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Pourquoi les écrivains se tournent-ils vers la télé?

India Desjardins

Photo : )ulie Mainville

Radio-Canada

Quelle mouche pique les écrivains qui décident d'écrire pour la télévision? Pratique courante aux États-Unis, écrire pour le petit écran devient de plus en plus répandu chez les écrivains d'ici aussi. Confidences d'auteurs sur ce qui les a poussés à quitter leur bulle littéraire pour le monde de la télé.

Salman Rushdie planche sur une série de science-fiction,The next people. Michael Crichton (Urgences, 1994-2009) et Stephen King (Kingdom Hospital, 2004, et Haven, 2010) ont déjà franchi le pas. 

Plus près de nous, Rafaële Germain (Le coeur a ses raisons), India Desjardins (Ces gars-là) et Stéphane Dompierre (Boomerang) ont tous les trois cédé au chant des sirènes du petit écran. Pour les trois auteurs, une chose est claire : écrire un livre et écrire un scénario sont deux choses très différentes. 

Roman et scénario, deux « bibittes » très différentes

Pour Stéphane Dompierre, écrire un roman s'apparente à peindre un tableau. On décide de la grandeur du cadre, on choisit les couleurs, on peut y aller d'une peinture concrète ou plus abstraite. Alors qu'écrire un scénario, c'est surtout une question d'architecture.

L'auteur Stéphane Dompierre au Salon du livre de la Côte-NordAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteur Stéphane Dompierre au Salon du livre de la Côte-Nord

Photo : Evelyne Côté

Tous les éléments doivent être présents et à la bonne place : une quête précise, une courbe dramatique solide, une division en trois actes. Tout doit faire avancer le récit et les digressions sont plutôt mal vues... et coupées au montage.

Scénariser, c'est travailler pendant des années sur une foule de projets qui ne verront jamais le jour. J'ai écrit plus de pages de scénarios que de pages de romans. Ma poubelle en est pleine.

Stéphane Dompierre

Les contraintes : un « boulet » stimulant

L'auteure et scénariste Rafaële Germain.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'auteure et scénariste Rafaële Germain.

Photo : Sarah Scott

Pour Rafaële Germain, tout en étant stimulantes, les contraintes restent un « boulet ». Les dialogues sont particulièrement délicats : si on les peaufine trop, ça finit toujours par avoir l'air « écrit » et, à l'oral, ça manque de naturel.

Alors mieux vaut les tester à voix haute ou, comme Rafaële Germain, avoir « une bonne caisse de résonnance entre [les] deux oreilles ».

Les contraintes sont aussi d'ordre budgétaire. La parade de Stéphane Dompierre? Les explosions et les poursuites en voitures, il les garde pour ses livres!

De l'écriture en solo au travail d'équipe

Quand on écrit un roman, on est tout : scénariste, acteur, réalisateur... C'est un processus très solitaire. 

India Desjardins

Même si elle a toujours travaillé en équipe pour ses projets télévisuels, Rafaële Germain se dit plutôt de nature solitaire, professionnellement parlant. Il faut donc que la collaboration devienne quasi « organique » pour qu'elle fonctionne. 

Travailler avec quelqu'un, c'est s'assurer d'avoir deux fois plus d'idées. Quand un gag ne marche pas, on le voit tout de suite dans la face de l'autre. On coupe et on passe vite à autre chose.

Stéphane Dompierre

L'écriture de Ces gars-là est signée par le trio Simon-Olivier Fecteau, Sugar Sammy et India Desjardins. Selon elle, la chimie entre les trois est excellente. Venant du roman, India Desjardins apporte de l'intériorité aux personnages et sa « vision de fille » sur cet « univers de gars ».

Une scène de « Ces-gars là », avec Simon-Olivier Fecteau et Sugar SammyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

des nouveautés télévisées Ces-gars là, Hors-combat et Les persévérants.

L'auteure-scénariste ne s'en cache pas, il y a beaucoup d'autobiographie dans cette série (elle a formé un couple dans la vie avec Simon-Olivier Fecteau). Mais au final, selon elle, il y a 5 % de vérité et 95 % de fiction. Et puis, comme couple, toutes les chicanes, ils les ont déjà eues, alors ça simplifie les choses!

La télé, bonne pour le portefeuille?

Rafaële Germain et India Desjardins sont toutes les deux considérées comme des auteures « rentables ». Pourtant, l'auteure des Aurélie Laflamme rappelle qu'au Québec, un « best-seller », c'est 5000 exemplaires vendus. Là-dessus, l'auteur touche environ 10 %, parfois plus si les ventes sont bonnes.  

Alors effectivement la scénarisation est une voie plus lucrative que le roman. Et les revenus sont plus réguliers. D'où l'attrait sur certains auteurs qui en viennent même à délaisser le roman. Dommage...  

Je connais beaucoup de gens qui envient la liberté de mon métier mais aucun n'envie mon salaire.

Stéphane Dompierre

Un texte de Sophie Cazenave

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