israéliens ou de la possibilité de leur imposer des pénalités si jamais ils bloquaient, explique le chercheur. En ce qui concerne les Palestiniens, il ne leur a pas envoyé de message clair et net. »

L'échec revient donc en premier lieu à M. Kerry, pense M. Aoun. « Alors que [le président palestinien] Mahmoud Abbas et [le premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou sont restés fidèles à eux-mêmes, adoptant les mêmes tactiques dilatoires et les mêmes façons d'agir, M. Kerry n'a pas apporté quelque chose de nouveau qui aurait pu forcer la main des deux belligérants pour offrir une plateforme de sortie de crise. »

« Malheureusement, il y a plus intérêt dans le processus lui-même que dans la finalité du processus et qu'il débouche sur une solution. »

— Une citation de  Sami Aoun, directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand

2. Des blocages de part et d'autre

Le leader adjoint du Hamas, Musa Abu Mazuk, le chef de la délégation de l’OLP, Azzam al-Ahmad, le premier ministre de Gaza, Ismail Haniya, et le leader parlementaire du Parlement palestinien, Ahmad Bahar, se sont rencontrés à Gaza.
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Le leader adjoint du Hamas, Musa Abu Mazuk, le chef de la délégation de l’OLP Azzam al-Ahmad, le premier ministre de Gaza, Ismail Haniya, et le leader parlementaire du Parlement palestinien, Ahmad Bahar, se sont rencontrés à Gaza.

Photo : Getty Images / MAHMUD HAMS

En riposte à la décision israélienne de ne pas libérer le mois passé, comme prévu, un contingent de prisonniers palestiniens, le Conseil central palestinien a choisi de poursuivre les démarches unilatérales d'adhésion à une quinzaine d'organisations onusiennes et à des traités internationaux. Au début des pourparlers, les Palestiniens avaien accepté de suspendre ces demandes. Ils jugent maintenant qu'Israël n'a pas respecté ses engagements.

De son côté, Israël a interrompu les négociations le 24 avril, au lendemain d'un accord de réconciliation entre l'Organisation pour la libération de la Palestine (OLP) et le Hamas. Au pouvoir au Gaza, ce dernier est considéré comme une organisation terroriste par les États-Unis et l'Union européenne.

3. L'accord Fatah-Hamas dans la balance

Selon M. Aoun, le rapprochement avec le Hamas « est une demande historique des Palestiniens, le coeur peut-être de leur rêve ».

En concluant cet accord, le président palestinien, Mahmoud Abbas, essaie de renforcer sa légitimité, mise à mal notamment par le fait que son mandat présidentiel est arrivé à échéance il y a cinq ans. Avec cette tentative de réconciliation nationale, qui permettra enfin la tenue d'élections d'ici six mois, il cherche à gagner des appuis populaires. « M. Abbas est dépourvu, pense Sami Aoun. Il ne veut pas paraître devant son peuple comme n'ayant plus rien à donner ni au processus de paix ni à la prospérité des Palestiniens, alors il est ouvert vers le Hamas. »

Par contre, la réconciliation interpalestinienne semble avoir signé l'arrêt des pourparlers de paix. Pour les Israéliens, il est hors de question de négocier avec le Hamas, qu'ils voient comme un groupe terroriste souhaitant la disparition de l'État hébreu. « Au lieu d'aller vers la paix avec Israël, [le président palestinien] va en paix avec le Hamas, a déclaré le premier ministre israélien. Il doit choisir : veut-il la paix avec le Hamas ou la paix avec Israël? Vous pouvez en avoir un, mais pas l'autre. »

« Tant que je serai premier ministre d'Israël, je ne négocierai jamais avec un gouvernement palestinien appuyé par les terroristes du Hamas qui appellent à notre liquidation. »

— Une citation de  Benyamin Nétanyahou
Israël-Palestine, les racines d'un conflit. Consultez notre dossier.

4. Quelle suite?

On risque d'assister à une période de repli, pense Sami Aoun. C'est ce qu'a affirmé le président américain (Nouvelle fenêtre) la semaine dernière, lors de l'annonce de l'entente entre l'OLP et le Hamas. « Il arrive peut-être un moment où une pause s'avère nécessaire, pour que les deux parties examinent les choix possibles », a dit Barack Obama, avant de souligner qu'il n'avait pas « constaté le type de volonté politique indispensable à la prise de vraies décisions, et cela, des deux côtés ».

« Le président Obama est cohérent avec sa façon de faire, juge Sami Aoun. C'est le leading from behind. Selon ses calculs, la question palestinienne est trop chargée de symbolique, de sens, d'émotivité, et il est plus prudent de ne pas s'engager dans cette cause. » D'ailleurs, le Proche-Orient a été déclassé dans les priorités stratégiques américaines, croit le chercheur, qui préfère observer de loin, notamment en Syrie, plutôt que d'intervenir.

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