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Exclusif

Le calvaire d'un ingénieur québécois emprisonné en Algérie

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pierre Demers, un ingénieur québécois qui construisait des hangars pour les avions dans des bases militaires en Algérie, a vu sa vie basculer en mai 2009.

Un reportage d'Anne Panasuk, EnquêteTwitterCourriel

Dans la vidéo ci-dessous, M. Demers nous raconte sa détention.

Nous avons découpé cette entrevue en 10 chapitres. Vous pouvez passer de l'un à l'autre avec le contrôleur sous la barre de lecture.

Arrêté par la police secrète algérienne à sa descente d’avion à Alger, il a été interrogé pendant plus de 30 heures et jeté en prison, sans que sa famille ni l’ambassade canadienne ne soient averties.

Il a dû faire une grève de la faim pour obtenir un avocat et apprendre qu’il était accusé d’avoir payé un pot-de-vin au colonel Bouabdallah, un militaire de l’armée algérienne responsable de bases militaires. Ce que Pierre Demers a toujours nié avoir fait.

Lors d’un procès expéditif devant un tribunal militaire, tenu exclusivement en arabe, il est condamné à six ans de prison. Il est ensuite détenu dans des prisons militaires, isolé, et on lui interdit de communiquer avec sa famille.

« Dans les trois premiers mois, j’ai perdu 50 livres et j’ai blanchi », raconte-t-il dans la première entrevue qu’il nous a donnée. Au point où son frère, qui est allé le visiter parce que sa famille n’avait pas de nouvelles de lui, ne l'a pas reconnu. Il décrit ainsi la première cellule où il a été isolé pendant six mois, avant le procès :

[Une cellule] à peu près de 10 pieds par 10 pieds. La fenêtre avait une plaque de métal devant, alors je ne pouvais pas voir dehors. Et la lumière était allumée 24 heures sur 24 dans cette cellule la nuit.

Une citation de :Pierre Demers

Il sera deux ans sans pouvoir parler à son épouse, qui est ici au Québec et à qui l’ambassade interdit de voyager pour sa sécurité.

La dénonciation

Pour bâtir ses hangars sur des bases militaires, Pierre Demers et sa compagnie ScaTT ont formé un consortium avec la firme RSW international, une firme d’ingénieurs québécois. Depuis quelque temps, il était à couteaux tirés avec son partenaire d’affaires et grand patron des bases aériennes, le colonel Cheriet. Il se plaint officiellement à l’armée que ceux-ci tentent de l’écarter dans l'obtention d’autres contrats. À l’ambassade canadienne, Pierre Demers se plaint des manoeuvres de RSW International, qu’il soupçonne d’avoir payé des commissions en secret.

Lorsque Pierre Demers est accusé de corruption, deux Algériens le sont aussi en même temps : Hamoud Si-Hassen, un actionnaire de la compagnie ScaTT qui aurait versé 250 000 $ en pot-de-vin, et celui qui l’aurait reçu, le colonel Bouabdallah.

Les procès

Au Canada, le comptable du consortium retrace d’où serait venu l’argent. Il découvre que RSW a transféré 500 000 $ à Hamoud Si-Hassen, l’actionnaire algérien de Pierre Demers. Une somme déposée dans un compte en France. Une somme que RSW se fait rembourser par le consortium, à l’insu de Pierre Demers.

L’avocat de Pierre Demers dépose ces transferts bancaires à la cour pour démontrer que ce n’est pas son client, mais RSW qui a déposé l’argent à Hamoud Si-Hassen. Une somme que celui-ci aurait ensuite partagée avec le colonel Bouabdallah.

Pierre Demers sera tout de même condamné à six ans de prison.

Il fait appel de sa condamnation. Et lors de son transfert de prison pour subir le nouveau procès, des documents lui sont remis par erreur. Il découvre un contrat signé par Si-Hassen et Georges Dick, le président de la firme RSW; un contrat d’agent commercial qui prévoit une commission de 500 000 $, daté de 2003. Pourtant, Si-Hassen, dans une déclaration écrite, reconnaît l’avoir signé en mai 2005. Quelque temps plus tard, il verse le pot-de-vin au colonel Bouabdallah.

Malgré ce contrat et le fait que Hamoud Si-Hassen et le colonel Bouabdallah reconnaissent s’être partagé les sommes reçues de RSW par Si-Hassen sans Pierre Demers, celui-ci est recondamné à six ans de prison.

La libération

Le 29 août 2012, sa détention va prendre fin de façon aussi mystérieuse et subite qu’elle a commencé. L’ambassade du Canada est sommée de venir cueillir Pierre Demers à la prison pour l’amener à l’aéroport. Il est libéré par une grâce présidentielle, non signée.

Pierre Demers aura été détenu pendant 40 mois.

Pendant tout ce temps, sa famille a été sans revenus. Ses trois enfants ont suspendu leurs études pour aider leur mère. Son épouse a quotidiennement tenté de trouver un moyen de le faire libérer : préparer sa défense, faire des contacts politiques, multiplier les pressions auprès de l’ambassade canadienne et du gouvernement. Quarante mois d’inquiétude.

Son partenaire d’affaires Georges Dick et RSW International ont continué à faire des affaires en Algérie. Quant aux deux coaccusés algériens, MM. Si-Hassen et Bouabdallah, ils sont toujours en prison.


Le reportage d'Anne Panasuk

En prison en Algérie

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