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Prostitution à Ottawa : de plus en plus derrière des portes closes, selon les policiers

Prostitution à Ottawa
Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le Service de police d'Ottawa affirme que la prostitution est un commerce florissant dans la capitale nationale, et qu'elle s'est déplacée des coins de rue vers les maisons et les chambres d'hôtel.

Plutôt que de faire la promotion de leurs activités dans les journaux, les travailleuses du sexe se tournent maintenant vers l'Internet, où des centaines de petites annonces locales sont publiées chaque jour.

Si certaines femmes choisissent de travailler dans l'industrie du sexe, des dizaines d'autres y sont forcées, victimes du trafic de personnes.

En décembre, la Cour suprême du Canada a invalidé un certain nombre de lois contre la prostitution et le gouvernement fédéral doit donc en adopter de nouvelles, ce qui représente une occasion, selon les opposants à la prostitution, de rendre illégal le paiement pour des services sexuels.

« Vous travaillez 16 heures par jour toute la journée. Ça commence à 7 h du matin jusqu'à 3 ou 4 h le lendemain. Ça commence très tôt parce que les pères de famille ne veulent pas que leurs conjointes le sachent. »

— Une citation de  Sarah, victime du trafic de personnes

Lorsque Sarah, qui utilise un pseudonyme, était âgée de 21 ans, un membre des Hells Angels lui a fait du chantage afin qu'elle se prostitue. Quand elle a refusé, il l'a battue et il l'a forcée à consommer de l'OxyContin afin de la rendre dépendante.

Des dizaines d’annonces pour des services sexuels à Ottawa sont publiées chaque jour sur Internet.

Des dizaines d’annonces pour des services sexuels à Ottawa sont publiées chaque jour sur Internet.

Photo : CBC

Durant tout ce temps, son proxénète la vendait à des hommes qui ont payé 300 $ par heure pour avoir des relations sexuelles avec elle. Sarah évalue à 1 million de dollars les profits que celui-ci a reçus grâce à elle, au cours des quatre années durant lesquelles elle fut son esclave.

« Ils sont avocats, des hommes d'affaires, des médecins, tous les types d'hommes achètent des services sexuels. Le téléphone sonne constamment, sans arrêt », explique-t-elle, à propos des clients.

Le proxénète de Sarah a pris son argent et a confisqué ses pièces d'identité. Pour éviter de se faire prendre, il l'a déplacée entre différents hôtels et maisons d'Ottawa.

Des victimes trahies par leurs proches

La consultante Helen Roos-Rémillard a étudié la traite de personnes à Ottawa et remarqué que certaines des femmes qui sont forcées à se prostituer sont en fait des adolescentes âgées de 13 à 15 ans.

« Les clients [les] veulent de plus en plus jeunes. C'est de l'exploitation sexuelle des jeunes et c'est une tendance à travers le Canada », note-t-elle.

« L'état d'esprit d'un client est le même que s'il commandait une pizza. »

— Une citation de  Helen Roos-Rémillard, consultante

Certaines des victimes que Mme Roos-Rémillard a interrogées, ont été utilisées par des amis et même des membres de leurs familles. Elles ont commencé dans les salons de massage et les bars de danseuses, avant d'être contraintes à se prostituer.

Mme Ross-Rémilliard explique que les victimes de la traite de personnes à des fins sexuelles transitent par Windsor, Toronto, Montréal voir Vancouver et que les petits établissements le long des autoroutes sont comme des « conduits dans un pipeline ».

« Il existe une corrélation directe entre la prostitution et la traite de personnes. Si nous voulons mettre fin au trafic d'êtres humains et l'exploitation sexuelle, nous allons devoir cibler la demande pour la prostitution », explique-t-elle.

S'attaquer aux trafiquants, mais aussi aux clients

Selon Julia Beazley, qui travaille à l'Alliance évangélique du Canada, une organisation qui fait du lobbying auprès du gouvernement fédéral, payer pour du sexe devrait être illégal, peu importe la forme de paiement, que ce soit en argent, en logement, en médicaments ou en nourriture.

Sarah est aujourd'hui âgée de 28 ans.

Sarah est aujourd'hui âgée de 28 ans.

Photo : CBC

En ce moment, une telle loi n'existe pas et Mme Beazley affirme que la recherche démontre que les hommes seront dissuadés s'ils sont confrontés à des conséquences claires.

« Il existe différentes études à travers le monde qui demandent aux clients masculins '' qu'est-ce qui vous ferait arrêter ? '' Et ceux-ci répondent '' de fortes amendes et le potentiel de peines d'emprisonnement me ferait arrêter de payer pour des rapports sexuels '' », explique-t-elle.

Sarah croit aussi en cette approche et elle dit souhaiter que les policiers arrêtent à la fois les proxénètes et les clients qui remplissent les coffres des trafiquants.

« S'il n'y a pas de clients, il n'y a pas de marché. C'est autant la faute des clients que celle des proxénètes. »

— Une citation de  Sarah, victime du trafic de personnes

Les militants pour l'abolition du trafic de personnes affirment que toute loi, qui rendrait l'achat de services sexuels illégal, devrait inclure des mesures afin d'aider les femmes à quitter la prostitution.

Cela inclut plus d'argent pour les refuges et les organismes sociaux qui aident les victimes.

D'après le reportage de Judy Trinh pour CBC. (Nouvelle fenêtre)

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