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Batoche : la cloche dévoilée en 2013 n'est pas la vraie

La cloche de Frog Lake porte le nom et les armoiries de Mgr Grandin, mais une lettre « L » manque au mot Albert.

Mireille Lavoie

La cloche mythique qui avait été volée à Millbrook en Ontario et présentée l'an dernier comme étant la cloche de Batoche est en fait celle de Frog Lake, une communauté albertaine située à 400 kilomètres de Batoche.

Un documentaire de CBC qui sera diffusé jeudi soir dévoile des preuves à cet effet.

Du 9 au 12 mai 1885, une bataille opposant les Métis au gouvernement canadien a fait rage à Batoche, dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd'hui la Saskatchewan). Les Métis sont défaits et leur chef, Louis Riel, est reconnu coupable de haute trahison, puis pendu à Regina.

Le Métis manitobain Billyjo Delaronde avait affirmé en 2013, lors d'une cérémonie religieuse célébrée par l'évêque de Prince Albert à Batoche, qu'il avait secrètement gardé la cloche de Batoche depuis 1991, quand il l'avait dérobée dans une salle de la Légion canadienne à Millbrook, en Ontario.

Billyjo Delaronde affirme avoir dérobé la cloche de la Légion canadienne à Millbrook, en Ontario.

Billyjo Delaronde affirme avoir dérobé la cloche de la Légion canadienne à Millbrook, en Ontario.

Photo : CBC

« Je m'appelle Billyjo Delaronde. J'ai fait l'objet de spéculations et on m'a lié à des apparitions de la cloche pendant les 22 dernières années » , a-t-il affirmé à la foule rassemblée à Batoche.

« Je suis sûr d'une chose : j'ai risqué ma liberté et peut-être même ma vie pour ramener Marie Antoinette [nom donné à la cloche de Batoche] à la maison », a-t-il ajouté.

Or, la cloche de la Légion à Millbrook n'a jamais été la cloche de Batoche. Une erreur dans un livret publié en 1967 par la Société historique du comté à l'occasion du centenaire du Canada identifiait faussement l'artefact comme étant la cloche de Batoche.

La cloche qui est accrochée à la caserne de pompiers a été prise d'une église catholique à Batoche, dans les Territoires du Nord-Ouest, pendant la rébellion de Riel en 1885

extrait du livret de la Société historique du comté de Millbrook

Des témoignages écrits de soldats qui avaient été envoyés à Frog Lake pour étouffer ce qu'on leur avait décrit comme étant un soulèvement indien et un massacre relatent plutôt la prise de la cloche de Frog Lake.

Capitaine Charles Winslow (archives)

Capitaine Charles Winslow

Photo : archives

Le grand-oncle du dramaturge Robert Winslow de Millbrook a raconté la prise d'une cloche de l'église catholique romaine là-bas.

« La seule chose qui restait de l'endroit où une église catholique avait été érigée était une palissade, et à la barrière, deux poteaux sur lesquels se balançait une petite cloche. Les soldats étaient avides de souvenirs, et quelques hommes de ma compagnie ont descendu la cloche le soir, sans nous en aviser, moi et les autres officiers. Ils l'ont mise dans une boîte avec des vieux vêtements et l'ont ramenée clandestinement à la maison », raconte le capitaine Charles Winslow.

Tout était désolation

récit du capitaine Charles Winslow
Une page du journal du soldat Will Young, conservé dans un petit musée de Caledonia en Ontario.

Une page du journal du soldat Will Young, conservé dans un petit musée de Caledonia en Ontario.

Photo : CBC

Will Young, un autre soldat, corrobore ce récit. Son journal est conservé dans un petit musée de Caledonia en Ontario.

« Notre compagnie a offert à la ville une grosse cloche que nous avions ramenée de Frog Lake, afin de l'utiliser comme cloche d'alarme [dans la caserne de pompier]. La cloche venait de la mission catholique romaine de Frog Lake. Deux de nos soldats s'en sont emparés par une nuit obscure, l'ont fixée à une boîte en bois et l'ont ramenée à Millbrook », écrit Will Young dans son journal.

Les cloches de Mgr Grandin

Mgr Vital Grandin, évêque de Saint-Albert, a commandé 20 cloches pour ses missions des Territoires du Nord-Ouest en 1879.

Mgr Vital Grandin, évêque de Saint-Albert, a commandé 20 cloches pour ses missions des Territoires du Nord-Ouest en 1879.

Photo : archives

Les cloches de Batoche et de Frog Lake sont deux des 20 cloches qui ont été commandées à des fondeurs français en 1879 par Mgr Vital Grandin pour ses missions dans l'Ouest canadien.

Les 20 cloches de Mgr Grandin peuvent être identifiées par le nom de l'évêque de Saint-Albert qui est coulé sur la cloche, avec ses armoiries.

L'historienne Juliette Champagne a fouillé les archives de Mgr Grandin. « Dans toutes mes recherches, je n'ai pas vu un document, une lettre ou un registre paroissial qui dit que la cloche de Batoche eût été volée, jamais », affirme-t-elle.

Elle a toutefois mis la main sur les écrits de Mgr Grandin au sujet de ce qui est vraiment arrivé à la cloche de Batoche.

Qu'en est-il de cette cloche ?

Cette partie de l'histoire sera dévoilée jeudi au Téléjournal de 22 h ainsi que dans le documentaire The Mystery of the Bell , qui sera diffusé à 21 h à l'émission Doc Zone de CBC.

Frog Lake, en Alberta, est situé très près de la frontière de la Saskatchewan

Frog Lake, en Alberta, est situé très près de la frontière de la Saskatchewan

Photo : CBC

Société