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Michel Picard, tout simplement

Michel Picard, chef d'antenne du Téléjournal Ottawa-Gatineau.
Michel Picard, chef d'antenne du Téléjournal Ottawa-Gatineau.

Après 41 ans de service, l'ancien chef d'antenne du Téléjournal Ottawa-Gatineau et animateur du Midi trente à Ia radio, Michel Picard, tire sa révérence. À la veille d'entamer une nouvelle page de sa vie, cette figure du paysage audiovisuel québécois et ontarien a accepté de passer de l'autre côté du micro afin de se livrer au jeu des questions et réponses, en toute simplicité.

Tous ceux qui vous ont côtoyé s'entendent pour souligner votre générosité et votre côté chaleureux. Est-ce votre plus grand motif de fierté après toutes ces années?

Ça fait très plaisir à entendre. Pour être franc, je n'ai jamais cherché à l'être, mais je peux l'expliquer de façon simple. Je suis né à Montréal, cependant j'ai passé une partie de mon enfance sur une ferme familiale, avec ma grand-mère. On m'a inculqué des valeurs importantes, d'aider les voisins, d'être solidaire. Et puis je suis né heureux, dès que je me lève le matin, je suis de bonne humeur. Je n'aime pas perdre du temps à être négatif et broyer du noir ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Alors je me dis, tout ce que les autres m'ont donné, j'essaye de le redonner.

Je suis incapable de dire non quand quelque chose ne m'intéresse pas et d'en donner la raison, il faut que je travaille là-dessus.

Michel Picard

Vous avez aussi la réputation d'être un gentleman et en tant que personnalité publique, vous avez toujours dû faire attention à votre image. Mais quel est votre pire défaut?

Je ne suis pas capable de dire non, je trouve que c'est un défaut parce que j'essaye toujours d'arriver à une situation gagnant-gagnant. Mais mon pire défaut, c'est que si quelqu'un a été malhonnête avec moi, j'ai un côté rancunier. Ce n'est pas pour punir par-derrière, mais c'est plutôt que je me dis que je ne peux plus me fier à cette personne. Ce n'est pas un bon sentiment, je le sais. Cela arrive souvent dans notre métier, on te fait croire quelque chose et ce n'est pas ce qui arrive. J'ai un peu de misère avec ça parce que cela donne l'impression qu'on s'est servi de toi.

Et la compétition, parfois féroce dans le métier de journaliste, comment viviez-vous cela?

J'ai réussi à survivre à cela. C'est un métier compétitif, mais je ne l'ai jamais fait par compétitivité. Je le suis par rapport à moi-même. Si je joue au hockey et que l'on perd, ça ne me dérange pas. Si on gagne, je ne vais pas m'en vanter non plus le lendemain. Ce qui compte c'est qu'on ait eu du plaisir. Je vois ce métier-là comme ça. Il faut avoir du plaisir à le faire. As-tu donné le meilleur de toi-même pour ton public? Moi c'est ça ma question. Les autres je les vois comme des collègues qui ont choisi le même métier, mais chez un autre employeur. Je suis convaincu que demain matin je pourrais faire de la télé ou de la radio ailleurs. Par contre je ne connais que le public radio-canadien, donc ça demanderait une adaptation terrible.

Je suis passé à côté de ma famille, de mes enfants.

Michel Picard

Le métier de présentateur est très valorisant, mais aussi très exigeant. Quel est le plus grand sacrifice que votre carrière vous a demandé?

J'ai donné tout ce que je pouvais et ce que j'avais. J'ai passé plus de temps avec les enfants des autres qu'avec mes enfants, à aller parler aux jeunes, que ce soit dans les écoles primaires, au secondaire, au collégial ou dans les universités. Et j'ai fini par me rendre compte que j'étais passé à côté de mes propres enfants. J'ai maintenant du rattrapage à faire et je l'avoue bien humblement.

Est-ce que vous n'avez pas de la frustration par rapport à cela?

Pas du tout, j'ai fait mes choix. J'ai enseigné à temps partiel, et je disais aux jeunes « qui veut travailler de 9 h à 16 h? Qui veut avoir deux enfants et être là au retour de la garderie? » La moitié des mains se levaient. Je leur disais alors qu'ils ne seraient jamais des animateurs ou des journalistes compétitifs. C'est impossible de réussir à avoir tout cela, j'en suis convaincu, donc il y a un choix à faire. On a toujours des contraintes horaires auxquelles il faut s'adapter.

Je n'ai jamais eu de carte dans un parti, mais oui, j'adore la politique. Ce n'est pas vrai que tous les politiciens sont pareils.

Michel Picard

Ces dernières années, plusieurs journalistes, de Radio-Canada notamment, ont décidé de se lancer en politique. Est-ce que vous avez déjà été approché par un parti?

Oui, c'est clair que j'ai déjà été approché par tous les partis dans le passé. À l'époque, à la demande de mon directeur de l'information, j'avais fini par appeler Bernard Derome pour lui demander conseil. Il m'avait dit de leur répondre que j'aimais couvrir la politique, mais que ce n'était pas le bon moment pour moi. Si tu dis non, ils vont penser que tu n'es pas de leur côté.

Est-ce que vous pourriez être tenté de faire ce saut, maintenant que vous êtes libre de révéler votre allégeance politique?

Je ne l'exclus pas du tout. Mais si je fais de la politique, jamais je n'attaquerai personnellement mes adversaires, car ce n'est pas en descendant les autres que l'on se remonte soit même. Après, je suis capable de vivre avec les décisions qui sont prises en équipe, comme je l'ai fait à Radio-Canada. Je n'étais pas d'accord avec toutes les décisions, mais je sais appliquer une culture d'entreprise. Donc je vois la politique comme cela, dans la mesure où il y a une ligne de parti, mais tu peux l'exécuter avec créativité.

Je pense que quand tu vas en politique, c'est pour aider et ce n'est pas pour en faire une carrière.

Michel Picard

Est-ce que vous vous voyez plus en politique municipale, provinciale ou fédérale?

Spontanément je dirais au fédéral, parce qu'on est collé sur Ottawa et je connais vraiment bien les dossiers des deux côtés de la rivière. Après je dirais le municipal, parce que c'est de la proximité, mais pas à la mairie, plutôt à un poste de conseiller. À mon âge ce serait pour un ou deux mandats, mais je n'en ferai pas une carrière. La politique provinciale m'intéresse moins par contre.

Est-ce que l'on pourrait vous voir comme candidat lors de la prochaine élection fédérale?

Comme on dit, il y a une question de « timing » dans la vie, alors je ne l'exclus pas. Après je vous assure que je n'ai rien de promis sur la table. Le destin est toujours bon alors si ça cogne à ta porte, il faut ouvrir et écouter. Avant je ne pouvais pas faire ça.

Maintenant que vous aurez du temps devant vous, est-ce qu'il y a une chose que vous avez toujours voulu faire, que vous pourrez enfin accomplir?

Je vais pouvoir prendre mon auto et aller voir ma mère qui est malade sans être stressé à l'idée de devoir revenir à une heure précise. Je vais aussi pouvoir aller voir mon fils à Montréal et dîner avec lui parce que c'est la bonne journée pour lui et jaser pendant trois heures sans avoir à regarder ma montre. Je vais enfin pouvoir m'exprimer aussi, parce que je devais toujours faire attention. Par exemple, quand je faisais mon marché, les gens regardaient dans mon panier. Une dame un jour m'a dit : « vous manger des croustilles monsieur Picard? » Vous leur appartenez un peu, aux gens. Là je vais être toujours aussi gentil, mais plus libre.

Michel Picard a entamé la rédaction de ses mémoires. Il en a déjà rédigé une centaine de pages et il pense intituler cet ouvrage « Fragments de vérités : Souvenirs romancés d'un animateur ».

Ottawa-Gatineau

Société