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Manifestation contre la brutalité policière : plus de 280 interpellations

Les précisions de Mathieu Dion
Bahador Zabihiyan

La manifestation annuelle organisée par le Collectif opposé à la brutalité policière n'aura duré que quelques minutes, samedi après-midi, près du métro Jean-Talon, à Montréal. Les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et de la Sûreté du Québec, qui attendaient les manifestants de pied ferme, ont interpellé 288 personnes et arrêté cinq manifestants.

Un texte de Bahador ZabihiyanTwitterCourriel

Le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP) tenait sa 18e manifestation annuelle, qui a commencé près de la station de métro à 15 h. Elle a été déclarée illégale trois minutes après son départ, car les policiers n'avaient pas reçu un itinéraire à l'avance.

Plus d'une centaine de personnes ont été prises en souricière par les policiers sur Châteaubriand, au sud de Jean-Talon. Elles recevront une amende de 637 $ en vertu du règlement municipal P-6, à la suite de leur interpellation.

Cinq personnes ont été arrêtées en vertu du Code criminel et devront faire face à des accusations de méfait et d'entrave au travail des policiers. Il y a eu un blessé léger.

Le rassemblement a débuté à l'intersection de la rue Jean-Talon et de l'avenue de Châteaubriand, à l'endroit où un policier a menacé un itinérant de l'attacher à un poteau par un temps polaire, en janvier dernier. Adis Simidzija, qui avait filmé cette scène avec son cellulaire et l'avait diffusé sur les réseaux sociaux, a lui-même été interpellé par les policiers. Avant la manifestation, il avait précisé à Radio-Canada qu'il ne faisait pas partie des organisateurs.

Un homme est emmené par les policiers.Un homme est emmené par les policiers. Photo : Jean-Christophe Pochat

Le point de vue de Julien Villeneuve (Anarchopanda) et Adis Simidzija, interpellés lors de la manifestation :

Julien Villeneuve estime que la police a dispersé la manifestation de manière injustifiée, car les participants n'avaient commis aucun méfait, à sa connaissance. « La manifestation a duré une minute, elle n'a pas eu lieu dans le fond », dit-il, alors qu'il se trouve encore dans la souricière du SPVM.

« Personne n'était là pour faire du trouble, ça s'apprêtait à être une manifestation pacifique », dit-il en entrevue téléphonique avec Radio-Canada. « Ça va, il fait froid, mais on se tient entre nous. Il y a des gens qui ont pensé à apporter de l'eau puis de la nourriture », constate-t-il.

M. Simidzija estime aussi que la manifestation n'aurait pas dû être dispersée de la sorte. « Bien sûr qu'ils ont exagéré [...], ils (les policiers) nous ont bloqués de chaque côté », dit-il. « J'ai été détenu deux heures de temps », explique-t-il en entrevue avec Radio-Canada. Tous deux recevront une amende de plus de 600 $, en vertu du règlement P-6.

De son côté, le SPVM affirme qu'il a appliqué la loi. « Dès qu'on arrête des gens, on n'aurait pas dû arrêter des gens. On est soit trop vite, soit trop tard. On le sait, on ne peut pas gagner dans ces évènements-là », soutient Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM.

« Les gens ont le droit de manifester, le droit de passer un message. Mais il y a une façon de le faire et la façon est claire : de donner l'itinéraire et on ne peut pas faire des actes criminels », ajoute-t-il.

Le collectif tient à dénoncer cette année le « profilage social » exercé selon lui par le SPVM, rappelant que deux sans-abri, Mario Hamel et Alain Magloire, ont été tués récemment au cours d'interventions policières.

Porte-à-porte du SPVM avant la manifestation

Les manifestants qui arrivent au métro Jean-Talon.Les manifestants qui arrivent au métro Jean-Talon. Photo : Pasquale Harrison-Julien

Les agents du SPVM ont effectué du porte-à-porte vendredi, afin de demander à ceux qui résident dans le secteur du métro Jean-Talon de bien vouloir ranger les objets qui pourraient servir de projectiles aux éventuels casseurs.

M. Simidzija a lui-même reçu une brève visite de deux policiers, étant donné qu'il réside dans le secteur.

« Ils sont venus cogner chez moi, pour avertir les gens de ne se présenter à la manifestation parce que ça risquait de dégénérer », dit-il en entrevue téléphonique avec Radio-Canada.

« J'ai ouvert, j'ai écouté ce qu'ils avaient à dire, ce n'était pas très long », dit-il, en précisant que les policiers ne lui ont pas parlé de sa vidéo. Il se montre critique de l'action des policiers. « C'est mettre la peur dans le quartier », dit-il. M. Simidzija, qui est membre de l'Observatoire sur le profilage de l'Université de Montréal.

Le SPVM avait tenu cette semaine une réunion technique avec les journalistes afin d'expliquer le dispositif policier qui sera mis en place durant la manifestation. Les autorités policières ont déploré que des groupes de casseurs utilisent cet événement pour se livrer à des méfaits, éclipsant le message des manifestants légitimes.

Illégale en vertu du règlement P-6 de la Ville de Montréal

Près de 150 personnes prises en souricière par les policiers.Près de 150 personnes prises en souricière par les policiers. Photo : Alexandre Touchette

Les policiers ont indiqué qu'ils n'avaient reçu aucun itinéraire pour la manifestation, ce qui la rendait illégale en vertu du règlement P-6 de la Ville de Montréal. Toutefois, ils avaient indiqué qu'ils la toléreraient, tant que des méfaits n'étaient pas commis.

Le règlement P-6 interdit notamment de participer à une manifestation à visage couvert. La mesure oblige également les organisateurs de manifestations à fournir d'avance un itinéraire à la police.

Les contrevenants s'exposent à des amendes de 500 $ à 1000 $ pour une première infraction, de 1000 $ à 2000 $ pour une deuxième, et de 2000 $ à 3000 $ pour une troisième.

Cette manifestation annuelle a souvent dégénéré en affrontement avec la police et en méfaits de toutes sortes. L'année dernière, près de 250 personnes ont été arrêtées, lors d'une arrestation de masse. Au moins six personnes ont été accusées d'agressions armées contre un agent de la paix, de voies de fait et d'entrave.

Chronologie : la manifestation, qui se déroule tous les ans depuis 1997, n'a pas toujours donné lieu à des arrestations de masses

1997 : Une cinquantaine de jeunes bloquent pendant quelques minutes le pont Jacques-Cartier. Quelques actes de vandalisme, aucune arrestation.

1998 : Pas d'arrestation. Trois cents personnes manifestent au centre-ville, à l'invitation des « Citoyens opposés à la brutalité policière ». Manifestation pacifique, à part quelques méfaits.

1999 : Dix manifestants, dont deux mineurs, ont été arrêtés, accusés de méfaits et d'agression armée.

2000 : Environ 110 manifestants sont arrêtés pour participation à une émeute. Dix d'entre eux furent accusés de méfaits et d'attroupement illégal.

2001 : Aucune arrestation. Environ 150 personnes se sont réunies à la place Émilie-Gamelin pour ensuite marcher pendant deux heures dans les rues de la métropole.

2002 : 371 interpellations. « Le quart des manifestants arrêtés à la suite de l'intervention musclée de l'escouade antiémeute étaient âgés de moins de 18 ans. Ils ont écopé d'une journée de prison et d'une accusation d'attroupement illégal », écrivait Le Devoir.

2003 : Pas de manifestation.

2004 : Neuf personnes avaient été arrêtées. Accusations de méfaits et d'entrave au travail des policiers, ou de violation des règlements municipaux. Trois cents participants environ. Quelques actes de vandalisme, aucun blessé.

2005 : Cinq arrestations, peu d'évènements violents. Quelques méfaits. Brève intervention policière suite à un sit-in sur la rue Sainte-Catherine. Pas de blessé.

2006 : 33 interpellations, les manifestants ont été relâchés après quelques heures après avoir reçu des amendes de 138 $ pour attroupement illégal. Quelques actes de vandalisme. Une policière blessée.

2007 : Une douzaine d'arrestations, quelques centaines de participants. Quelques actes de vandalisme (voitures saccagées). La manifestation est partie de Côte-des-Neiges pour se déplacer au centre-ville. Une poignée de manifestants sont rentrés dans la Grande Bibliothèque pour être pourchassés par des policiers.

2008 : 32 personnes ont été arrêtées, quelques centaines de participants. De nombreux dommages ont été causés, notamment à des commerces, et aux stations de métro Place-des-Arts et Saint-Laurent.

2009 : 221 personnes, dont une quarantaine de mineurs, ont été arrêtées. Quelques parebrise fracassés, quelques incendies mineurs et des vitrines brisées. Une trentaine de manifestants ont du faire face à des accusations criminelles.

2010 : Une centaine d'arrestations et d'interpellations. Accusations de méfaits, d'attroupement illégal et d'agression armée contre un policier.

2011 : 258 arrestations et interpellations: 239 en vertu du code de sécurité routière, 13 en vertu de règlements municipaux et 6 en vertu du Code criminel. Les organisateurs affirment qu'il y a eu de la provocation de la part du SPVM. La police nie. Quelques vitrines fracassées et des véhicules endommagés.

2012 : 226 arrestations et interpellations, des actes de vandalisme contre des commerces et des véhicules, à sept endroits. Neuf blessés mineurs, dont sept policiers. La très grande majorité des personnes arrêtées avaient a été relâchée après quelques heures. Entre 1500 et 2000 participants. Les organisateurs ont estimé que les agents ont provoqué les manifestants. La police a nié.

2013 : 200 interpellations, quelques centaines de manifestants. Les policiers du SPVM et de la SQ ont tenté de disperser le rassemblement au centre-ville, notamment à l'aide de grenades assourdissantes. Une arrestation de masse s'est déroulée, des amendes de 637 $ ont été distribuées à ces participants. Les organisateurs ont estimé que les policiers les ont provoqués, ce que le SPVM a vigoureusement nié. Une vingtaine de policiers de Toronto, de Peel ou encore Ottawa étaient venus observés les méthodes du SPVM.

Chronologie effectuée à partir des données de Radio-Canada, de La Presse canadienne, du Devoir et de La Presse

Nos journalistes sont sur le terrain

Avec des informations de Pasquale Harrison-Julien et la Presse canadienne

Société