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Êtes-vous assis sur des produits toxiques en lisant cet article?

Le cancer dans le sofa?

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Vos meubles contiennent peut-être des produits nocifs qui servent à retarder l'apparition des flammes au cours d'un incendie. Et il n'y a pas toujours une étiquette pour vous en avertir. 

Un texte de François Dallaire, La factureCourriel

Lorsque le Montréalais Éric Dawalibi a déballé son nouveau sofa, il a découvert une étiquette l'informant que le meuble contenait un retardateur de flammes, le TDCPP, et que ce produit causait le cancer, selon l'État de la Californie.

Il a alors communiqué avec le fabricant, avec le vendeur et avec Santé Canada.

Santé Canada lui a répondu que le TDCPP était ajouté aux matériaux de rembourrage afin d'améliorer leur résistance au feu. Le ministère s'est voulu rassurant.

À moins d'en ingérer, cette substance ne représente pas un danger pour la santé humaine.

Une citation de :Santé Canada

Le reportage de François Dallaire sera diffusé à l'émission La facture mardi à 19 h 30.

Des particules absorbées par l'être humain

M. Dawalibi n'était pourtant pas tranquillisé, et avec raison, si on en croit Jonathan Verreault, biologiste et expert en retardateurs de flammes. Le spécialiste explique que, avec le temps et l'usure, ces produits finissent par s'échapper des meubles : « Par le fait même, ils se retrouvent dans l'environnement immédiat, dans nos maisons. » 

Ces particules retombent alors sous forme de poussières que nous ingérons par les voies respiratoires, la bouche et les pores de la peau.

Le biologiste est choqué de voir qu'on utilise encore le TDCPP, un organophosphate chloré reconnu depuis des décennies comme toxique. D'ailleurs, en 1977, l'industrie a retiré le TDCPP de certains vêtements pour enfants.

Ça fait plus de 30 ans qu'on sait que ce composé est associé à l'apparition de certains cancers dans des modèles en laboratoire. On l'a banni des pyjamas d'enfants, et là, on le trouve comme retardateur de flammes dans des sofas!

Une citation de :Jonathan Verreault

Le fabricant, Couture International, a répondu à Éric Dawalibi qu'il ne devait pas s'inquiéter, que c'était une erreur d'étiquetage et qu'il n'y avait pas de retardateur de flammes dans son sofa. C'est aussi ce que le président de la compagnie nous a déclaré.

La maison de M. Dawalibi passée au crible

Éric n'était pas convaincu. Pour dissiper tout doute, nous avons invité un expert en détection de métaux et de produits chimiques, Dominique Huot, conseiller technique et représentant de la firme Innov-X. À l'aide de son appareil, il a cherché des particules de brome, de phosphore et de chlore. Nous en avons profité pour examiner tous les meubles de M. Dawalibi, ainsi que ceux d'une famille qui compte un enfant. Regardez l'analyse de notre expert dans la maison.

Pour regarder la vidéo sur votre appareil mobile, cliquez ici (Nouvelle fenêtre).

Des produits toxiques dans le matelas du bébé

Nous avons découvert que le sofa d'Éric contenait du chlore et du phosphore, deux éléments qui entrent dans la composition des retardateurs de flammes chlorés, tels que le TDCPP. Nous en avons aussi trouvé dans le matelas de la table à langer et dans celui sur lequel le bébé dort.

À l'aide du numéro de série, nous avons appris que le sofa avait été fabriqué en Chine, tout comme tous les meubles de Couture International. Nous avons découvert que le sous-traitant ajoutait depuis un an un retardateur de flammes à tous les sofas de l'entreprise.

Cette substance n'était même pas celle qui était indiquée sur l'étiquette. C'était du TCPP, un produit « potentiellement cancérigène », interdit dans certains États américains (Nouvelle fenêtre).

Au Canada, la mention des retardateurs de flammes sur les étiquettes n'est pas obligatoire. C'est laissé à la discrétion de l'entreprise. Marc Olivier, professeur et chimiste, dénonce cette absence de réglementation. Il croit que l'étiquette devrait indiquer le type de retardateur de flammes. Ainsi, les consommateurs sauraient au moins de quel produit il s'agit.

Le brome et les retards d'apprentissage

Les produits chlorés et phosphatés font partie d'une famille beaucoup plus large de retardateurs de flammes. Celle-ci comprend notamment des produits à base de brome, les PDBE. Ils sont plus redoutables que les TDCPP, car on les soupçonne d'affecter le système hormonal et la glande thyroïde. Pierre Ayotte, toxicologue à l'Institut national de santé publique, explique qu'il y a pire encore.

On soupçonne ces substances de ralentir le développement du cerveau durant la grossesse. C'est ce qu'on a noté dans certaines études chez les petits enfants. Ils avaient des retards d'apprentissage. Plus ils étaient exposés aux PDBE, moins leurs tests indiquaient des résultats performants du côté de l'apprentissage. On notait également des déficits d'attention et des problèmes de motricité.

Une citation de :Pierre Ayotte

Le Canada interdit depuis 2008 la fabrication de composés à base de PDBE, mais cette interdiction ne s'applique pas aux produits manufacturés à l'extérieur du pays et importés au Canada.

Le Canada, c'est un peu l'âge de pierre; on est très " Cro-Magnon " par rapport à la présence des substances, si on compare notre approche avec celle de l'Europe.

Une citation de :Marc Olivier, professeur en chimie

En Europe, il est interdit de vendre des appareils électroniques et électriques qui contiennent plus de 0,01 % de brome, peu importe leur provenance. Le Canada a dans ses cartons une proposition de réglementation similaire.

Des concentrations dans l'environnement et chez l'humain

Pour les scientifiques, il est urgent d'intervenir, car on a découvert que les PDBE se propagent aussi dans l'environnement. On en trouve des concentrations élevées dans le fleuve Saint-Laurent (Nouvelle fenêtre).

Ces molécules sont persistantes et bioaccumulables, c'est-à-dire qu'elles s'éliminent difficilement une fois qu'elles ont été absorbées. Des études ont montré que la faune aquatique en est affectée. Chez l'humain, ces particules se retrouvent même dans le lait maternel. On en observe les plus fortes concentrations chez les enfants.

Nous avons proposé à Éric Dawalibi de vérifier si son sang contenait ou non des retardateurs de flammes. Nous avons découvert qu'il renfermait deux types de PDBE, pourtant bannis du Canada depuis 2008.

Les retardateurs de flammes, vraiment efficaces?

L'étiquette du sofa neuf de M. Dawalibi indique que la mousse de rembourrage de ce meuble respecte les normes californiennes sur l'inflammabilité. En vertu de ces normes, la mousse doit résister aux flammes pendant 12 secondes. Nos collègues de l'émission Market Place, à CBC, ont testé l'efficacité des fameux retardateurs de flammes (Nouvelle fenêtre).

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