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Sur la piste de Kurt Cobain, 20 ans plus tard

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Un magasin d'Aberdeen qui vend articles souvenirs de Kurt Cobain... et de Star Wars

Un magasin d'Aberdeen qui vend articles souvenirs de Kurt Cobain... et de Star Wars

Photo : Dominique Arnoldi

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

ABERDEEN (É.-U.) - Petite ville de la péninsule Olympique sur les berges de la rivière Wishkah, Aberdeen était surnommée, au moment de sa fondation en 1900, « l'enfer du Pacifique », en raison du nombre élevé de meurtres et de ses 35 maisons de prostitution.

À l'occasion du 20e anniversaire de la mort de Kurt Cobain, la journaliste Dominique Arnoldi s'est rendue à Aberdeen, dans l'État de Washington aux États-Unis, pour réaliser une série de reportages pour l'émission L'heure du monde. Voici le récit de son périple dans cette ville qui a vu naître et mourir cette icône du rock.

Durant l'adolescence de Kurt Cobain, à la fin des années 70, la petite ville forestière était en déclin et le taux de chômage deux fois plus élevé que dans le reste de l'État.

C'est ici que le chanteur de Nirvana a composé près de la moitié des chansons du groupe, la plupart inspirées par l'atmosphère et la sombre imagerie de cette petite ville pluvieuse de moins de 20 000 habitants.

On y voit encore le pont de la rue Young, sous lequel il venait se réfugier du monde; un endroit qui lui aurait inspiré la chanson Something in the way, de l'album Nevermind. Le pont reçoit chaque année la visite de plus de 5000 fans venus de partout dans le monde : Russie, France, Brésil, Suisse, Japon, Angleterre... Les piliers et le dessous du pont sont couverts de signatures et de graffitis colorés laissés par les fans à leur héros.

Quelques aiguilles jonchent le sol d'argile sur le bord de la rivière. Ce quartier d'Aberdeen, où Kurt Cobain a habité pendant son enfance et sa jeune adolescence, portait le nom peu flatteur de felony flats, (« logements occupés par des malfaiteurs ») faisant référence au grand nombre de ses résidents ayant eu maille à partir avec la justice.

On peut encore voir au 1210, 2e Avenue, la modeste maison de son enfance, où les murs de sa chambre, au deuxième étage, portent encore les marques d'un de ses excès de rage et sont couverts des affiches de ses groupes alternatifs préférés. Et au 107 de la rue S M, la maison de la mère du guitariste Krist Novoselic, où ce dernier et Cobain répétaient ensemble.

Ambivalence envers le fils prodige

Malgré toute la renommée de Kurt Cobain et la légion de ses fans inconditionnels et inconsolables, la petite ville d'Aberdeen a longtemps résisté à rendre hommage à son fils prodige.

« Tout le pessimisme, toute la noirceur et le désespoir de ses chansons et sa consommation de drogues, sans compter son suicide, ne font pas de Kurt Cobain un personnage a célébrer ou qu'on veut voir associé à notre ville », expliquent deux résidents d'Aberdeen, Kevin et Mary, venus promener leur chien lundi soir dans le parc dédié à Kurt Cobain, près du pont de la rue Young.

Des fans de Nirvana sous le pont de la rivière Wishkah à Aberdeen.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des fans de Nirvana sous le pont de la rivière Wishkah à Aberdeen.

Photo : Joshua Trujillo

Un sentiment partagé par la majorité des résidents qui ont accepté seulement en 2011 que soit inscrit sous le panneau de bienvenue à l'entrée de la ville « City of Aberdeen. Come as you are ». La référence à Kurt Cobain et au titre d'un de ses grands succès est la plus discrète que le conseil municipal ait acceptée.

Un tout petit parc à la mémoire du chanteur a été aménagé près du pont de la rue Young par deux résidents d'Aberdeen, avec peu de fonds publics, en réaction à l'indifférence des résidents de la petite ville. Tori Kovach et Denny Jackson, 70 ans, ne connaissaient même pas sa musique, mais ils ont estimé qu'on lui devait une certaine reconnaissance.

Dans ce parc, on trouve une sculpture de ciment en forme de guitare, une pierre couchée dans le sol sur laquelle on peut lire une de ses plus célèbres citations, « Je préfère être haï pour ce que je suis plutôt qu'aimé pour ce que je ne suis pas », et un grand panneau avec le portrait de Kurt Cobain et les paroles de sa chanson Something in the way.

« You are number 53... » (« Vous êtes ma 53e entrevue... »)

« Vous êtes ma 53e entrevue avec la presse, me lance jovialement le maire d'Aberdeen, Bill Simpson. Hier, c'était la Suisse et la BBC. La presse de partout dans le monde nous appelle à l'approche du 20e anniversaire de sa mort, le 5 avril. Par ailleurs, je vois que les résidents commencent à voir Kurt Cobain autrement : sa grande influence sur la musique plutôt que sa vie difficile, les drogues et son suicide. »

« Je veux dire, quand vous lisez la lettre qu'il a écrite à son ami imaginaire, Boddah, avant de se suicider, il est impossible de rester indifférent. C'était un homme profond. J'ai beau être un homme dur parfois, je ne peux pas rester indifférent. Et je crois vraiment que la ville d'Aberdeen commence à comprendre qu'on peut et qu'on doit le célébrer. Après tout, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jim Morrison, tous ces grands de la musique ont eux aussi pris de la drogue... »

La maison où Kurt Cobain a grandi a été mise en vente par la mère de ce dernier pour la somme d'un demi-million de dollars. La valeur estimée des maisons dans le quartier est d'environ 60 000 $. Certains aimeraient que la Ville l'achète pour en faire un musée à la mémoire de Kurt Cobain. La ville propose de mettre sur pied une visite guidée de l'Aberdeen de Kurt Cobain dans un proche avenir.

Un texte de Dominique Arnoldi. Avec la collaboration de Félix-Antoine Viens.

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