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Le retour à l'équilibre budgétaire sera plus difficile que prévu

Philippe Couillard et son ministre des Finances, Carlos Leitao.

Photo : Mathieu Belanger / Reuters

Radio-Canada

Le fiscaliste Luc Godbout et l'économiste Claude Montmarquette mettent en garde Québec contre la hausse des dépenses, au moment où les revenus connaissent une tendance inverse. Selon leur rapport, commandé par les libéraux au lendemain des élections du 7 avril, le déficit atteindra 3,7 milliards de dollars pour l'année 2014-2015 si rien n'est fait pour équilibrer les finances publiques. Mais de l'aveu même de Luc Godbout, ce scénario « ne se réalisera pas ».

Ce scénario s'appuie sur une croissance des dépenses de 6,1 %, ce qui correspond au total des dépenses tel que demandé par chacun des ministères. « Si vous regardez partout sur la planète, il n'y a pas beaucoup d'États qui ont des croissances de dépenses de 6 %. Donc effectivement, il ne se réalisera pas », a affirmé M. Godbout en entrevue à RDI Économie

En effet, les gouvernements font systématiquement des choix politiques qui limitent les dépenses. Par exemple, le gouvernement Marois proposait un taux de croissance des dépenses de 2 % dans son dernier budget, sans toutefois indiquer quelles seraient spécifiquement les dépenses de programmes en déposant les crédits.

Luc Godbout indique qu'un montant de 1,8 milliard avait déjà été identifié au Conseil du trésor afin de limiter la croissance des dépenses, mais « ces dépenses n'avaient pas fait l'objet de décisions politiques ».

Un constat difficile

Luc Godbout et Claude Montmarquette estiment qu'un retour à l'équilibre budgétaire, voulu pour 2015-2016 par les libéraux, « nécessitera d'aller au-delà des révisions annuelles des dépenses, et qu'il conduira à se pencher sérieusement sur la structure même des dépenses, ainsi qu'à réfléchir à la fiscalité ».

Les deux experts font plusieurs constats, dont :

  • La confirmation du déficit budgétaire de 3,1 milliards de dollars pour l'année 2013-2014, soit 645 millions de plus que le déficit de 2,5 milliards annoncé dans le dernier budget de l'ex-gouvernement péquiste;
  • Un déficit budgétaire de 1,75 milliard de dollars était prévu pour l'année 2014-2015, mais si aucune mesure n'est prise, ce déficit atteindra 3,7 milliards de dollars;
  • Le Québec fait face à un déficit structurel : le taux de croissance des dépenses approche annuellement 5 %, alors que le taux de croissance nominal de l'économie serait plutôt de 3,5 % au cours de la prochaine décennie.
Luc Godbout et Claude Montmarquette ont produit un rapport sur l'état des finances publiques québécoises.

Luc Godbout et Claude Montmarquette ont produit un rapport sur l'état des finances publiques québécoises.

Le nouveau gouvernement libéral de Philippe Couillard devra mieux maîtriser ses finances publiques, stimuler la croissance économique et créer plus d'emplois, affirment les deux experts.

Dans le cas contraire, la province se trouvera rapidement devant un « mur » et risque de voir les maisons de notation comme Moody's abaisser sa cote de crédit, avertit M. Montmarquette.

Luc Godbout se demande néanmoins pourquoi il est si difficile pour le Québec de retrouver l'équilibre budgétaire. « La récession au Québec était plus faible qu'ailleurs, on a retrouvé tous les emplois perdus par la récession, on a augmenté la taxe sur l'essence et introduit la taxe santé », dit-il.

Déficits budégétaires du gouvernement du Québec

Des choix s'imposent

Les Québécois doivent s'attendre à voir certains programmes réduits ou abolis, prévient Claude Montmarquette. « On reçoit plus de services qu'on en paie », constate-t-il.

Afin de stabiliser l'exercice financier pour la prochaine année, MM. Montmarquette et Godbout proposent cinq options :

  • Le gel de la masse salariale de la fonction publique;
  • La révision des programmes;
  • Un effort additionnel des entreprises du gouvernement au niveau des revenus;
  • Une réduction des dépenses fiscales, notamment celles en faveur des entreprises;
  • Le maintien des frais de garde annoncés le 20 février dernier.

De plus, les experts suggèrent une gestion pluriannuelle des grands portefeuilles, permettant une meilleure prévision des dépenses.

Enfin, ils proposent la publication de l'état des finances publiques avant le déclenchement de toute élection. Ainsi, les partis politiques pourront tous utiliser les mêmes chiffres pour préparer leur plateforme électorale et éviteront de mauvaises surprises à leur arrivée au pouvoir.

Si ces mesures sont insuffisantes, le Québec devra songer à la vente d'actifs, selon eux. Ils évoquent notamment la privatisation partielle d'Hydro-Québec et de la Société des alcools du Québec - une option aussitôt écartée par le ministre des Finances, Carlos Leitao. « Pas maintenant, non, a-t-il répondu à l'animateur Michel C. Auger dans le cadre de l'émission Le 15-18 (Nouvelle fenêtre). Maintenant, je me concentre sur le prochain budget qui va être assez difficile à boucler dans une période assez rapide. Après ça, cet automne, l'année prochaine, on verra. Mais ce n'est pas vraiment dans mes priorités. »

Le gouvernement Couillard a déjà annoncé jeudi un plan de réduction des dépenses étatiques, un exercice qui s'inscrit dans l'objectif d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2015-2016. Le gouvernement a annoncé un gel d'embauche dans la fonction publique en plus de freiner l'octroi de subventions dans le but d'atteindre ces objectifs de réductions.

Marceau n'est pas surpris

« Il n'y a rien de nouveau sous le soleil », estime l'ex-ministre des Finances Nicolas Marceau. Selon lui, le rapport « confirme l'état difficile des finances publiques ». 

« Cet environnement dans lequel on se trouve où il faut contrôler les dépenses, ce n'est pas une nouvelle pour personne, sauf peut-être pour M. Couillard, qui semble découvrir tout d'un coup que le Parti libéral devra faire ce qu'il n'a jamais fait, soit contrôler les dépenses », ajoute le porte-parole de l'opposition officielle en matière de Finances.

« Ce que ça me donne comme impression, poursuit-il, c’est que monsieur Couillard a présenté un cadre financier en campagne électorale qui ne tient pas la route avec des promesses de croissance des revenus qui n’avaient pas de bon sens. De nouvelles dépenses qu’on n’a pas les moyens de financer, des montants placés à la dette qui ne sont pas supportables pour l’économie québécoise... Il se rend compte que ça ne tient pas la route et il veut se sortir du coin dans lequel il s’est peinturé. »

De son côté, le porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de Finances, Christian Dubé, a salué les initiatives du PLQ. « Ils ont compris qu'il y a urgence d'agir. » Pour aider le PLQ dans ses réflexions, M. Dubé suggère au parti de suivre les recommandations du dernier rapport du vérificateur général. Il aimerait également que le vérificateur général commente le rapport.

D'autres réactions

Le Conseil du patronat du Québec se dit très préoccupé par les conclusions du rapport et craint que le retour à l'équilibre budgétaire soit reporté. « Le statu quo en matière de gestion des finances publiques n'est désormais plus une option valable », a déclaré la vice-présidente à la recherche et économiste en chef du Conseil, Norma Kozhaya, dans un communiqué de presse. Elle demande des actions urgentes de la part du gouvernement.

Pour sa part, le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) craint que les mesures d'austérité proposées n'accentuent les inégalités entre les citoyens.

Enfin, la CSN a déclaré par voie de communiqué qu'« il n'est absolument pas question d'accepter que le nouveau gouvernement du Québec démolisse les missions fondamentales de l'État québécois (...), ni que les travailleurs du secteur public fassent une fois de plus les frais de décisions draconiennes pour atteindre les cibles budgétaires qu'il s'est fixées. »

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