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Élections : une pauvreté escamotée 

Le reportage de Martin Toulgoat
Radio-Canada

Cet hiver, le taux de chômage a grimpé à 19 % en février en Gaspésie. Pourtant, les organismes de lutte contre la pauvreté n'arrivent pas à imposer leurs préoccupations dans la présente campagne électorale.

Dans une région où presque un travailleur sur cinq est sans emploi en hiver, où un travailleur sur trois occupe un emploi saisonnier, et ce, souvent au salaire minimum, les organismes communautaires sont sur la ligne de feu. « Il faut travailler dans un milieu comme le nôtre pour savoir combien la population est malade », lance Brenda Keays du Centre Émilie-Gamelin de Chandler.

L'établissement, qui offre du soutien et de l'hébergement temporaire aux personnes qui ont des problèmes de santé mentale, reçoit annuellement à peine 60 % du budget demandé pour répondre aux besoins.

Pourtant avec ses nombreux emplois dans la fonction publique ou dans l'industrie éolienne, l'économie de Gaspé semble rouler à plein régime. De 2007 à 2011, le chômage a en effet baissé; l'économie de la région a progressé plus rapidement que celle du Québec; de nouveaux emplois sont apparus.

Depuis deux ans, l'embellie semble s'être enrayée, notamment avec la fin des grands chantiers éoliens.

À l'extérieur du centre-ville et ailleurs en Gaspésie, l'appauvrissement est plus visible, constate Fabienne Montmagny, qui gère L'Accueil Blanche-Goulet. « La pauvreté entraîne plein de problèmes. Ça entraîne la violence conjugale, la violence familiale, la toxicomanie », énumère Mme Montmagny qui gère la banque alimentaire de Gaspé, depuis 17 ans. Mme Brenda Keays ajoute que les dépenses ne cessent d'augmenter : Hydro-Québec, les loyers, l'épicerie :

Je pense à mes personnes seules à 602 $ par mois, je me demande comment elles font pour arriver à la fin du mois.

Brenda Keays du Centre Émilie-Gamelin de Chandler

Emballeur dans une épicerie, Gaston Ouellet, ne voit pas le bout du tunnel. « On n'a pas le choix de vivre comme ça, commente M. Ouellet, on ne mène pas la baraque comme on dit. Est-ce que c'est dur d'arriver? Comme c'est là, oui. Mes heures ont baissé, ça s'en vient plus dur. »

L'enjeu du sous-financement

Le manque de financement des organismes communautaires est un enjeu électoral récurrent dans la région. Les organismes communautaires aimeraient en entendre davantage parler de la part des candidats.

Les organismes reçoivent 12 millions de dollars par année, mais les besoins s'élèvent à 20 millions de dollars. « On essaie, explique Brenda Keays, d'éviter des fermetures, en quêtant à droite et à gauche, ce sont des choses pas faciles dans un milieu où le travail manque. En plus de bénévolat qui se fait ici, on n'a pas de budget pour une cuisinière un homme d'entretien ou un gardien de sécurité. »

Fabienne Montmagny ne se fait guère d'illusions sur les impacts de la campagne sur son financement. « On change de gouvernement, explique Fabienne Montmagny, et les promesses qui sont faites, les sous qui sont censés descendre, bien ça reste en stand-by. On sait que les sous qui sont annoncés sont au prorata de la population. »

Lorsque le prochain gouvernement sera élu le 7 avril, les travailleurs saisonniers seront en plein dans « le fameux trou noir », une période de plusieurs semaines sans prestation d'assurance-emploi. Et dans ce contexte, le printemps reste une période où la demande est importante dans les banques alimentaires qui auront depuis belle lurette épuisé les ressources de la dernière guignolée.

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