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Bangladesh : la colère des survivants sur les ruines du Rana Plaza

Des proches des victimes de l'effondrement du Rana Plaza manifestent un an après la catastrophe.

Photo : Getty Images / MUNIR UZ ZAMAN

Radio-Canada

Un an après l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza au Bangladesh - un effondrement qui avait tué 1138 ouvriers du textile en plus d'en blesser 2000 autres à Savar, près de Dhaka -, des milliers de personnes ont manifesté sur les ruines de l'atelier pour commémorer la catastrophe.

Les manifestants, dont certains portaient des linceuls, réclament que l'industrie augmente son aide aux victimes et que le gouvernement poursuive les responsables de la tragédie. « Nous voulons une indemnisation », « la mort pour les coupables », ont crié les manifestants, parmi lesquels des blessés et des proches d'ouvriers tués dans l'effondrement. Ils ont porté des fleurs sur les ruines qui sont devenues le cimetière de quelque 140 ouvriers qui sont toujours portés disparus.

Les familles de ces disparus réclament d'ailleurs l'intervention du gouvernement pour retrouver les corps. Des enfants et des proches portant des photos de leur disparu se sont joints au cortège. « Je veux le corps de ma fille », a déclaré une femme en pleurs, Minu Begum, portant la photo de sa fille Sumi. « J'aurai ainsi une petite consolation. »

De son côté, la police a annoncé qu'elle réclamerait que les propriétaires du Rana Plaza soient accusés de meurtre.

Les distributeurs sont également montrés du doigt par les syndicats et les ONG, en dépit du fait qu'ils aient contribué au fonds de 40 millions de dollars mis sur pied pour venir en aide aux blessés et aux familles des ouvriers tués dans l'effondrement. Les syndicats estiment que cette contribution demeure « tristement insuffisante ».

Un an après la tragédie, seulement 15 millions de dollars ont effectivement été versés, et l'avance de 640 $ promise à chacun des ouvriers ou des familles touchés par l'effondrement vient tout juste d'être remise. « Un an après l'effondrement du Rana Plaza, beaucoup trop de victimes et de leurs familles sont au bord de la grande pauvreté », dénonce un porte-parole de Human Rights Watch, Phil Robertson.

Les marques internationales devraient aider les blessés et les proches des ouvriers tués qui ont fabriqué leurs vêtements.

Phil Robertson

« Ces marques abandonnent les ouvriers une deuxième fois », a écrit Ineke Zeldenrust, de l'organisation Clean Clothes Campaign, dans un communiqué. « Elles ne se sont pas préoccupées de la sécurité des ateliers dans lesquels elles s'approvisionnaient et maintenant, elles abandonnent les survivants et les familles de ceux qui ont perdu leurs proches », ajoutait-elle. Des ONG et des syndicats bangladais dénoncent ainsi l'attitude des 29 chaînes soupçonnées d'avoir sous-traité leur production - à un moment ou à un autre - au Rana Plaza, notamment Benetton, Auchan, Mango et Carrefour.

Salaire minimum et sécurité relevés

La catastrophe avait mis en lumière la pauvreté des conditions de sécurité, des salaires et des conditions de travail des ouvriers du textile au Bangladesh. Les distributeurs occidentaux ont ainsi été contraints de lancer une campagne d'inspection pour améliorer la sécurité des travailleurs, et le gouvernement bangladais a été forcé de relever le salaire minimum, qui est passé de 38 à 68 $ par mois.

Un regroupement de quelque 200 marques a créé deux structures afin de faire le ménage parmi les 3500 ateliers de textile du Bangladesh. Les multinationales rejettent les accusations d'indifférence et d'immobilisme portées contre elles.

Le Bangladesh est le deuxième producteur de vêtements au monde derrière la Chine.

« Nos membres ont versé 2,2 millions de dollars au fonds d'indemnisation », rétorque Mesbah Rabin, le directeur de l'Alliance for Bangladesh Worker Safety, qui regroupe essentiellement des marques américaines. « Les marques paient également pour les inspections coûteuses des usines, qui vont permettre d'améliorer la sécurité, de renforcer le potentiel d'exportation et d'améliorer l'image de marque du Bangladesh comme destination sûre pour l'approvisionnement textile. »

Les inspections ont conduit à la fermeture de 16 usines, en plus d'en avoir forcé des centaines d'autres à rehausser la sécurité de leurs ouvriers. De son côté, l'Association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh a ordonné la fermeture de 23 autres ateliers.

« Nous avons trouvé des défauts dans la quasi-totalité des usines inspectées jusqu'ici », en particulier l'absence d'issues de secours et des systèmes électriques défaillants, a dit à l'Agence France-Presse Brad Loewen, le chef des inspecteurs de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh, qui regroupe essentiellement des marques européennes.

Malgré tous ces chambardements, l'industrie du textile bangladaise a enregistré une hausse de 15 % de ses exportations au cours de la dernière année.

En Occident, plusieurs manifestations sont organisées pour soutenir les travailleurs du textile bangladais.

À Montréal, une manifestation a eu lieu sur l'heure du midi devant l'entrée de la succursale d'un magasin Walmart de la Plaza Côte-des-Neiges, à Montréal. Parmi les organisations québécoises qui ont organisé l'événement se trouvent Amnistie internationale, la Fédération des femmes du Québec et le Centre international de solidarité ouvrière.

Richard Séguin est membre d'Amnistie International et plaide pour une forme d'indemnisation réglementaire des victimes de tragédies comme celle de l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza au Bangladesh.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Richard Séguin est membre d'Amnistie Internationale et plaide pour une forme d'indemnisation réglementaire des victimes de tragédies comme celle de l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza au Bangladesh.

« Walmart est l'une des entreprises qui n'a pas répondu; aux dernières nouvelles, on n'a indemnisé personne. Loblaws l'a fait. Mais ce sont des trucs volontaires, l'entreprise décide elle-même de ce qui doit être compensé », affirme Richard Séguin, d'Amnistie internationale.

« C'est bien qu'il y ait une certaine forme de compensation mais, il faudrait qu'il y ait un système de justice qui établisse qui est responsable, et que ceux qui sont vraiment responsables paient les droits nécessaires pour corriger la situation », ajoute-t-il.

Avec les informations de Agence France-Presse

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